Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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29 octobre 2014

La Métaphore du Clochard #5

Le cousin me dit que c'est du suicide... je lui rétorque que je m'en fous un peu.

La pièce est grise, les murs sont blancs, mais la fumée empeste. La porte de bois marron est vieille et sale. La lueur de l'ampoule fixée au plafond y porte un reflet minime, mais que je respecte néanmoins, parce qu'il se voit, lui. Je suis allongé au milieu, sur une table de bois de la même couleur que la porte sur laquelle il daigne se porter. Marie arrive à mon côté, la tige entre les dents. La toucher avec les mains serait du suicide. Ce que me répète mon cousin, encore et encore...

... trois jours plus tôt. Il sait que je l'aime, et qu'elle l'aime, lui, le Tarot. Les taqués, eux, l'appellent comme ça, et, les taqués, on les appelle, quand on n'est pas accro à la forme névrotique de cette drogue qu'on appelle "sociodose", quand on est le peuple, lui, ce saint, qui ne consomme ni ne boit que sur autorisation létale... euh... légale, pardon.

La sociodose est un dérivé narcotique de la cocaïne, créé et adopté lorsque les foules se rebellèrent contre l'ordre établi : il est un reflet de la force saine contre le pouvoir indélicat. Mais la sociodose, son dérivé, en plus d'en éliminer tous les côtés négatifs, aura certainement contribué au développement d'une nouvelle race de drogués. Le Tarot a vu le jour quelques années après sa création, et a rapidement rassemblé tous les Tarés qui étaient prêts à taper tout et n'importe quoi - taper veut dire sniffer : ingérer par le nez.

Ne croyez pas que je m'y connaissais avant de commencer tout ça. J'ai d'abord connu son regard, ses jolis baisers, puis ses seins, nus, et enfin la profondeur exquise de son être, tout le mien dressé en un voluptueux désir inconscient et aux incessants assauts abrupts, mais vains. Seul le Tarot la gouverne. Aujourd'hui, je suis sur la table pour lui, pour elle, et malgré tout ce qu'Il - mon cousin - m'a conseillé.


D'aucuns diraient que je suis amoureux... je me demande, soudainement, si je ne me suis pas placé dans cette situation tout simplement pour tâter de cette jolie drogue. Si, aussi subtil que je puisse être, je ne l'ai pas draguée pour approcher la tarotique sociodose de plus près... et si j'étais si vil... personne ne pourrait le prouver.

Marie s'approche, un peu à la fois... la tige fume entre ses dents, je crois même qu'elle hume les vapeurs, parce que ses yeux, marrons, deviennent bleus, verts, ocres, noirs, et ses narines se dilatent puis se rétractent. Ses copines, son Phénomène, éructent : elles lèvent et baissent les bras, seins nus, sous l'effet de la dope. Quelques unes d'entre elles gisent par terre. J'en ai foutrement envie, j'en ai foutrement peur, je ne sais plus quoi penser. Le plafond s'échappe au-dessus des cieux, alors que les yeux de ma Marie se plantent dans les miens, que la lumière noie son visage, y crée des refuges noirs et sombres, et que, finalement, elle lâche la tige, qui tombe dans ma bouche.

La tige fait la taille d'un filtre de cigarette, autrement dit, c'est un cylindre d'environ un centimètre cinq de long sur cinquante millimètres de large. Le filtre, retiré de la cigarette, est plongé dans une solution composée de sociodose dissoute et de LSD. La recette a fait fureur juste après les Grandes Révoltes, et certains disent même qu'elle a rendu la vie à John Lennon.

Moi, je...


Je...


Je...


Je crois que je suis vivort, ce mélange entre vivant et mort. La paresse qui agitait mes sens s'abrège, mes pupilles se réveillent, mes couilles se contractent. Le long de mes épaules et de mes bras court un long silence, qui se révèle au sein de mes doigts, si charnus que je les prends l'espace d'un instant pour les bâtons que je ramassais étant enfant. Au bout de mes orteils, bien plus loin, plus haut, les ultrasons émis par les créations humaines qui m'environnent se font ressentir, sentir, puis comprendre : et finalement, je me redresse, et je peux tout savoir, tout voir, tout expliquer : et je n'ai plus de peur, plus de doutes, plus de tensions : et si je suis moi, si je suis enfin moi, je ne le sais pas, je n'ai pas besoin de le savoir, car je l'ai toujours su, toujours parcouru, ce corps, en tous sens, en toutes directions, au fur et à mesure que mon sang battait sa ronde ; je suis le delta et le néant, l'alpha et les putes coincées sur place qui craignent pour leur sûreté, je suis le lexique balancé en pleine rue et les gros bras qui sauveront ces dames.

