Embarcadères, débarcadères, des histoires de filles... qui suis-je ?
Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration
"Je ne suis rien. Je suis un être en puissance, désoeuvré et désespérant, racoleur et souvent drôle et stupide, inintéressant, agressif - à l'essence - et dépourvu de tout sens de l'humour. Je suis un accroc à l'amour, un violeur né, une mue dégressive que tout un chacun peut, à chaque minute, jeter au sol pour ensuite dire : "cet homme-là est mauvais". Je suis le tout, je suis le "peut-être", mais je ne veux pas être le "certainement"."
"Le "certainement" me tue et me détruit, j'y vois comme un mauvais oeil ; une main perverse qui se jette sur moi et tente de me prendre. Le "certainement", c'est une affaire de connards. Je les hais, les connards. Ils matent mes fesses quand je rentre à la maison, me demandent de sucer des bites. Ils sont malpolis. Malhonnêtes."
"Je ne suis rien. Je suis un être fait d'amour. Rare. Personne n'est comme moi. Suis-je mégalo pour ça ? qui a inventé toutes ces notions ? je ne suis rien. Personne n'est comme ça."
Mon Dieu... répondre à une question comme celle-là. La solitude. J'étais perdu. Que pouvais-je expliquer à ces jeunes et à ce directeur de camp ? ils avaient entre dix-sept et trente-cinq ans. Au fond d'eux-mêmes, ils n'avaient même pas encore exploré le fond propre de leur âme, et voilà que ce type, du haut du volcan qui surplombait l'archipel des Açores, me demandait :
"Et... est-ce que c'est bien, la solitude ?"
bonjour !
Bonjour !
oui ! bonjour ! j'ai vingt-trois ans. Je n'ai pas la réponse à ces questions. Je ne sais même pas qui je suis. Pourquoi ? pourquoi ? pourquoi vous me demandez ça ?
Je ne suis pas une pucelle de douze ans. On ne me demande pas de montrer ma chatte. J'en ai vingt-trois. Mais pourtant... pourtant... je suis violé au plus profond de mon âme.
Qu'est-ce que je peux dire ? "C'est bien, la solitude ?" Qu'est-ce que je peux dire ? parler des Femen, des femmes battues, des féministes ? vous ne savez même pas...
... ce que c'est d'être battu quand on est un homme.
Ah, oui ! les grands mots ! les belles phrases ! ah oui ! à vous les soliloques, tambours battants, vous les prompts au régime, les grandioses ! merci ! merci !
Deux, trois coups de fouet, et puis ; paf ! et puis l'on disparaît. On n'est plus qu'une ombre en puissance, un insecte misérable rampant au creux des sillons nés des larmes de ceux qui chantaient que "le sang impur" balaierait les champs français...
... et puis l'on ne sait plus qui l'on est.
Et on décide de quitter la France. On pense que tout le monde, là-bas, nous déteste. Que chaque région a ses motifs pour nous haïr, nous vouloir dehors. Que chaque être en puissance, tout épris des pouvoirs relatifs à sa gloire, ne veut de nous que pour autant que nous puissions être, au possible, au plus loin de lui-même ; et, au final, la haine même nous poursuit - et comme une subsistance, nous encourage à penser que nous ne valons rien, si ce n'est nous-même.
...
...
...
... mais... mais nous n'aurions jamais cru...
... nous n'aurions jamais cru...
... nous n'aurions jamais cru qu'un être venu d'ailleurs dénierait poser les yeux sur nous.
La porte se ferme maintenant, et le jeune homme revient sur ses pas pour saluer son double, de l'autre côté, qui n'arrivera pas à temps. Il voit des larmes sur ses joues, un sourire idiot se dessiner sur ses lèvres, et de la commisération dans son regard. En réalité, il ne voit rien de tout cela : il imagine des choses, qui lui sembleront belles à raconter, à l'avenir, quand il voudra, par exemple, essayer de lever une nana ou de faire le beau devant des Hommes, des vrais.
La porte se referme, et puis le voilà là, tout seul. Il se dit qu'il a fait du chemin, qu'il a mené des guerres, qu'il est devenu fou et a fait le tour du monde...
... en réalité...
... en réalité ? voulez-vous vraiment le savoir ?
Il n'a rien fait. Il n'a pas bougé d'un poil, ni levé les fesses de son siège. Tout cela n'aura été que dans sa tête. Mais pour autant, ça lui a semblé beau, puisque ça lui a prouvé qu'il avait quelque chose à prouver aux autres, qui lui prouvaient tout le temps qu'ils étaient meilleurs que lui... en fermant des portes.
S'il l'a fait, c'est simplement pour vous faire croire qu'il y avait autre chose... une vacuité de l'âme qui pouvait vous ignifuger contre le bleu de la vie... l'Univers Parallèle existe bien... mais tout ce qu'il y a autour... nous dépasse.
Alors que nous approchons de la fin, je tiens à remercier mon agent, Johnson, qui m'a accompagné tout au long du voyage, ainsi que Stevenson, qui, malgré son grand âge, aura fait preuve de vaillance et de bienveillance - deux mots contenant un "v", ce qui ne crée par ailleurs aucun lien entre eux.
A vous, qui lisiez mes lignes hier et me découvrez aujourd'hui, bonjour.
A ceux qui, ignorants de mes préceptes, tombent les bras ouverts dans le monde de mes récits, ouvrez grand les yeux, et remontez le fil. Vous trouverez à la source la même chose qu'à la fin.