Au début, tout était beau.
Il y a eu quelques discordes, mais ça marchait quand même. Je ne savais pas l'expliquer ; je crois que j'étais amoureux. L'étais-je ? ou faisais-je semblant ?
Puis, peu à peu, il y a eu ces risques, ces rixes, ces paroles sans intérêt. Il y a eu des débats sans queue, et sans tête, des délires manichéens censés prouver au monde la valeur de notre monde insensé : car nous étions amoureux. Un jour tu avais dit :
"Paul, je t'aime, je t'aimerai toujours."
Et le second :
"Qui es-tu, toi, qui ne me connais pas ?"
...
...
...
Est-ce que j'aime ? Est-ce que je peux aimer ?
Est-ce que c'est de ma faute ?
Mes yeux se brouillent ; je t'assure : je voudrais en dire plus, mais là, j'ai juste mal partout. Mon corps saigne de partout, je perds tout, je ne suis plus rien. Et je devrais encore dire merci ?
...
...
Je n'ai pas d'autre choix : le Paul qui dort va devoir se réveiller.
Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration
10 septembre 2017
31 juillet 2017
EYES WIDE SHUT
Bah ? C'est moi !
Pourquoi tu boudes ? De quoi t'as peur ? tu veux plus me parler ? c'est moi, juste moi.
Mes défauts transpirent ? non mais t'as vu ta gueule ? qu'est-ce que je t'ai fait ? bah c'est moi !
Pourquoi tu boudes ? t'es passé aux sphères supérieures ? t'es quelqu'un de bien ?
Bah, c'est moi...
Pourquoi tu boudes ? Qu'est-ce que j'ai fait ? j'ai fait une connerie ? mais tu vas où là ? comment ça : "c'est toi qui te barre" ?
Mais je vais nulle part, ami.
Je vous regarde.
T'as vu ? derrière toi ?
Les yeux clos. Il y a quelque chose derrière toi. Je l'ai vu !
Pétard comment je l'ai trop vu !
Il y a un putain de truc derrière toi !
OUVRE LES YEUX !
Pourquoi tu boudes ? De quoi t'as peur ? tu veux plus me parler ? c'est moi, juste moi.
Mes défauts transpirent ? non mais t'as vu ta gueule ? qu'est-ce que je t'ai fait ? bah c'est moi !
Pourquoi tu boudes ? t'es passé aux sphères supérieures ? t'es quelqu'un de bien ?
Bah, c'est moi...
Pourquoi tu boudes ? Qu'est-ce que j'ai fait ? j'ai fait une connerie ? mais tu vas où là ? comment ça : "c'est toi qui te barre" ?
Mais je vais nulle part, ami.
Je vous regarde.
T'as vu ? derrière toi ?
Les yeux clos. Il y a quelque chose derrière toi. Je l'ai vu !
Pétard comment je l'ai trop vu !
Il y a un putain de truc derrière toi !
OUVRE LES YEUX !
07 mai 2017
PREQUEL / Univers Parallèle - 28 septembre 2007
Univers
Parallèle
A tout ce que l’homme
considère comme mystique.
Aux couchers de soleil.
considère comme mystique.
Aux couchers de soleil.
1. Espace
Bordel de merde. Il en avait besoin. Il lui fallait son shoot. Vite. Où est la thune ? Non, pas là. Ici, non plus. Les poches, vides. Les tiroirs, vides. Plus de montre à vendre, plus de voiture à voler. Sa tête lui tournait, et il aurait juré qu'une armée de marteaux s'en était prise à lui. Avancer, encore. Saisir la veste. Marcher, encore un peu, ouvrir la porte, descendre les 3 étages, sortir dans la rue. La pluie ne retenait même plus son attention. Il marchait, le regard dans le vague, les mains dans les poches, chaque pas le faisant rebondir sur le trottoir, chaque passant croisé augmentant son stress. Puis il vit la banque, l'espace rouge, la pluie sur son toit, et l'homme qui venait de sortir du bâtiment, fouillant les poches de son long manteau pour trouver les clés de son véhicule. Il était grand, mais pas forcément fort. Il ne vit pas ses yeux, mais son profil n'avait rien de dangereux. Une chance à saisir. Il sortit un canif de sa poche et s'avança à grands pas vers sa future victime.
"Nous sommes désolés, votre réserve bancaire est insuffisante pour effectuer l'opération demandée." Merci, je sais, pensa-t-il. Tant pis pour les chocolats et les fleurs, il trouverait bien l'occasion de se faire pardonner à la fin du mois. Il récupéra sa carte bancaire, donna un léger coup de pied à la machine, plus par dépit que par colère, puis repartit vers sa voiture. La pluie tombait abondamment, aussi remonta-t-il son col en pressant le pas. Il jeta un œil à sa montre. Minuit moins 10. Il plongea une main dans sa poche gauche, à la recherche de ses clés, noyées au milieu d'un melting-pot d'objets inutiles. Soudain, il fut projeté contre la portière.
"File ta thune enculé." murmura le détenteur du couteau qui venait de se glisser sous sa gorge. Le métal était froid, et apparemment acéré. La voix était rauque et tremblante. Son rythme cardiaque s'accéléra, et il reçut une impulsion d'adrénaline qui lui réchauffa les tempes. Ses pensées commençaient à se bousculer dans sa tête. Il faisait nuit, il pleuvait, il n'y avait personne aux alentours. Scénario rêvé. Pas de lumière, pas de bruit, pas de témoins.
"Je suis à découvert." lança-t-il à l'adresse de l'inconnu qui lui pressait la tête sur la vitre. Le couteau commença à s'énerver en dessous de sa pomme d'Adam.
- Vide tes poches ! Magne !"
L'arme glissa le long de sa gorge et la sensation glacée disparut. Il se retourna et aperçut son agresseur, toujours menaçant. Il était plutôt petit, habillé d'un pantalon en toile noire et d'une veste Scotch. Ses cheveux étaient coupés au carré, et son visage semblait dur et froid, à la manière d'un militaire. Plusieurs cicatrices lui zébraient les joues. Seuls ses yeux rouges étaient habités d'une lueur de démence. Il tremblait. Un drogué. Le couteau oscillait de gauche à droite, mais ne semblait pas tenu fermement. Une chance à saisir.
Le supposé drogué sortit l'homme de ses pensées en hurlant un "qu'es'tu fous ?" qui retentit en même temps qu'un coup de tonnerre.
" Je vous laisse ma voiture si vous voulez. Mais je crois que j'ai ce qu'il vous faut..."
Son ton était resté mystérieux et posé. Il vit que cela marchait ; les yeux de son agresseur se firent plus perçants, comme intrigués. La réflexion commençait à se mettre en place. Alors, très doucement, l'homme à l'espace détourna son regard vers la banque, comme si quelqu'un se tenait sur le seuil. Son agresseur, l'apercevant, tourna la tête une demi seconde. Ce fut une demi seconde de trop. La victime lança son bras droit vers le couteau et, tendit qu'il l'agrippait, son pied gauche vint se placer derrière le talon opposé de son ennemi. Il n'eut qu'à tirer pour faire tomber cet assemblage de chair, d'os et de muscles, qui s'écrasa sur le sol dans un cri de rage. Le couteau en main, l'homme à l'espace saisit la main droite et l'épaule de son adversaire. Il poussa, sa main coulissa sur le cou du drogué, et en moins de trois secondes l'ex-agresseur s'était retrouvé immobilisé sur le ventre, une main dans le dos, l'autre frappant violemment sur le bitume trempé. L'homme à l'espace resserra sa clé de bras et appuya doucement le couteau sur la nuque de sa proie inopinée.