Marie me murmure quelques mots, mais je crois bien qu'elle les crie ; et tandis que ses
Phénomènes, ses goudoux, dansent leur extase, je me relève et ouvre la porte. Je veux sortir, cette fois-ci, je veux crier au monde entier que je suis prêt à le sauver.


J'ouvre (simplement) les yeux (et je sais que) je suis seul plongé dans le noir (et peut-être que je rêve encore mais) Laura me regarde elle est affolée (elle aussi était là) elle me dit que j'ai encore crié et que ces foutus cachets (foutus cachets) me cassent en deux et qu'elle ne reviendra pas.

Et qu'elle ne reviendra pas.

Il est 6h30, alors que je tourne la tête vers le réveil et distingue les chiffres, en vrac, puis que je vomis, sur le matelas, et un peu sur ses genoux, alors qu'elle refuse de lâcher mon crâne, en pleurant presque.

Cette fille est vraiment gentille...

Nous partons dans deux heures.

25 octobre 2014

La Métaphore du Clochard #4

Ranny n'avait jamais vraiment voyagé en France. Elle avait vu les Etats-Mexicains-Unis, la grandiose Asie-Turque, les paysages verdoyants de l'Anglirlande, la Scandinavie (qui regroupait la Suède, la Norvège, le Danemark, et bientôt la Suisse, à en croire les référendums), mais jamais la France.

Inouf connaît, Inouf sait ce que c'est de ne pas voir le monde. Quand ils ont sorti Le Seigneur des Anneaux, tout le monde comparait Inouf à Gollum. Tout le monde croyait que ne pas avoir voyagé de son plein gré, c'était être bêta. Mais Inouf a appris avec le temps que tout se qui se crée se transforme, et que des choses, qui existent en un état, peuvent très bien se transformer en quelque chose d'autre : Inouf n'est pas narrateur pour rien.

Ranny ne m'a jamais vu, son père m'a connu. C'est lui qui m'a donné la vie, entre deux cisaillages impromptus et quelques bouteilles de whisky. Il est un inventeur célèbre, c'est pour ça qu'ils débarquent, lui et sa famille, sur les plages de ce Paris réorganisé pour plaire aux riches. Mais, la France restant la France, on ne peut évidemment pas y empêcher quelques microbes d'y prospérer. C'est un choix.

M. Inutari a créé en 2036 la psychotechnologie, un outillage de pièces et de briques basées sur la pensée. Le principe est simple, et, en tant que narrateur et en tant que création, j'y vois ici une raison double de vous en exposer les lignes fondamentales. Si vous le permettez, bien entendu.

La psychotechnologie se base sur un fait démontré comme imputable à l'humanité : je pense, je ne suis pas, et en avoir conscience me force à créer un "je suis". Et la psychotechnologie amène ce je suis. Je suis ce que vous n'êtes pas : Inouf. Je suis le narrateur de ce récit, qui parle de vous, qui n'êtes pas, et qui est lu par vous, qui n'êtes pas non plus. Le seul marqueur, au milieu de ce vide, c'est moi. Autrement dit : je suis là pour vous aider.

Raoul Inutari a rencontré un nombre incoercible de difficultés lorsqu'il a présenté son projet à la science. La première fut que personne ne crût réellement à la vision déplorable qu'il avait de lui-même et de ses contemporains. Les scientifiques avaient découvert l'isodon, ce matériau semblable au pétrole et pourtant bien plus dangereux depuis de nombreuses années ; ils avaient créé les voitures volantes, les puces implantées au cerveau, relié l'Homme à la machine, remis en cause l'humanité, douté mille fois d'eux-même, et pourtant, pourtant, ils ne pouvaient accepter qu'il leur faudrait, encore une fois, tout remettre en cause.

