Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration

22 mars 2016

VIII. et chez le mécanicien

"Mais je n'y peux rien ! je vous dis que la bande est morte, bordel de merde, vous le voyez bien !"

L'homme avait une soixantaine d'années. Il reposa le Walkman sur la table.

"Oui, il est cassé."

Le jeune s'emporta. Sa copine, derrière lui, jouait avec son débardeur comme une pucelle l'aurait fait avec la tête du premier con qui aurait osé lécher le sien.

"Mais merde, non ! réparez-le ! faites chier je vous dis que c'est un cadeau de famille merde !

- Soyez pas si vulgaire, s'il vous plaît, je fais ce que je peux.

- Mais vous faites rien !"

Elle avait presque hurlé.

"Hein ?"

La blonde laissa tomber ses bras vers le sol, puis releva la paume de ses mains vers le haut, et cria à nouveau :

"Mais vous faites rien !"

Le type fut subjugué.

"Co... comment ça rien ? mais putain je le répare votre truc ! c'est quoi ton problème à toi ?"

Nervosité. Tremblements dans l'air. Elle voulut recommencer à parler, mais le garçon au Walkman lui intima de se taire. Il dit :

"Ecoutez, si vous ne pouvez pas le remettre en marche, on ira ailleurs. Je connais des adresses. On ira ailleurs et ils prendront plus cher. C'est comme vous voulez.

- Ok, je le fais."

Ils quittèrent la boutique trente minutes plus tard, bras dessus, bras dessous. Elle ne demanda pas pourquoi il avait tant tenu à quitter la fête si tôt. Il ne lui demanda pas pourquoi elle avait tant insisté.

Ce soir, ils furent vraiment amoureux.

15 mars 2016

VII. la fille au Walkman

Le ciel était bleu, constellé de nuages blancs, en ce jour de printemps. Les formes cotonneuses s'étiraient en filets au-dessus de la tête de la quarantaine de lycéens qui montaient dans le bus scolaire, affrété pour l'occasion, direction Poitiers. Bavardages et heurts sans conséquences mettaient les accompagnateurs à la peine, puisqu'ils n'étaient que parents d'enfants, et comme le leur était présent lors du voyage, il leur était difficile d'aller engueuler ceux des autres.

Aussi, lorsque le chauffeur donna le signal et appuya sur le champignon, ils furent rassurés et purent revenir à leurs occupations habituelles : la technique de parler pour ne rien dire.

Histoire de se donner une contenance.

La fille au Walkman était assise côté fenêtre, quatrième rangée en partant de l'avant du bus. Comme elle était malade dans les transports en commun, elle s'était mise plutôt devant. Son Walkman était bleu, comme le ciel, et le fond profond de ses yeux, blanc, comme celui des nuages. Elle fit fi des tentatives d'approche des garçons assis dans son dos, et, pressant le bouton "Play", se perdit dans le paysage.

Oh lonely shadows,
Lovely sweet,
Come home tomorrow,

If it fits.

Quelques nids-de-poule firent sursauter Benjamin, assis côté fenêtre, troisième rangée en partant de l'arrière. Il eut le temps d'apercevoir une queue de cheval, devant lui ; puis son pote Tim lui demanda s'il savait que Fanny s'était tapée Antoine.

Bright as the sky,
Shining like everything,
 My sweety pie,
Please be my Valentine.

 Le premier arrêt-pipi fut l'occasion pour tout un chacun de quitter le bus, de sortir vider la vessie, de fumer (avec autorisation du proviseur), d'acheter des conneries au magasin de la station-service, ou de faire le con entouré de la multitude. Benjamin, qui remontait vers l'avant pour sortir, tourna la tête vers la gauche et aperçut la fille au Walkman. Benjamin demanda si tout allait bien, et la fille au Walkman lui adressa un regard furtif, un peu comme si elle avait toujours su qu'il était là ; un peu comme si elle avait toujours su qu'il remonterait l'allée et aurait à s'enquérir de son état de santé.