" J'appelle les flics." murmura-t-il pour lui-même. Fourrant l'arme dans sa poche, il récupéra son portable par la même occasion, et composa le 17. Le téléphone se mit à sonner.
"Police, j'écoute ? dit une voix lasse et monocorde.
- J'appelle pour signaler une agression au coin de la rue de Pi..."
Il s'arrêta net, une vive douleur entre les omoplates. Sa main gauche relâcha son étreinte sur le drogué, et sa jumelle s'ouvrit doucement pour laisser échapper le portable qu'elle retenait. Il y eut un deuxième coup de couteau, puis un troisième. Lorsqu'il s'effondra sur le sol, l'homme vit son sang couler sur le trottoir. Il sentit qu'on fouillait dans ses poches. Il y eut un bruit de clés, de portières qui s'ouvrent et se claquent, puis un vrombissement de moteur. L'espace, aussi rouge que son sang dégoulinant dans le caniveau, emmenait loin d'ici les deux hommes qui revendraient sa voiture pour se payer leur dose. Saloperie de banque, pensa-t-il avant de fermer les yeux.
I. X
Car Gaël Ramboidt était musicien. Il avait un orchestre à mener le soir même, et l'heure n'était pas à la rêverie. Ses doigts fins et longs saisirent un stylo, qui alla gribouiller un pizzicato fiévreux au-dessus d'une rangée de noires. Ah, elles étaient bien rangées, les noires, prêtes à mener la danse. Puis Gaël tourna quelques pages, les inversa, et continua ce qui était pour lui un plaisir pendant quelques heures.
Lorsqu'il eut terminé, il s'allongea sur son lit, sortit une cigarette et l'alluma en signe de victoire. La fumée coula entre ses minces lèvres, remonta le long de son visage bien dessiné, passa entre ses grands yeux qui lui donnaient un air rêveur et naïf, puis vint caresser son large front, avant de s'échapper par la fenêtre.
Un métro passa et ébranla le bâtiment.
Un appartement à moindre prix en plein centre-ville, cela n'avait pas que des qualités. Au moins, il était au rez-de-chaussée, et n'avait pas à trimballer son matériel sur plusieurs étages. Lorsque sa cigarette arriva à terme, Gaël se leva, la jeta par la fenêtre, et commença à mettre en ordre ses affaires. Le radio-réveil posé sur la table basse bancale indiquait 16h07. Départ prévu à 18h. Logistique, accueil des musiciens, de 18h à 20h. Il n'aimait pas répéter sans cesse avant chaque concert, car c'était pour lui une source de stress et de monotonie inutile. Il était beaucoup plus excitant d'arriver quelques minutes avant, en se demandant si tout allait bien se passer.
Et généralement, tout se passait bien, car Gaël, malgré une certaine dose d'insouciance, avait des notions précises des mots "ordre", "horaires", "prévoyance" et "prudence". Il y avait toujours un mécanisme en éveil dans son cerveau, qui travaillait à des solutions en cas de problème. Rêveur, certes, mais tête en l'air, certainement pas. Deux heures. Cela lui laissait le temps d'aller faire un tour. Il prit son blouson, attacha ses cheveux à l'aide d'un élastique blanc, enfila un jean propre, une paire de chaussures, et sortit. Bien paraître, quel désordre. Il ferma la porte à clé, regarda fièrement la porte de son appartement, son nom gribouillé sur un papier au-dessous de la sonnette, puis fit demi-tour vers l'entrée.
Virage à gauche, ouverture, fermeture, quelques pas dans la rue, et le froid qui le saisit. Gaël s'alluma une autre cigarette en marchant, puis décida d'aller prendre un café. Il ne faisait jamais beau dans cette ville, et il ne faisait jamais beau dans ce pays non plus, d'ailleurs. Il marcha le long d'un boulevard, tourna à droite, marcha encore cent mètres, puis s'arrêta en face d'un petit bistrot. Sur la devanture, à côté des sigles "1664" et "HEINEKEN" s'étalait en grandes lettres blanches "Univers Parallèle".
C'était un très vieux bar qui avait été repris il y avait plusieurs années de cela, mais le nouveau propriétaire, de son prénom Marc, n'avait pas pris soin de changer son nom.
"Ca me plaît bien comme ça, ça fait mystérieux, et les clients adorent", répétait sans cesse l'homme bourru de 51 ans.
Marc, c'était en quelque sorte le puit à potins. Si quelque chose se savait en ville, Marc en était informé. Son "bistronouchou" comme il l'appelait avait tout d'un pub typique : murs de pierre blanche, parquet de bois presque noir, usé par le temps, comptoir verni sur lequel s'étalaient des cendriers, des bières et parfois des clients, bières à pression, bières en bouteille, fournée de whiskys, de bourbons, de rhums, et autres alcools en tous genres, tabourets à l'anglaise, traces de mégots, tables basses, tables hautes, clients soûls, non saouls, quinquagénaires en pause et jeunes sortant du lycée, le tout dans une ambiance enfumée et presque toujours joyeuse.
Le dernier incident en date remontait loin, très loin, mais il était de taille. Un groupe de skinhead avait refusé qu'une famille sud-africaine rentre dans le pub, prétextant des idéaux racistes infondés. Marc s'était interposé, et, le temps que la police arrive, il avait perdu deux doigts et un oeil. Son corps était couvert de plaies et de coups ; deux de ses côtes étaient brisées. Les vitrines de l'établissement éclatèrent dans la nuit, et sur la devanture furent taguées des croix gammées, quelques menaces, et beaucoup d'insultes. La majorité pensait que Marc fermerait son bar. Pourtant, il ne céda pas, et Gaël restait persuadé qu'au contraire, son agression l'avait conforté dans son combat, le combat d'un homme qui était près à donner sa vie pour défendre ce qu'il considérait désormais comme son bien le plus cher : son pub.
Marc n'avait ni femme, ni enfant. Il était resté marié plusieurs années avec une jeune femme qui avait un fils, mais elle avait disparu du jour au lendemain, sans crier gare et sans laisser de traces. Il avait connu Gaël lorsque celui-ci avait débarqué avec ses partitions, ses idées et sa jeunesse pimentée. Marc l'avait traité chaleureusement très rapidement, s'en faisant un peu le fils qu'il avait perdu plusieurs années auparavant. Cela faisait maintenant 5 ans que le jeune homme venait chaque jour à l'Univers Parallèle. Parfois pour un café, souvent pour une bière avec ses amis, ou alors, lorsqu'il avait le temps, pour discuter et s'asseoir avec celui qu'il appelait, pour plaisanter, "le pirate borgne".