Fort de ses travaux, il a finalement réussi à donner naissance à celle qui deviendrait ma mère, Madone, qui pourtant dépérit rapidement, car incomplète. Elle eut néanmoins la capacité de donner un fils, et c'est probablement ma naissance qui finit par prouver que la psychotechnologie avait une source tangible. Car qui aurait pu prévoir qu'un réseau électrique enfanterait d'un autre ? Peut-être vous, lecteurs ? Ou bien eux, qui m'ont lu avant vous, et qui laissent traîner mes dires traités par écrits sur une étagère. Toujours est-il que cette intangibilité venait de prendre corps : la puce implantée dans le crâne de 98% des Hommes, en 2036, fut bientôt capable de lui donner, en plus des atouts d'une machine, l'âme de celle-ci en prime : moi.

Aujourd'hui, je parle depuis madame Ranny Inutari, bien consciente de ma présence, mais fort incapable de quoi que ce soit d'autre, puisqu'elle est dans un état de mort cérébral. Et c'est pour cette raison que je vous présente mon histoire.

Nous avions souhaité commencer par le début, et pourtant c'est la - presque - fin qui vous est offerte. Je vous présenterais mes excuses, si j'étais capable d'avoir un minimum de remords, mais cela m'est impossible. Je reste bien trop intelligent pour m'abaisser à de telles prises de risques.

Poursuivons donc : et merci pour vos sous.

24 octobre 2014

La Métaphore du Clochard #3

Les trois clodos sont affalés dans l'herbe, leurs habits graisseux suintants au-dessus de leurs peaux sales et puantes. Le premier dit :

"Whisky... whiskyyyyyy !!

- Hé, ta gueule. Tiens."

Glou glou glou.

"Légajéputrolefilmaisjesais que...

- Hé!! Guawrgwgrg !"

Le troisième se lève et vomit, à deux pas du second, qui avait, dans un relent de conscience, commencé à articuler quelque chose d'à peu près décent. Il retombe sur les fesses, reprend la bouteille, et boit une nouvelle gorgée. Ses ongles sont noircis par la merde et la poussière, ses jointures dégommées à force d'avoir serré les bouteilles, sa gueule démolie par l'alcool et la drogue. Il était professeur, avant, et si c'est vrai, il l'a oublié.

"J'vais au magasin."

Le premier se relève, s'appuie sur l'épaule du second, le plus jeune, qui n'a que vingt-cinq ans, mais pas beaucoup de personnes correctes - valides - sur qui compter, et qui d'ailleurs s'affale - s'écroule - juste après sur le gazon, et prend en titubant la direction du supermarché le plus proche.

*****

Au départ, je n'ai rien dit. Après, je n'ai rien dit non plus. A la fin, je me suis tu. La Métaphore du Clochard, c'est moi qui l'ai inventée, par contre. Elle consiste en quelque chose de très simple : ce dont vous avez réellement besoin, vous finirez tôt ou tard par le donner par charité à quelqu'un, que vous le connaissiez ou non. Si j'avais besoin de la créer, je n'avais en revanche pas besoin de l'inculquer aux Hommes : ils font comme moi. D'où le nom de métaphore. Ce n'est qu'une reproduction, à un état divers, du paganisme comportemental qui m'habite : l'attribut de n'errer que pour soi, et, à défaut, pour ceux qui tombent plus bas. Tout le monde pratique la métaphore du clochard.

Tôt ou tard (et si ça n'est pas déjà fait), vous vous rendrez compte que vous avez déjà manqué d'un exact montant de quelque chose que vous aviez légué quelques minutes auparavant.

*****
 
"Elle m'a dit qu'elle ne m'aimait plus, y a rien de neuf là-dessus. Ca arrive tout le temps."

Laura posa ses yeux sur moi, je ne le vis pas, mais je le sentis, parce que, dans mon champ de vision, je voyais que l'inclinaison de sa tête avait changée. La fumée du joint était maintenant forcée de coudre deux tissus opposés, lorsqu'elle se voyait fendue en atteignant son menton. Ca devait lui piquer les yeux. Oui, ça lui piquait les yeux, parce qu'elle rejeta la tête en arrière, cligna des yeux, attrapa le joint, en tira une latte, puis, le gardant en main, me donna une légère claque avec l'autre et dit :

"T'as pas besoin d'être un artiste ou une bête de sexe pour être un homme, mon frère. C'est des putes si elles te disent le contraire. T'es un mec, attends juste que ça vienne. C'est facile pour vous. Une bite, une chatte, un peu de discours de chiens de faïence, et basta."