Le garçon ressentit comme un frisson le long de l'échine de puceau qui lui servait de corps lorsque les vibrations altières et floues qui transitaient au travers du bus se firent sens et que la fille au Walkman ouvrit les bras.

I am invisible
I hunt and kill
All the lovers
Who
Wants
To
Be
My
Dear
?

Mlle Godeffroy était professeur de techno en cinquième. Elle et M. Rougeoy, professeur de français, avaient accepté de participer au voyage, la première parce que cela lui évitait d'avoir à donner des cours pendant lesquels elle se faisait systématiquement insulter, le second parce qu'il avait entendu dire via les réseaux sociaux qu'une très bonne amie était en Ville.

Mlle Godeffroy n'était pas préparée aux formations de premiers secours, et n'avait, à dire vrai, que très rarement vu du sang. Aussi, le crâne éclaté de Benjamin et les moites résurgences de cervelle qui en sortaient eurent très très vite fait de la plonger dans les pommes.

Quand on demanda à la fille au Walkman ce qui s'était passé, elle tendit l'objet aux enquêteurs, leur installa les écouteurs sur les oreilles, et pressa Play :


VI. RW

J'ai rencontré une bombe monstre. De celles qui vous laissent le coeur en charpie et lambeaux amoureux de leur propre volatilité. C'est juste un type, anodin, comme n'importe qui... et pourtant...

Quand j'entends parler de lui, mes vertèbres s'accordent et tout mon dos se détend. Quand je le sens près de moi, une chaleur intense irradie de mon être sans que personne ne puisse en comprendre la portée ; et, quand, enfin, il m'embrasse, alors ce sont les mots qui me manquent.

Est-ce l'amour ?

Et puis, si je disais que je t'ai rencontré dans un autre univers que le nôtre, tu dirais quoi ?

*

"Très bien jeunes gens, vous voilà arrivés dans les méandres les plus sourdes et profondes de notre belle planète Terre. Vous passerez dix ans ici. Chacun recevra une lampe torche avec une autonomie d'une journée environ, et de deux batteries qui vous permettront deux recharges. Pour le reste, je vous laisse découvrir votre équipement. N'oubliez pas : économisez la lumière."

*

"J'arrive pas à réaliser. On vient de buter huit types.

- Ouais mais on les avait aux talons. Allez Solène, Aïssa nous attend au point de rencontre.

- Ca fait combien de... aide-moi à marcher s'il te plaît, je crois que j'ai pris une balle.

- Attends, viens... ça va comme ça ? ok. On va jusqu'à la source et on verra comment tu sens."

*

"Félictations ! 10 000 prétendants, trois arrivés. Vous êtes la gloire de la nation. En sortant, sur votre droite, vous trouverez un tableau - récapitulatif, certes - des causes et erreurs qui ont causé la mort de vos anciens camarades. Mémorisez-les, d'abord parce que vous aurez un examen là-dessus demain, mais également pour que vous vous souveniez que toutes ces choses qui ne vous ont pas tué vous ont rendu plus forts."
*

"Colonel Bloc'h ?

- Oui.

- Vous êtes affiliée à une mission spéciale. Un trou de ver.

- Encore ? le quinzième ce mois-ci !"

*

"CHEF ! ON PERD LE CONTRÔL.E !

- CA VA JE M'EN ETAIS RENDU COMPTE ! ACCROCHEZ-VOUS !!"

*
*
*
*
*
*
*
*
*
*

"Bonjour ?"

C'est là que j'ai ouvert les yeux et que je t'ai vu pour la première fois. J'avais l'impression d'être dans un rêve, ou au sortir, tant mon corps me faisait comprendre que je me sentais bien, et que je n'avais pas encore à devoir réfléchir aux choses qui m'attendaient dehors. Quand j'y repense, ton sourire... ça a été une implosion en moi.

"Vous allez bien ?

- Oui...

- Oui... je crois que je me suis blessée à la cheville. Où sommes-nous ?