II. M. Dupont
Gaël sortit de l'Univers Parallèle à 17h12 exactement, après avoir bu deux cafés, une bière, et entamé une longue discussion sur la réglementation des ventes de calendriers d'éboueurs avec Marc.
Parler de tout et de rien, se changer les idées, rien de mieux pour réussir une bonne symphonie.
Gaël sortit une énième cigarette, la coinça au coin de sa bouche, puis baissa la tête pour offrir au feu un rempart contre le vent. Ainsi occupé, il ne vit pas venir M. Jean-Paul Dupont, cadre de TelComIn, société de télécommunication réputée mondialement. Il le heurta à exactement 20 mètres du bar qu'il venait de quitter.
M. Dupont, quant à lui, revenait de sa mise au point mensuelle. La "grande secousse", comme il l'appelait le plus souvent, consistait en une série de visites dans les différents points de vente de TCI, afin de sermonner les vendeurs, de remettre les choses à leur place, et de faire bien devant le client. Car chez TCI, le client était un pigeon exploitable à 100%. Officieusement, en tout cas.
Officiellement, il était roi.
M. Dupont rêvassait. Il se demandait s'il pourrait se payer cette petite piscine assez "chicos" que tous les grands de ce monde possèdent. Ses seuls frissons, ses seuls moments de joie restaient du domaine financier. Ainsi, se faire déranger en plein nirvana par un jeune fumeur aux cheveux longs l'exaspéra à moitié.
"Oups, excusez-moi ! lança Gaël en posant sa main sur l'épaule de M. Dupont.
- Parce qu'un "monsieur" est trop difficile à offrir ? répondit le cadre avec un regard aussi noir que son costume deux pièces acheté récemment pour quelques centaines d'euros.
- Euh... excusez-moi... monsieur ? tenta Gaël dans une grimace interrogative.
- Voilà qui est mieux. Si j'étais vous, je regarderai où je marche. Et puis j'arrêterai cette drogue. dit M. Dupont avec assurance, en pointant la cigarette fumante.
- Pas de problème, m'sieur. Bonne journée." s'excusa Gaël en souriant.
M. Dupont détourna les yeux et reprit son chemin. Une voix le héla quelques secondes plus tard. C'était le jeune homme, arrivé au bout du trottoir.
"Eh, au fait... joli costard vieux pirate !"
Gaël souriait quand il rentra chez lui, se remémorant le profil de son interlocuteur. Une étrange sensation l'envahit après qu'il ait tapé le code de son immeuble et ouvert la porte. Une vague impression de déjà-vu. Ce type lui faisait penser à quelqu'un.
Petit, visage neutre, celui d'un homme qui en a vu, bien fringué... et quelques cicatrices sur les joues.
Etrange. Très étrange.
Mais sa magnifique sonnette lui fit oublier cette rencontre. Il pénétra dans son appartement, et entreprit de dormir jusqu'à 17h45 pile. Puis café, clope, et en avant pour l'orchestration d'une reprise personnelle de l'Opus n°50 de la Pavane de Fauré, un de ses morceaux classique préféré. Gaël enleva son manteau, son élastique, ses chaussures, son jean propre, s'allongea sur son lit et s'endormit au milieu du vacarme grandissant des voitures et des passants.
III. Orchestration de souvenirs
"Va... hier... pense beaucoup... fleurs... mère..."
Une douce sensation de chaleur l'envahit, et il se mit à marcher en direction de la lumière. C'est alors que sa jambe gauche disparut. Gaël tomba sur le flanc, et se mit à ramper. Quel étrange environnement, pensa-t-il. Sa jambe droite s'envola elle aussi, puis son bras gauche, et enfin son bras droit. Il resta là immobile quelques secondes, se demandant s'il pourrait un jour atteindre cette lumière intrigante. Il n'eut pas le temps de se pencher plus sur l'idée, car un pieu étincelant tomba du ciel et lui transperça le dos.
Sonate au clair de lune.
Une minute, vaguement.
Puis une autre minute, plus intensément.
Gaël se réveilla doucement, ouvrit les yeux, et lança sa main droite sur son réveil. Radio Classique. Il bailla, se releva doucement et s'assit sur son lit. 17h45. Ce rêve étrange, le jeune homme le faisait toutes les nuits depuis qu'il avait emménagé seul. Au départ, il l'assimila au stress, à la fatigue, et à la peur de la solitude.
Lorsqu'il se fit des amis, lorsqu'il fut habitué à vivre seul, il le prit pour une peur du changement. Maintenant, il s'en foutait. Il avait consulté un psychologue, qui avait décidé pour lui qu'il souffrait d'une phobie du noir, qu'il était claustrophobe, et 40€ s'il vous plaît, revenez me voir dans 1 semaine. Gaël n'y retourna jamais.
Il se leva, vérifia si le liquide présent dans la cafetière était encore chaud - il l'était -, s'en servit une tasse, puis s'assit sur une chaise, en face de la fenêtre. C'était son petit rendez-vous quotidien, la grosse femme habillée en rouge qui promenait son chihuahua. Ponctuelle, elle arriva, comme les autres jours, à 17h51, se dodelinant comme le ferait un boudin sur pattes, appelant son coco, son petit Albert, qui la rattrapa en sautillant. Gaël s'alluma une cigarette et ouvrit la fenêtre. Elle disparut au coin, puis revint quelques minutes plus tard, un sachet plastique dans la main, sermonnant Albert parce qu'il avait décemment "fait caca sur le trottoir". Le musicien fut pris de pitié pour l'animal, éteignit sa cigarette, griffonna encore quelques mots sur ses partitions, puis s'habilla et sortit. Il ferma sa porte, regarda sa sonnette, en se disant que quand même, qu'est-ce que c'était beau.
Sa voiture était garée au coin de la rue, une 205 noire aux allures de poubelle sur roues. Il en ouvrit la portière, posa son matériel à l'arrière, alluma Radio Classique et démarra. La route était courte, et si tout allait bien il arriverait à peine en retard à l'Opéra. A peine en retard ? Certainement pas. Feu rouge. Une minute. Priorité à droite, trois fois, une minute. Camionnette garée en double file, stop, trente secondes. Clignotant, virage à gauche, piétons, seconde, virage à droite, puis troisième, puis l'Opéra. C'était un vieux bâtiment à la façade ovale. La moitié inférieure de cette dernière était creusée pour masquer l'entrée du Sanctuaire. La porte se tenait derrière quatre colonnes de marbre qui soutenait la moitié supérieure, bombée et sur laquelle était fièrement inscrit "Conservatoire". Gaël connaissait son histoire sur le bout des doigts. A l'origine construit en 1913, il avait été partiellement détruit durant la guerre ; l'intérieur avait été rénové au mieux possible, mais la différence se sentait énormément, pour peu que l'on s'intéresse à l'architecture. Gaël gara sa voiture dans une rue parallèle, récupéra ses affaires, ferma la portière à clé, puis regarda sa montre. 18h05. Et voilà comment une grosse femme en rouge peut vous retarder. Le jeune homme soupira, puis rentra dans l'Opéra par une porte qui donnait sur l'aile gauche. Il traversa deux couloirs, passa devant cinq portes dont une condamnée, puis pénétra finalement dans une petite salle, tellement petite qu'il fallait se baisser pour y entrer. Là, il posa ses partitions, saisit une de ses baguettes, la caressa doucement, puis s'échauffa.