Elle cligna une nouvelle fois des yeux, eut le réflexe de reposer le joint dans le cendrier, comme le THC commençait à grimper dans ses veines, puis, mue par un réflexe sociétal stupide, me tendit le pétard. Je refusais.

"Tu sais que j'ai arrêté..."

Il y eut un court silence. Elle recommença à fumer.

"Mec, je veux pas te dire mais... le gros Fax m'a dit ce que tu prenais maintenant... franchement, reviens à la beuh, ça le fait plus.

- La sociodose que je tape est clean. Au moins je le fais pas par manque d'amour. Je le faisais avant qu'elle se barre."

Laura reposa le joint et soupira. Elle se laissa tomber en arrière, sur le lit, et me sourit. Un sentiment de bonheur m'envahit, puis disparut tout comme il était apparu.

"Emeline veut qu'on parte demain à huit heures. Je crois qu'il vaut mieux qu'on aille se pieuter. T'as tes papiers au moins ?"

Je lui répondis que oui. Le comprimé que j'avais pris dix minutes plus tôt commençait à faire effet. Ma montre indiquait trois heures. Je savais que je ne dormirais pas.

11 octobre 2014

La Métaphore du Clochard #2

J'ai rêvé de lui hier... il avait les yeux bleus, me prenait dans ses bras, se taisait enfin, m'embrassait jusqu'à me manger la bouche. J'étais amoureuse de lui à ce moment-là, ça me faisait bizarre au coeur, au bas du ventre, des vibrations insonores, enfin, je sais pas trop. Quelque chose de vraiment bizarre, sans mots pour le décrire, une fête interne, mes ganglions enfin guéris, oui oui, c'est ça, enfin la paix...

... je me suis réveillée. J'ai vu le monde en face. De l'autre côté de Paris, ils vous proposent le Disneyland v.3.0. sans augmentation du tarif. J'ai contacté mes belles, je leur ai dit :

"Les filles, on passe de l'autre bord, on le fait gratuit, j'ai un plan, on se fond dans la masse."

Les filles, ce sont mes girlfriends, mes petites-copines. Je suis lesbienne, ouais, ça vous choque. Bien sûr que oui, qu'est-ce que tu veux. Ca casse toujours des rêves quand tu dis ça un mec, sauf si t'es vraiment moche et qu'il te chope en fin de soirée... enfin, nous on avait réussi à établir ce Phénomène, je te le résume comme ça :

"Tu veux qu'on appelle ça le "Phénomène", ouais mais d'accord, mais quoi ?"

Elle prenait la parole, tirait sur sa clope, les genoux serrés, comme pour nous cacher sa culotte, et disait, exultant :


"Ouais, le "Phénomène". Le Phénomène, c'est nous : on est simples, juste là, entre filles, on se tire ps la bringue, on se la fait pas à l'envers, on sait qu'il y aura toujours une d'entre nous pour nous lécher en fin de soirée. Pas de mythos, le reste du monde et nous."

Et évidemment l'autre con qui répliquait alors :

"T'es bien mignonne Mathilde mais personne va croire tes conneries, d'abord on sait que t'as couché à droite à gauche avec des gars, et puis surtout, on sait que t'as des histoires avec l'autre, là, le Mathieu. Va falloir te ranger ma fille. T'es pas de chez nous."


A ce moment-là, je poussais la porte. Bougies confusément placées ici et là, petites tables sur lesquelles un nombres incalculable de bouteilles de bière s'étalaient, bouteilles de bière mais aussi de vodka, de whisky, de téquila, voire d'absinthe, bouteilles toutes vides ; mégots dispatchés à l'est, à l'ouest, au nord, au sud, des mégots, partout, dans les cendriers, en dehors des cendriers, sur le tapis en forme de losange qui supportait les meubles, et puis des mégots sur les conteneurs placés au bas des fenêtres, ouvertes, pour laisser quand même un minimum d'air se faufiler, brisant la pièce en deux comme si le vent était pour les goudoux l'homosexualité pour ceux qui aiment les hommes, et c'est à dire : une peur.