Et si j'avais su... peut-être n'aurais-je rien dit pour ne pas te faire fuir...

- Comment ça ? Paris, 1940 ! Vous ne voyez donc par la Tour Eiffel ?"



12 mars 2016

V. FW

"Vous m'entendez ?"

- ...

- Vous m'entendez ?"

...

...

...

"Quoi ?

- Vous m'entendez ?

- ... oui.

- Qui êtes-vous ?

- Bé.

- Bé ? vous êtes sûre ?

- Oui. Où je suis ?

- ...

- Quoi ?

- Vous êtes sûre d'être vous-même ?

- Oui.

- Avez-vous des souvenirs ? des paroles ?

- Où sont mes équipiers ?

- Ils vont bien. Savez-vous où vous êtes ?

- Vaisseau six, rangée trois ?

- Et l'année ?

- 2053.

- Bien. J'appelle le docteur, il aura quelques questions aussi."


" Bonjour.

- Bonjour.

- Vous êtes Sancta Bé, n'est-ce pas ?

- Oui. Où sont les autres ?

- Ils vont bien, ne vous inquiétez pas. La mission est un succès.

- Puis-je sortir maintenant ?

- Non, pas encore, vous êtes trop faible. Savez-vous où le Zolo0 a pu s'égarer ?

- Zolo0 ? Zoln0 plutôt non ? vous êtes soixante ans trop loin ! le Zolo0 sera envoyé en 2100.

- Au temps pour moi. Excusez-moi, j'ai quelques paramètres à vérifier, je reviens tout de suite."

***

" Sancta Bé ?

- Oui ?

- Il semblerait qu'il y ait eu comme un... accident.

- C'est-à-dire ?

- Eh bien... le vaisseau qui vous propulsait aux confins de l'univers a heurté un banc de météorites...

- Et ?

- ... eh bien... vous et votre équipage avez péri dans le choc.

- Ah bon.

- Oui. Ils sont tous morts.

- Zut.

- Oui. Nous avons recueilli les données, et apparemment, cela s'est passé il y a quelques décennies. Nous avons récupéré votre capsule neuronale et avons pu recréer votre être en partant de là. Malgré tout, pour l'instant, vous n'existez pas physiquement parlant...

- Ca n'est pas la première fois.

- Pour un soldat de votre rang, cela n'a rien d'étonnant.

- Non. Qu'en est-il de la situation ?

- Eh bien, la mission a réussi : vous avez envoyé le vaisseau et ses occupants en plein milieu d'une Astrid Noire, ce qui équivaut à un contact direct avez l'ennemi. Néanmoins...

- Hm ?

- Nous n'avons aucun signe des autres. Ils sont probablement aux mains de l'ennemi à l'heure actuelle.

- Pouvez-vous me redonner forme humaine ?

- Et vous, pouvez-vous les sauver ?


08 mars 2016

IV. Stop

Tout le monde dans l'école disait que Jeanne était bizarre. Les garçons et les filles la regardaient du coin de l'oeil, elle n'était pas comme eux, elle faisait peur. Il y avait au coeur de sa personnalité un je-ne-sais-quoi d'inaccessible, de frustrant, d'impoli, un manque de respect de sa part quand on évoquait les codes communs de la communication. Jeanne mangeait avec beaucoup de gens à la cantine, non ; elle n'était pas seule au sens physique du terme, mais les autres faisaient un effort, tout simplement. Ils n'avaient pas vraiment envie d'être proche d'elle, il le fallait, c'était tout.

Tout le monde dans la petite ville de Brugnoy disait que Jeanne était bizarre. Le curé et le boulanger faisaient leurs affaires et évitaient de les mêler à celles de cette bestiole ambulante et incompréhensible, qui avait le don d'attirer l'étrangeté et le doute, et de faire vriller l'assurance de n'importe qui.