A 18h34, il sortit de la pièce, la tête remplie de pauses, de rondes, de tremolo et de clés diverses. Il se rendit dans les coulisses, où quelques uns des musiciens répétaient encore. Il y avait deux anglais, un allemand, cinq suisses et trois français. Soit onze musiciens sur vingt-trois. La ribambelle d'absents était en réalité partie dans une salle de répétition, malgré le souhait exprimé de Gaël de ne pas travailler ensemble avant une représentation. Et ils le savaient, puisque pour la plupart ils l'accompagnaient depuis son arrivée.
Le jeune homme salua les musiciens présents, puis partit enfiler son costume en queue de pie. 18h42. Il était dans les temps. En revenant dans l'auditorium, il croisa Cyril, un jeune musicien prodige de 23 ans avec lequel il s'entendait à merveille. Plus que leur âge, c'était leur passion et leur parcours extraordinaire qui les unissait. Cyril était un adepte du violon, de Mozart et de Henri Vieuxtemps - dont il partageait sans aucun doute le talent. Il était plutôt grand, possédant des cheveux noirs bouclés qui retombaient en de grandes vagues sur ses épaules. De petites lunettes carrées masquaient ses yeux marron sombres, qui pétillaient de vitalité et d'intelligence. Son nez, tout comme ses lèvres, était fin et parfaitement dessiné
"Salut m'sieur le chef ! lança-t-il à l'attention de Gaël qui ne l'avait pas remarqué, absorbé dans ses partitions.
Il se retourna, leva les yeux, et répondit.
- Alors, ce stress ?
- Quel stress ?" répondit Gaël du tac au tac.
Cyril sourit.
"Laisse tomber. On fait comme on a dit, alors ?
- Oui, tu lances en solo avec le thème A, et tu le reprends à la 56ème mesure. Ca ira ?
- Et comment que ça ira !
- Nickel. A tout à l'heure ?
- Ca marche. Sois sage !
- On va essayer."
Ils reprirent chacun leur route.
Gaël arriva dans la salle de concert à 18h49.
Les premiers musiciens commençaient à installer leur pupitre et à organiser leurs partitions. Les rideaux noirs, ouverts, dévoilait un amphithéâtre gigantesque, aux sièges bleu marine.
Gaël se dit que, quand même, malgré les rénovations cela restait un endroit magnifique, empruntant à l'architecture néo-classique des grands opéras de ce monde.
Il y avait deux étages, aux balcons blanc, d'où glissaient quelques draperies bordeaux. Gaël s'installa sur l'estrade et commença à répéter dans sa tête chaque geste correspondant à chaque note, pour chaque musicien, pour chaque partition. L'Opus 50 de la Pavane de Fauré. Ce soir allait être un grand soir, il en était persuadé.
IV. Spirale
"De toute façon, tu as toujours froid, ma chérie." lui répondit son mari en jetant un oeil discret sur l'adorable fessier de la jolie blonde qui venait de passer.
- Et alors ? C'est pas de ma faute si je suis sensible aux changements de température.
- Hmm.
- Quoi, "hmm" ? Tu sais faire que ça, "hmm". Même pas un mot, même pas une caresse, tu ne me parles plus mon Jojo.
- Ecoute, on ne va pas en reparler, tu sais bien qu'en ce moment, j'ai beaucoup de travail. Et puis, je te parle là. Sans compter le dîner de ce soir, et la surprise qui t'attend !
- Quelle surprise ? Pas encore un bouquet de roses desséché comme la dernière fois, j'espère ?
- Bien mieux, bien mieux..." murmura M. Dupont avec un ton interrogatif qui faillit rendre sa femme folle. En vérité, cette dernière allait découvrir, dans deux-cent mètres, soit exactement trois cent cinquante deux de ses pas, que son mari comptait l'emmener à l'Opéra, écouter l'Opus n°50 de la Pavane de Fauré. Ce qu'elle ne savait pas, par contre, c'est qu'il espérait que cette coûteuse surprise lui permettrait de redynamiser sa vie sexuelle la même nuit.
Après quelques "oh" de stupéfaction, des "tu n'aurais pas dû !" et un baiser volé, le couple Dupont pénétra dans le bâtiment où Gaël finissait de réunir l'orchestre. M. Dupont avait le siège 242, rangée F, au balcon du deuxième étage, en face de la scène, et sa femme la place 243. Ils s'assirent, et Mme Dupont fit remarquer à M. Dupont que son siège était un peu sale, mais que ça n'était pas grave, puisque c'était un cadeau, et qu'il avait raison, elle n'allait pas continuer à se plaindre continuellement. Son mari ne l'écoutait déjà plus, bercé par le doux parfum de l'hôtesse qui leur avait indiqué leurs places.
Ils patientèrent quelques minutes, occasion rêvée pour Mme Dupont de souligner le manque de propreté de l'endroit, puis les lumières s'éteignirent. Seul l'immense rideau noir qui leur faisait face laissait encore passer un filet de couleur entre ses deux lourds pans rabattus l'un sur l'autre. Puis l'Opus n°50 de la Pavane de Fauré débuta.
Il y eut d'abord un son grave, un son de violon, qui s'étira peu à peu en un mi. Il offrit aux spectateurs quelques notes, thème principal du morceau. Puis le piano le rejoignit, bientôt suivi par deux violoncelles, une contrebasse, et trois flûtes à bec. L'orchestration était parfaite, et chaque son, totalement contrôlé, s'élançait dans la salle comme un oiseau qui prendrait son envol. Cette armée de volatiles embellissait les murs, la voûte, les sièges, et le coeur de l'auditoire. Au premier rang, une jeune femme lâcha une larme. Le morceau monta en puissance, et les murs se mirent à trembler de plaisir. Tout devenait beau au fur et à mesure que les partitions se déroulaient. Puis vint l'apothéose, le grand moment, la pause qui s'immisçait dans la vie des gens quelques instants, l'espace de quelques secondes, pour faire vibrer leurs oreilles et leur coeur : le thème fut repris une dernière fois, accompagné par deux Yuka, et retentit dans la salle comme un ultime coup de tonnerre, à l'image d'une apocalypse heureuse qui emporterait sur son passage toute trace de désespoir, de tristesse et de peur. M. Dupont avait les yeux remplis de larmes, et il ne souhaitait plus qu'une chose : dire à sa femme qu'il l'aimait, très fort, pour toujours. Mme Dupont était transcendée par la musique, et restait figée, comme emportée dans un autre monde. L'instant fut fantastique, à mi-chemin entre le réel et l'irréel, entre le paradis et les rêves, entre le beau et le parfait
Jusqu'à ce que le chef d'orchestre s'écroule.
