Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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30 novembre 2015

I. de la première femme

"Il faut cultiver son jardin."

Quand ils parlaient, avec leurs grands mots, je voyais dans leurs grands yeux de belles vérités ; de fantastiques choses que je pourrais, un jour, raconter à mon gamin. Et, tant que je pensais à mon frère, j'y croyais, à ces conneries, parce qu'elles prenaient sens tant qu'il était là. Il était beau et jeune, il fumait comme un pompier, il avait cette manière de plisser les yeux, de chanter cet om en son coeur intérieur qui me faisait vibrer.

Mon amant a fait la même chose des dizaines de fois. Il a écarté ses sourcils en des arcs vides, et je voulais tellement voir plus : le voir se distinguer au milieu de la foule, écarter les connards qui lui marchaient sur les pieds, pousser du sien mon coeur vide, voire peut-être le ramener vers une sorte de conscience, mais il n'a pas su.

Je l'ai épousé.

Je ne saurai jamais expliquer pourquoi j'ai fait ça. Je crois que j'avais besoin.

Un coeur en perte de repères, un coeur seul, et - comme je le croyais à l'époque - malade, avait besoin d'un chevet au sein duquel tenir sa guilde. Je me suis trompée. J'ai côtoyé le mauvais type. Sans le vouloir, j'ai plongé ma propre famille au milieu du néant.

Enfin, pour conclure, j'ai le devoir de m'excuser : je veux m'excuser auprès de mon père, que j'ai trahi, auprès de ma soeur, que j'ai détruite, auprès de mes demi-frères et de ma demi-soeur, qui ne savent plus qui je suis, puis, auprès de ma mère, qui pleure chaque jour mon cadavre et ce choix funeste qui m'a entraîné aux tréfonds des abysses.

Et, enfin, je dois m'excuser en face de mon frère, le seul amant que j'ai jamais eu, qui n'a jamais prononcé un seul mot, qui a été digne du début à la fin, alors que je le poignardais par derrière, et que, sans un mot, je le laissais mourant sur les sols froids de ses divers appartements.

Je ne sais plus qui je suis vraiment ; je l'ai su un moment, mais, maintenant, je suis une forme en pensées. Ma famille, mes amis, laissez-moi seule, puisque je sais, au final, que je n'ai fait qu'un seul choix, et ce choix le voilà en quelques mots :

J'ai épousé le bon
 

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