Lorsque le Président de la République rencontra Jeanne, il eut un sursaut de dégoût, et disparut derrière ses gardes du corps, pour éviter d'avoir à lui serrer la main. Le soir même, fermant la porte de l'Elysée, il appela la première dame de France et dit : "Chéri, est-ce que tu m'aimes ?".

Au collège, les boums et les rires se jouèrent autour d'elle. Au lycée, les fêtes et le sexe flottèrent au-dessus de son crâne et retombèrent en cascades sans jamais l'effleurer. A la faculté, alors qu'elle étudiait le droit, les joints, la cocaïne et les virées en bagnoles furent des fantômes à qui son esprit ne s'adressa jamais.

Cinquante ans plus tard, lorsque Jeanne donna vie à son troisième enfant, le monde entier s'éveilla et lui souhaita le bonjour. Le temps avait passé, les rides avaient saisi les visages et les regrets les coeurs, et les adolescents d'alors virent en elle une source satinée de bonheur et irradiant l'amour et la vie. "Jeanne était enfin en phase avec son temps", c'est ce qu'ils pensaient.

Mais Jeanne avait tout vu, et tout ressenti, et tout compris à chaque seconde.

Et si elle avait accepté de paraître si bizarre et si peu communicative, c'est parce qu'elle avait su dès le début, en son for intérieur, que l'autarcie d'un être esseulé était le premier pas qui menait l'abruti vers la société. Car, enfin, il avait la possibilité d'être "avec quelqu'un contre un autre".

Néanmoins, il y avait une chose qui distinguait encore Jeanne de la multitude.



C'est qu'elle avait pu construire sa vie en fonction de ses choix et non pas sous le joug de la peur.

Mes prières vont à ceux qui font le don de coeur.

III. Play

"Cours !!!"

La héroïne du feuilleton moisi pour gamines de quinze ans court. Elle est pas forcément belle pour que tout le monde puisse s'identifier à elle, elle est pas forcément grande ou petite, elle est "taille moyenne", elle est pas trop musclée, mais par contre elle est vachement intelligente.

"Attention ! un méchant !"

Un mec de trois mètres de haut surgit au détour d'un couloir, mais comme la héroïne est super-forte, elle prend appui sur le mur, puis assène un double-kick fury au méchant super fort dans sa face, et le méchant tombe sur le sol, car la basket de l'héroïne contient le pied de l'héroïne, et le pied de l'héroïne, il a la force d'un tank calibré sur super-puissance.

Les deux héros continuent à courir, on voit bien que le copain de l'héroïne - second rôle tenu par un mec avec une gueule de chacal mais comme les filles l'aiment bien, on dira qu'il est trop super beau et qu'après même il fera des pubs pour des shampooings et des cosmétiques - a un peu du mal, c'est normal, l'héroïne court super vite, elle fait même pas soixante kilos alors que le type derrière en a vingt de plus, mais bon c'est normal.

"Arrêtez-vous !"

Oh merde ! voilà la super méchante du film ! dans la décennie 2010, c'est toujours une nana qui gouverne une pseudo-démocratie dans un monde fermé délimité par des murs qu'à un moment la héroïne elle devra franchir pour aller voir que, derrière, ben en fait c'est le vrai monde, mais bon ça personne le savait parce qu'avant elle sur Terre y avait que des mongolitos gogolitos abrutis qui voulaient juste vivre leur vie tranquille, m'enfin bon.

"Je suis la super méchante et je veux mettre en place un système démocratique."

Pamphlet de la héroïne :

"Non c'est faux, en fait vous êtes une méchante, vous savez même pas ce que c'est la "démocratique", passqu'en fait vous êtes frustrée parce que personne vous aime et en plus vous êtes même pas une héroïne puisque l'héroïne c'est moi na !"

Suite à quoi la super-méchante appelle ses méchants copains, les super-héros se battent contre eux, pis à un moment tout le monde est en danger, mais comme la héroïne est super-forte et trop stylée et tout ça et tout ça ben elle trouve une solution et puis tout le monde s'en sort indemne et elle rétablit la paix sur la planète et ouvre de nouveaux horizons.