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2. Univers Parallèle
Gaël ouvrit les yeux. Il tenta de se redresser,
mais n'y parvint pas. Son corps semblait ne plus lui appartenir, et
seuls ses yeux, les muscles de son visage et ceux de son cou
répondaient encore. Il les utilisa pour observer où il se trouvait.
Chambre d'hôpital, murs au papier jauni parle temps, instruments
médicaux, rythme cardiaque régulier, fenêtre fermée, pénombre
légère, draps blancs. Le jeune homme laissa retomber sa tête sur
l'oreiller. Où était-il ? Qu'avait-il bien pu arriver ?
Il se
souvenait parfaitement de l'opéra, de sa queue de pie, du rideau qui
s'ouvre sur ces centaines de gens, de Cyril qui lui sourit
discrètement, de sa baguette qui se lève, des premières notes qui
naissent dans les mains de son ami, de l'orchestre qui semble
s'éveiller et offrir au monde son plus beau cadeau... puis plus
rien. Trou noir.
Sans être méthodique, Gaël savait relier des
liens de cause à effet. Il avait probablement eu un malaise, et on
l'avait amené ici. Mais pourquoi dans un hôpital ? Etait-ce grave ?
Pourquoi ne sentait-il plus son corps ? Et où étaient ses affaires,
ses amis ?
Il fallait qu'ils sachent qu'il était réveillé.
Peut-être que Cyril attendait dans le couloir, ou en compagnie d'un
médecin.
Le jeune homme cria.
Rien.
Il recommença. Toujours rien.
Il allait ouvrir la bouche une troisième fois lorsqu'il entendit des
pas rapides dans le couloir.
La porte grinça, s'ouvrit, et une
grosse infirmière pénétra dans la pièce. Elle avait de courts
cheveux teints en rouge, des yeux verts, et son visage était tartiné
de maquillage : fond de teint, fard à paupières, rouge à lèvre...
tout en elle semblait refléter la luxure et le vice, qui plus est
lorsque sa blouse blanche laissait entrevoir son énorme
soutien-gorge... rouge également. Gaël la détesta du premier
regard, sans raison précise. Jusqu'à ce qu'elle ouvre une bouche
énorme en signe de "O", fasse de grands yeux étonnés, et ressorte de
la pièce en courant.
"Qu'est-ce que c'était que cet hôpital de
malades ?" pensa Gaël, avant de se rendre compte du pléonasme.
Il
tenta encore une fois de se relever, sans succès. Soudain, la porte
s'ouvrit de nouveau, et un médecin apparut. Il était plutôt petit,
aux cheveux blancs, et paraissait pressé par le temps. La grosse
infirmière le suivait. Il s'approcha de Gaël.
"Bonjour, je suis le Dr. Acha. Comment vous
sentez-vous ?
- Euh... pas trop bien. Je ne sens plus mon
corps.
- C'est normal, après si longtemps, il n'est pas
rare que les muscles soit atrophiés. Mais ne vous inquiétez pas, la
rééducation vous permettra de marcher à nouveau.
- ...
- Vous êtes sûr que vous allez bien ?
- Pourquoi dites-vous "si longtemps" ?
Je suis resté dans les vapes... plusieurs jours ?"
Gaël eut l'impression, l'espace d'une seconde,
que le visage du Dr. Acha avait pris une mine inquiète. Mais
celui-ci reprit calmement :
" Pas exactement. M. Fauré."
Noir.
Noir.
Noir.
" Pas exactement. M. Fauré."
Gaël
repensait sans cesse à cette phrase, et à tout ce qui avait suivi.
Il avait d'abord été totalement décontenancé, répétant
plusieurs fois que son nom à lui, c'était Ramboidt, pas Fauré.
Mais le médecin avait insisté.
"Ecoutez, vous avez eu un accident, il est
normal que votre mémoire en ait pris un coup. On appelle ça le
symptôme post-traumatique. Vous voyez de quoi je parle ? Lorsqu'une
personne subit quelque chose de grave, de choquant ou d'humiliant, il
arrive que le cerveau choisisse volontairement de ne pas faire
remonter les évènements à la surface.
- Je n'ai rien subi de troublant, docteur. Je suis
tombé dans les pommes. Vous croyez que mon cerveau en a quelque
chose à foutre ?
- Calmez-vous, s'il vous plaît, vous n'êtes pas
en état de vous énerver.
- Putain, mais je m'énerve si je veux bordel !
Vous arrivez là avec votre flot de conneries et vous croyez que je
vais vous croire ?
- Je ne vous demande pas de me croire, je vous demande de m'écouter. Quoique vous
pensiez, quoiqu'il se soit passé, votre corps ne réagit plus. Vous
allez devoir suivre une rééducation, et ce sans discuter - à moins
que vous ne souhaitiez perdre l'usage de vos membres."
Gaël ne comprenait plus rien. Ce pseudo docteur
était en train de le baratiner, mais il s'était trompé de pigeon.
" Bien sûr. Une rééducation qui reviendra
à plusieurs centaines d'euros. Allez trouver d'autres malades à
entuber.
- Je crains que vous ne m'ayez pas compris : vous
n'avez pas le choix. Et vos soins seront entièrement pris en charge,
ne vous inquiétez pas.
- Que je ne m’inquiète pas ? Vous déconnez ou
quoi ? Vous me pondez des conneries, là ! C'est quoi ces histoires ?
Cet accident ? Vous le sortez d'où ?"
Le docteur sembla perdre patience, et haussa le
ton :
"Vous ne vous appelez pas Gaël Ramboidt,
mais Philippe Fauré. Vous n'êtes pas musicien, vous êtes, ou
plutôt vous étiez, libraire. Vous ne vous êtes pas évanoui, vous
avez été poignardé de trois coups de couteau dans la nuit du 12 au
13 août 1998. Suite à cela, vous êtes tombé dans le coma. Vous
venez de vous réveiller. Nous sommes le vendredi 15 septembre 2007.
Et vous allez suivre une rééducation.
- Albert, vous n'auriez pas dû lui dire !"
le sermonna l'infirmière.
Le docteur se retourna, laissant traîner son
regard et ses yeux ronds sur Gaël, et chuchota quelques mots à
l'oreille de la grosse. Puis il se leva, et alla chercher quelque
chose dans un tiroir, en face du lit. De dos, il était impossible de
savoir ce qu'il faisait. Enfin, après avoir ouvert trois tiroirs, il
fit volte-face, saisit un fauteuil posé dans le coin gauche de la
pièce, l'amena près de Gaël, et lui tendit un petit miroir
rectangulaire, qui reflétait une image bien étrange. C'était un
homme d'une quarantaine d'années, aux yeux marrons et aux cheveux
noirs, coupés courts. Son nez, plutôt important, semblait plonger
entre ses deux lèvres épaisses. Une fine moustache et un début de
barbe coulaient sur les joues et le menton.
" Vous avez fêté vos 45 ans il y a bientôt
un mois. Bon anniversaire."
Gaël semblait comme mort. Son visage était
neutre, ses yeux dénués de toute expression, et il était devenu
extrêmement pâle.
"... 9... ans ?" murmura-t-il
doucement.
Et il s'était évanoui.