Et moi, la porte dans la main droite, les yeux presque écarquillés, surtout dérangé de déranger cette bande de meufs, elles me jaugeant comme un spécimen unique, austère, de l'ère antique, prêt à les déloger de leur antre masculine et pourtant émasculée, mais que pouvais-je faire, à part dire :

"Elle m'a plaqué... Emeline, tu m'as dit que vous bougiez bientôt, je crois. Je viens avec vous."

Silence.

"Je viens avez vous, point."

09 octobre 2014

Mon Verre est vide

J'ai descendu la première bouteille il y a quelques heures, alors que Coca affichait ses pubs sous mes fenêtres, elles-mêmes clignotant sous les spasmes luminescents des ampoules de la pharmacie d'en-bas.

Aujourd'hui, mon verre est vide.

Je cherche en moi les quelques restes de cet alcool qui devrait me porter.

(et moi en moi les quelques traces du THC ingéré lorsque j'ai tapé le dernier joint...)

(ou bien moi, sur le bord des toilettes, cette jolie poudre blanche...)

(un prochain Mac Do dans deux heures, oui, je crèverais pour... mais ils sont déjà fermés)

(non... elle dort maintenant... demain, je pourrai la niquer... demain... dormir, maintenant...)


Plus de cigarettes... plus de gras... ni drogues, ni alcool...

... ni gens.

Plus aucune dépendance, être soi, être soi-même : libre.

Oh, qu'elle est belle la liberté. La liberté sans quoi que ce soit.

Je cherche en moi les quelques restes de cet alcool qui devrait me porter.


Au fond de moi, je cherche les marques d'insouciance qui me guidaient autrefois. La puissance, la sensibilité, le charisme, la disparité des goûts et des couleurs, la nonchalance quant à l'avenir qui s'annonçait, l'amour du son pour le son, et surtout, le prisme de la vie qui se décuplait sans mensonges, qui mettait en lumière l'avenir et ses doigts tendus vers les miens comme pour me happer...

Aujourd'hui, mon verre est vide.

Je suis jeune, tellement jeune, c'est injuste ; je n'ai pas connu les guerres, le vrai Amour, la vraie Amitié, les rues pavées pleines de gens, je n'ai pas connu l'alcool entre gens propres sur eux ; je n'ai connu personne de vrai, que des clones, que des idiots, affublés du statut d'idiot, je n'ai vu que mes propres chaussures, que les leurs, moins sales que les miennes, sans aucune chance de changer les choses ; et moi, perdu, sans être capable de contredire l'avenir, moi qui voulais dire oui, sans être capable de le faire, moi ! oui moi ! qui étais prêt à me laisser avaler par ce qui se dressait devant moi...

Mon verre est vide.

Aujourd'hui.

Vous croirez que quelque chose de neuf apparaît... ces cons ne comprennent rien. Vous faites partie des cons. Je devrais créer un personnage pour vous dire ça, mais j'en suis las. Vous êtes totalement cons, vous et vos pairs, et ceux qui en réchappent n'ont plus la force de distinguer ce qu'ils sont de ce qu'ils ont oublié.

Vous ne savez plus ce que vous faites, mais tout ce que vous savez, c'est qu'...

Aujourd'hui, votre verre est vide.

Eh oui...

C'est affreux.

Et si vous trouvez ça affreux, vous êtes encore plus pitoyables.

Je vous déteste, vous les désespérés. Crevez maintenant, vous nous foutrez la paix, vous nous laisserez l'espoir.

Même si le verre est vide.


Vous arrêterez de nous poser en balance vos pseudos-douleurs, vos fausses amertumes, vos sentiments édulcorés. Nous cesserons d'avoir à la peine vos douleurs incongrues et irrationnelles ; et, enfin, nous cesserons d'avoir à nous demander si nous sommes coupables de la volonté intrinsèque qui nous anime et qui nous fait dire que, même si le verre est vide, non, nous ne voudrons jamais être esclaves de vos conneries artificielles, jamais, jamais, nous ne céderons face à l'absurde de vos dires intelligibles.

Le verre est foutrement vide, maintenant.

Je rebois en rêves ce que j'ai ingurgité quelques minutes plus tôt...

Tout a disparu. Il n'y a plus rien. Vous comprenez peut-être, enfin, ça y est : c'est fini. Oui. Oui.

Vous voulez me plaindre, maintenant, sûrement.

S'il vous plaît, laissez-moi ma hargne : remontez au début.

Et remplissez mon verre.