... j'hallucine, vraiment ? on dirait pas trop :



***

Arrêtez de nous sortir des conneries élevées au grain d'un féminisme stérile, de un ça tue les agriculteurs, et de deux ça fait croire à des filles très bien dans leur peau qu'elles doivent vivre dans leurs rêves au lieu de les projeter et de les créer. Arrêtez de faire des femmes des êtres d'action dans des univers où elles ont sans cesse besoin de s'opposer aux garçons et d'avoir des histoires d'amour de merde avec des tapettes testostéronées sans queue (sic) ni tête (encore plus). Arrêtez d'écrire des bouquins pour ados avec "une Ville et des murs autour où-un-moment-il-faut-que-les-héros-ils-aillent-de-l'autre-côté-du-mur", arrêtez d'abreuver nos jeunes avec vos icônes à l'américaine sans failles et physiquement supérieures.

Laissez un peu rêver les gens, et quitte à choisir une femme pour héroïne, donnez-nous l'équivalent de héros :


***

Parfois j'ai l'impression que certains essaient de copier Le Chaperon Rouge
et de donner à nos jeunes filles des trousseaux faits sur mesure...
... avec des murs autour ?

II. Souffle dans la cartouche, sinon ça marche pas

"Jacques ?

- Ouais ?

- Tu l'as vue, la gonz' ?

- Laquelle ?

- Celle avec les beaux yeux, des mains charmantes, elle est passée au comptoir tout à l'heure pour te demander l'heure.

- Celle qui avait les cheveux châtains, un léger accent provençal ?

- Euh... oui, peut-être, je sais pas, j'étais à l'autre bout du magasin. Elle avait un sac à main et des chaussures pas-à-talons, des chaussures normales, elle était pas très grande.

- Avec un type ?

- Ouais...

- Blond, beau gosse, 1m80, petit cul, T-Shirt de tantouze, sûr de lui ?

- Ouais.

- Eh ben ?

- Ben... elle était jolie, non ?"

***

"Jacques ?

- Ouais ?

- Tu l'as vue, la gonz' ?

- Laquelle ?

- Celle avec le beau cul."

***

"Jacques ?

- Ouais ?

- Tu sais, hier soir, à la fermeture, c'est pas que je voulais pas...

- Nan t'inquiète, j'ai compris. C'est pas la première fois que ça m'arrive.

- Non, mais c'est pas que ça me dérangeait, c'est juste qu'au boulot, là, ça me stresse un max.

- ... alors tu serais pas contre ?

- ... tu fais quoi ce soir ?"

***

"Nathalie ?

- Ouais ?

- Il a un beau cul lui non ?

- Bof. J'ai vu mieux."

***

"Jacques ?

- Ouais ?

- Ecoute ça : tes lèvres fondantes et ton con bruissant m'inspirent des rimes inversées et font naître en mon âme brillante des refrains enchantés."

- Hein ?
- Putain mec c't'un poème.

- Attends refais ?

- Tes lèvres fondantes et ton con bruissant m'inspirent des rimes inversées et font naître en mon âme brillante des refrains enchantés.

- J'y capte rien.

- C'est pour une fille qui est passée au magasin hier. Elle m'a parlé un peu et elle m'a laissé son numéro.

- Quoi ? elle t'a laissé son num ? comme ça ? eh mec t'en tiens une !

- Nan mais attends, c'est pas tout ! c'est une actrice ! elle est modèle !

***

"Nathalie ?

- Ouais ?

- Tu te souviens du type de chez Gasparlès ?

- Le magasin de fringues ?

- Ouais, j'y suis allée hier pendant la pause. Ce con de vendeur est tombé dans le panneau.

- Il a le numéro ?

- Ouais, j'appelle François et on s'organise un rendez-vous.

- Tu veux que je loue la camionnette ?

- Non c'est bon, je me démerderai.

- C'est quand même le quinzième à qui on pique un rein.

- Il a qu'à pas être si con."