A son réveil, il faisait nuit. Des dizaines de
questions lui trottaient dans la tête, mais aucune n'avait de
réponse. Il pesa le pour et le contre : s'il devait chercher des
explications, il lui fallait sortir de cet hôpital. Or, cela restait
impossible tant que son corps ne réagissait pas. Gaël pris la
décision d'accepter la rééducation, aussi longue fût-elle. Il
s’endormit.
Il rêva de son concert, de la Pavane de Fauré,
des musiciens qui écoutaient sa baguette comme lui écoutait leur
musique… puis tout se troubla, et il se mit à pleuvoir dans
l’Opéra. Les murs devinrent brumeux et s’évanouirent. Des
nuages sombres prirent leur place, tandis que sous la scène se
dessinait un asphalte noir et trempé. Gaël se retrouva devant un
distributeur de monnaie qui affichait « en panne ». Un lourd
sentiment de malaise s’empara de lui, s’ajoutant à la pluie qui
le trempait jusqu’aux os. Puis il fit demi-tour, presque
machinalement. Un homme arriva sur sa droite, et instinctivement, le
musicien courut vers lui. Il le plaqua au sol, lui asséna un énorme
coup du droit, saisit un couteau qu’il savait caché dans sa poche,
et lui planta dans le cœur. Le sang gicla et vint se mêler à la
pluie qui coulait dans le caniveau.
Gaël se réveilla en sursaut et en sueur. Il mit
quelque temps avant de se rendre compte qu’il se trouvait dans la
même chambre d’hôpital qu’hier. Un mince filet de soleil
coulait entre les rideaux et venait illuminer les milliers de
particules de poussière qui flottaient dans l’air. Le jeune homme
secoua la tête pour se remettre les idées en place. Comme la
veille, son corps ne réagissait pas. Gaël tenta de bouger sa main
gauche, qui pendait sur le côté du lit, sans succès. Etrangement,
il se souvenait s’être endormi avec les deux bras posés au-dessus
des draps. Pourtant, ce matin, sa position était différente. La
seule explication qu’il trouva était qu’il avait réussi à
bouger pendant la nuit. Son problème était donc d’ordre
psychologique. Il se concentra sur son index gauche, le fixant du
regard comme s’il s’apprêtait à le voir s’envoler. Il resta
ainsi pendant quelques minutes, sans succès. La porte de sa chambre
s’ouvrit alors, et la grosse infirmière pénétra dans la pièce.
« Ah, vous êtes réveillé, dit-elle
joyeusement, ça tombe bien y a une visite pour vous. »
Elle sortit de la pièce sous le regard incrédule
de Gaël. Il le fut encore plus quand une femme magnifique entra dans
la chambre. Elle devait avoir environ quarante ans, et possédait de longs
cheveux blonds, qui lui tombaient sur le dos en une tresse agrémentée
d’un petit ruban rouge. Ses grands yeux étaient de couloir
noisette, et un nez fin accompagnait une bouche bien dessinée. Elle
n’était ni trop grande, ni trop petite.
Parfaite.
« Bonjour Philippe » murmura-t-elle en
s’approchant de son lit.
Sa voix tremblait
- Vous devez faire erreur… mon nom à moi c’est
Gaël. »
La jeune femme se mit à sangloter doucement.
« Les médecins m’ont tout raconté… tes
trous de mémoire, tes souvenirs… mais ne t’inquiète pas, ils
vont s’occuper de toi. Bientôt tu te souviendras de tout. »
Elle fit une pause, baissa doucement la tête,
s’essuya les yeux, puis reprit, avec une voix faussement plus gaie
:
« Sinon, j’ai pris soin de ta librairie ; sans
toucher à ton bureau, je te rassure. Ca n’a pas été facile, il
fallait y passer presque tous les mois ! Mais je ne voulais pas
abandonner, ç’aurait été comme t’oublier toi… je voulais que
tu te réveilles avec une base pour repartir... parce que…
- Parce que quoi ? s’impatienta Gaël ?
- Parce que moi je suis partie. »
Elle fondit en larmes, et s’écroula sur le
jeune homme.
« Je suis désolée… j’ai été lâche… je
n’ai pas eu le courage d’attendre. Mais tu m’as laissée seule
! Pendant tout ce temps ! Et puis il y a eu François, tu sais, au
boulot. Il a été sympa avec moi quand c’est arrivé, et peu à
peu…
- Putain, mais vous êtes qui ? » cria Gaël en
détournant la tête.
La femme s’arrêta de pleurer, et regarda
l’homme qu’elle tenait dans ses bras. Ses yeux étaient remplis
de larmes.
« … je… qui je suis ? Je ne suis plus rien
pour toi ! J’étais ta femme bordel ! Louise Fauré ! »
Elle sortit sans se retourner.
Après cet incident notoire, Gaël ne revit plus
cette mystérieuse jeune femme. Sa rééducation commença
parfaitement, puisque l’esprit soutenait le corps, meurtri. Le
jeune réussit à marcher au bout de quelques jours, certes
difficilement, mais c’était un début. Il avait récupéré
l’usage de ses mains après sa deuxième nuit. Finalement, au bout
d'un peu moins de trois mois, les médecins avaient refait de lui un animal possédant
toutes ses facultés - ou presque. Et ils l'avaient utilisé comme un animal, expérimentant sur lui des techniques qui fourniraient plus tard aux tétraplégiques une chance de marcher à nouveau. Gaël n'en eut jamais connaissance ; l'humanité était en marche, à cette époque, et le futur devrait voir pléthore de cas similaires.
Le musicien leur avait souvent, voire même à
chaque fois, posé des questions sur son pseudo passé, mais après
son malaise à l’annonce d’une découverte si étrange, personne
n’avait l’autorisation de lui donner quelque information que ce
soit. Ce qui n’empêchait pas Gaël de se questionner sans cesse,
là, au milieu de cette chambre blanche et semblant flotter dans le
temps. Dès qu’il récupéra l’usage de ses jambes, il se mit à
marcher, machinalement, devant la fenêtre, s’arrêtant parfois
quelques instants, levant le nez en l’air ou jetant un regard vers
la porte.
Car il attendait souvent la venue d’une bien
étrange personne, qui était venue le voir quelques jours après
Louise, et qui n’avait cessé de passer le dimanche, quelques
heures, pour lui tenir compagnie. Elle se prénommait Anne, et
prétendait être sa mère.
C’était l’une de ces vieilles femmes,
pourtant si fortes et belles dans leur jeunesse, qui semblaient comme
atteintes d’un fléau incurable, qui leur rongeait le sang, la
peau, le cœur. De nombreuses rides gravées sur son front, sous ses
yeux, ou sur ses joues creusées lui donnaient un air morose, presque
déprimant. Ses deux yeux noirs, pourtant, brillaient encore d’une
faible étincelle, qui semblait appeler la vie, lui demander de
rester encore un peu à ses côtés. Sa bouche pendait en un triste
lobe, et ses cheveux blancs, courts et bouclés, foisonnaient sur son
crâne, sales et emmêlés. Néanmoins, force est de constater
qu’Anne n’avait pas perdu une miette d’un caractère bien
trempée. Energique, butée et provocatrice, elle avait dans les
premiers temps considéré Gaël comme une loque humaine,
dixit.
En quoi Gaël lui avait gentiment répondu d’aller se faire
foutre ; la vieille dame avait alors souri, en s’exclamant que ça
y était, son Philippe était de retour, et qu’enfin elle pourrait
retourner l’emmerder à la librairie. Elle lui en parlait beaucoup,
de cette librairie.
« Ah, mais tu sais, Louise en a vraiment pris
soin, j’y retournais de temps en temps, comme si j’allais dans un
mémorial… et c’est vrai que, même si tes foutus bouquins ont un
peu jauni, ils restent pas trop moches ! Franchement, elle m’a
épatée ta gamine. »
Ce à quoi Gaël répondait que ça n’était
pas sa libraire, ni sa gamine, et si elle pouvait éteindre sa clope,
ç’aurait été mieux. Car, fait troublant, le jeune homme, depuis
son réveil, ne supportait plus la cigarette, et n’en voyait plus
l’utilité. Il avait tenté, lors de ses premières sorties, de
goûter à nouveau à ce plaisir interdit ; s’en étaient suivis
des toussotements, des étranglements, et des remontées de bile. Les
médecins lui avait déconseillé tout produit dangereux pour les
poumons, car l’un deux restait endommagé suite à « son accident
».
Anne lui était alors apparue comme un témoin de son monde, de
sa réalité, car elle correspondait au modèle qu’il se faisait de
la vieillesse.
Mais la fumée, c’était vraiment trop.
Alors il lui
faisait savoir, et elle répondait qu’elle faisait ce qu’elle
voulait, jusqu’à ce qu’une infirmière ouvre la porte, hume
l’air et la foute à la porte.
Les dimanches étaient étranges, et
ils devenaient carrément insensés lorsque Anne lui racontait ce qui
était pour elle des bribres de sa vie d’avant - quoi on dit
bribes ? j’m’en fous.
Elle lui parlait d’une enfance qu’il
n’avait pas vécue, d’un jardin dans lequel il n’avait jamais
mis les pieds, de tasses, d’assiettes qu’il n’avait jamais
touchées, d’animaux dont il ne connaissait pas le nom, et de Louise,
avec qui il avait eu une relation passionnelle pendant six ans.
Et Gaël écoutait, enregistrait en mémoire tout
ce qui pouvait lui sembler utile, comme ce dimanche 4 novembre 2007,
où Anne l’avait profondément troublé.
La discussion s’était amorcée comme tous les
autres jours ; la pluie, le beau temps, les cours du pétrole, la
faune africaine et le coup de pétard à deux heures du mat’.
Sauf que Anne
avait une tendance à disgressionner - néologisme volontaire -, ce
qui pouvait ramener l’analyse d’un ciel bleu à une discussion de
plusieurs heures. Or, alors qu’elle évoquait la voisine d’en
face, elle en vint à lui signaler que sa librairie, située dans la
rue de l’Univers, était totalement parallèle aux maisons d’en
face, et qu’elle lui avait signalé l’après-midi qui avait
précédé son accident, et que d’ailleurs elle ne savait plus d’où
elle le savait, mais elle le savait et c’était ça qui comptait,
et que donc Philippe avait semblé réellement surpris, et que tu
m’avais répondu qu’en réalité tu ne me regardais pas moi, mais
un vieux derrière qui, claudiquant sur un trottoir comme un clodo,
te rappelait étrangement quelqu’un. Alors tu m’avais laissée là
et tu t’étais lancée à la poursuite de ce gars, et puis
d’ailleurs je sais pas ce qui t’a pris, enfin bon.
A ce moment précis, où Anne évoquait le
mystérieux clochard, Gaël eut un moment d’absence. Il se revit,
serrant Marc dans ses bras, au milieu d’une étrange ruelle. Il se
revit l’embrasser, regarder avec gêne des vêtements en haillons
qu’il portait, puis s’en aller, dans une obscurité insondable.
Lorsque Anne était partie, Gaël avait tenté de
ramener ces images devant ses yeux, sans succès. Elles ne lui
disaient rien du tout, et pourtant elles semblaient réelles. Un peu
comme, lorsque parfois le cerveau rencontre une faille, deux messages
nerveux identiques sont envoyés en même temps. Les deux contiennent
la même information, mais l’un d’eux atteint sa cible avant
l’autre, ce qui donne au concerné une vague impression de déjà-vu,
alors que la mémoire qu’il possède de la scène, contenue dans le
deuxième message, n’est arrivée que quelques millièmes de
secondes après le premier.
Gaël se demandait régulièrement ce qu’il
faisait dans cette pièce, et s’il pourrait un jour revoir son
orchestre, son appart’ et ses amis. Il lui vint même à l’esprit
qu’on se jouait de lui, et que plusieurs caméras étaient
dissimulées dans les moindres recoins de sa chambre ; il devint
paranoïaque, ne se montrant plus que pour ses besoins vitaux,
réfléchissant des heures caché sous ses draps. Tout cela semblait
réellement vrai, mais pourtant rien ne concordait. On tentait de lui
faire ingurgiter de fausses informations, on l’empêchait de sortir
du parc, de voir d’autres personnes, de parler aux malades. Il
était comme emprisonné dans les méandres d’une mémoire qui
n’était pas la sienne. Cette situation ne pouvait durer, et Gaël
décida donc de s’évader.
Car même si les médecins le jugeaient rétablis,
ils souhaitaient le garder en observation, encore un mois, car ce
genre d’évènement relevait presque du miracle. Le 26 janvier, à
01h30, le musicien ouvrit doucement la porte de sa fenêtre, passa
au-dessus de la rambarde, s’assit, puis glissa le long de celle-ci,
saisit deux briques rouge avec les mains, posa ses pieds sur la
fenêtre d’au-dessous, et se propulsa dans l’air pour atterrir
dans une zone d’herbe, quelques mètres plus bas. Il amortit sa
chute en pliant les genoux, mais se rendit compte que les activités
violentes n’étaient pas encore au programme.
Gaël se mit à marcher lentement, entre les
buissons, courbé comme le ferait un fugitif, l’œil ouvert,
attentif au moindre bruissement de feuille que fait s’envoler le
vent. Il se glissa entre deux arbres et pénétra dans un petit bois
à proximité de l’hôtel. Son cœur battait rapidement, trop
rapidement, et de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front
moite. Un terrible doute l’assaillit, le sentiment que quelqu’un
se tenait là, derrière lui, et était près à l’agresser, lui
faire du mal, le tuer. Plusieurs fois, il se retourna, mais ne vit
qu’un mur blanc entre les arbres. L’hôpital s’éloigna peu à
peu, et bientôt Gaël arriva en face d’une grille de quatre mètres de
haut environ, qui donnait sur une route de campagne et de grands
champs de maïs, qui, éclairés par la lune, ressemblaient plus à
une étendue d’eau infinie qu’à une culture OGM. Devant cette
scène si poétique, si belle, Gaël fut pris d’un immense
sentiment de solitude et de mélancolie.