***

Tes lèvres fondantes et ton con bruissant m'inspirent des rimes inversées,
Mes mains moitent écrivent de nouveaux romans, 
Et font naître en mon âme brillante des refrains enchantés,
Quand le ciel sans peau s'étire en reflets dansants.

I. Reset

Retour à zéro, la gueule sur le plancher, les traits tirés et fatigués. Faudra que je me démaquille avant d'aller dormir. Ma joue gauche s'écrase sur le bois froid, je crois que je bave un peu. Mes yeux sont mi-clos, je louche sûrement d'ailleurs. J'avais mis la bleue, la robe, et ma culotte préférée. Franchement, j'étais sûre ce soir que ça allait marcher.

J'essaie de me relever, mes petites mains de connasse se fraient un chemin à l'horizontale, je fais un bout de route, et puis, non, je préfère rester allongée. Trop malade. Trop bu. Ouais, j'ai sûrement voulu trop oublier ce soir. Trop oublier pourquoi il ne m'aime pas.

On a pas quatorze ans tous les jours, moi je me souviens même plus de ce moment. J'ai vu les autres se taper des mecs à foison, et j'ai eu mon lot de beaux gosses, mais merde ! j'ai tout foiré. J'ai quinze ans de plus maintenant, l'âge d'avoir des gamins et une baraque, et pourtant je n'y vois plus.

J'étais sûre que ça allait marcher ce soir, putain ! j'étais sûre qu'il allait me tomber dans les pattes et voir qui j'étais vraiment. Sans mensonges. Sans fioritures. Sans mon style et mes mensonges. Qu'il allait voir derrière le mascara le regard profond et serein de mon âme perturbée. Qu'il allait comprendre...

Pourquoi il ne m'aime pas ? et pourquoi oublier ? et puis, pourquoi la vie ?

Retour à zéro, la gueule à la verticale, lundi matin 9h.

Je ne sais plus pourquoi je sais si bien qui je suis.


05 mars 2016

α - mes misères et mes joies prises à partie

Un beau jour de novembre, je me suis réveillée sans ne plus rien ressentir dans le bas-ventre. Ca ne voulait pas dire que je n'avais plus mes règles : ça voulait dire que j'étais guérie. Guérie de ces longues promenades dans les rues noires de monde de la capitale, puis de mes demi-tours, alors que la lune faisait d'avenues de sombres passages glauques sans fin. J'avais à chaque fois pensé à ce qui pourrait m'arriver, et, puis ; mes potes qui me racontaient que, non, ça ne t'arriverait pas, puisque tu saurais te défendre, et puis, tu n'es pas ce genre de fille. 

Deux mois plus tôt, la petite-amie de Jean m'avait appelé en panique.

"Quoi ?

- oui... il m'a attrapée et balancée contre le mur, il a baissé mes collants, j'ai senti son... son...

- Ca va, n'en dis pas plus. J'arrive dans cinq minutes."

On dit souvent que les femmes n'osent pas porter plainte ; elle l'avait fait, inopinément, avait accepté tous les tests possibles pour que ce type soit retrouvé. C'était une vraie battante, l'âme charriée au corps, et lui source de plaisirs qu'elle se plaisait à ne pas contrôler. Elle avait un travail temporaire dans un cabinet notarial, un petit copain, et la promesse d'enfants rapidement. Une fille rangée, mais qui savait se biturer à la téquila trois fois par semaine, et parfois s'adonner à des passe-temps encore plus illégaux.


En fait, la lettre qu'elle m'a envoyé deux jours avant son suicide m'a vraiment fait douter, mais je ne la connaissais pas assez bien pour savoir quelle pourrait passer à l'acte.

"Retrouve-le ce fumier et tue-le. Pour moi.

 C."

         Vous imaginez que les enquêteurs me sont tombé dessus. Heureusement, je n'avais plus la lettre. Découpée en mille morceaux, elle devait finir au fond de l'océan.

Mais tout a fini, pour une fois, par remonter à la surface...