Imaginez que vous vivez heureux, dans une famille
qui vous aime, que vous aimez, dans un monde qui vous effraie mais
que vous apprivoisez, et que, du jour au lendemain, vous atterrissez
dans un désert immense, aux dunes obscurcies par la nuit, où le
vent brûlant donne sans cesse naissance à des tourbillons de sable,
irritants et malfaisants. Et que l’on vous annonce que vous avez
toujours vécu ici, alors que vous ne connaissez ni la chaleur du
jour, ni la froideur du soir, ni la solitude qui vous habite. Alors,
seulement, vous comprendrez dans quel état se trouvait Gaël.
Il entreprit d’escalader la grille, mais ses
forces n’étaient pas suffisantes pour une telle entreprise. Il
s’agenouilla alors et se mit à creuser la terre. Au bout d’un
petit mètre, il parvint à dégager un passage. Quinze minutes plus
tard, il se glissait sous la ferraille et se mettait à courir sur la
petite route de campagne bordée par l’océan infini, à l’image
de la vie du jeune homme ; calme en surface, tumultueuse et habitée
par de nombreuses chimères monstrueuses en profondeur.
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3. X + Y = Z
Le lendemain, Gaël, épuisé, atteint une petite bourgade du nom de Asnières sur Seine. Ville dont il ne connaissait ni le nom, ni la position géographique. Il se demanda ce qu’était la Seine, puis pénétra dans un petit bistrot appelé « Aux Canards du Nord ».
Il demanda au patron où il se trouvait.
Ce dernier, après s’être demandé si ce jeune homme aux vêtements boueux et à la peau sale ne s’était pas évadé d’un quelconque asile, lui appris qu’il se trouvait à quelques kilomètres de Paris, et que la Leffe était à deux euros. Gaël en ingurgita trois, et sortit du bar à 11h23.
Sa tête lui tournait, et il sentait qu’il n’avait pas bu d’alcool depuis longtemps.
Il se mit à errer dans les rues, à l’image d’un être mi-mort, mi-vivant, qui vagabonde sans but. Puis il trouva la force de rejoindre un arrêt de métro que lui avait indiqué une vieille dame, et de se diriger vers Paris, ville qu’on appelait la « capitale », mais qui lui était inconnue.
Il se demanda s’il se trouvait bien dans son pays natal, lorsque, se rappelant du bottin consulté dans le bistrot, il se rendit compte qu’il était arrivé à destination. Il descendit à l’arrêt Cardinal Lemoine de la ligne 10, remonta à la surface, erra quelques temps, puis tomba sur une rue qui portait le nom d’Univers. Il sortit un petit papier de sa poche, sur lequel une écriture nerveuse griffonnait « 50, rue de l’Univers ».
Il s’y engagea.
22, 24, 26…
Le soleil était lourd.
28, 30, 32…
Et d’ailleurs ses pensées se mélangeaient.
34, 36, 38…
Comme une vague impression de déjà-vu.
40, 42, 44…
Comme le souvenir lointain d’une douleur conservée secrète durant de longues années.
46…
Gaël avait du mal à respirer, et sa vue se troublait.
48…
On y était. 50.
Une petite devanture s’offrait à Gaël, une devanture simple, totalement peinte en vert foncé, dont la peinture s’écaillait. Une façade en bois, usée par le temps, aux vitres ternies protégée par un lourd rideau de fer. Une librairie. Sa librairie. L’Univers Parallèle. Gaël, tremblant comme le serait l’amoureux lors de son premier rendez-vous, jeta une main dans sa poche. Il en ressortit une paire de clés énormes. Il en introduisit une dans la serrure du rideau de fer, puis une deuxième, puis enfin une troisième qui, dans une rotation, émit un lourd déclic. Le rideau de fer se souleva à 12h34, et la porte s’ouvrit à 12h35. Elle se referma quelques secondes plus tard.
La librairie était restée très ordonnée, et renvoyait l’apparence d’une vieille maison qui, restée inhabitée depuis des années, a conservé une partie de la magie qui la rendait si belle auparavant. Sa librairie avait pris de l’âge, mais les trois étagères – une à gauche de l’entrée, l’autre à droite, la troisième en face – portaient fièrement les centaines d’ouvrages, les centaines de reliures, les milliers de pages, les millions de mots, les milliards de caractères qu’elles contenaient. Le jeune homme était comme l’un de ces explorateurs qui, découvrant une terre vierge, ne peut s’empêcher d’être fier de fouler le premier – et peut-être le seul – un pays si beau. Comme un coucher de soleil qui ne semble s’offrir qu’à nous, rien qu’à nous. Tous ces moments magiques de la vie qui nous permettent de nous élever, de contempler l’humanité toute entière et de lui sourire.
Gaël s’avança doucement, essuyant difficilement ses mains moites sur son jean. De sa légère barbe, qu’il avait laissé poussé, coulaient quelques gouttes de sueur. Il s’approcha d’un vieux lecteur cassette, qui semblait avoir été posé là volontairement, et rembobina ce qu’il contenait. Le mécanisme accrocha quelque chose, s’arrêta, puis se mit en route, sifflement grandissant qui emplit l’air et rappelle le coût élevé du silence. Pendant ce temps, le musicien parcourut les quelques livres posés sur le bureau, en face de l’entrée. L’un d’entre eux attira particulièrement son attention. Sur la couverture était simplement écrit, en lettres capitales blanche « FAURE ». Juste au-dessous, en minuscules italiques s’étalait : « sa vie, son œuvre ». Gaël l’ouvrit à la page marquée d’un ticket de la RATP, et défaillit.
Au même moment, la cassette termina sa folle course, et dans un autre déclic, le bouton de lecture s’enclencha, libérant quelques notes de piano, mélancoliques, lourdes, tristes. La Pavane de Fauré. C’est alors que Gaël comprit.
Il se souvint de ce SDF qu’il avait croisé dans son rêve, cette rencontre que Anne lui avait décrite. Car cet homme, c’était Marc. Il l’avait alpagué, lui disant qu’il le connaissait, et le clochard s’était retourné. Ca n’était pas Marc, non, ça n’était pas lui. Il s’appelait Jean. Jean Potier, et avait été pendant longtemps professeur de français au lycée Louis-le Grand, à Paris. Gaël l’avait pendant longtemps vénéré comme un jeune apprenti idolâtre son mentor. Et M. Potier le lui rendait bien, car il avait su remplacer le père que le jeune homme n’avait jamais eu. Gaël ne s’appelait pas Gaël, il s’appelait Philippe.
Il se souvint de sa jeunesse solitaire, durant laquelle sa mère, Anne, lui avait transmis un intérêt sans bornes pour les livres et la musique classique. Il avait voulu devenir, à l’âge de 14 ans, musicien, mais sans succès. Ce qu’il aimait et chérissait ne voulait pas de lui, et seuls les livres l’acceptèrent en leur sein. Il se souvint de ses études d’histoire, de sa licence acquise de justesse, de ses longues questions sur le sens de la vie, ces longues heures de tristesse, jusqu’à ce qu’il rencontre Louise, à l’âge de 30 ans, au détour d’un bar, le Marc de Café.
Il se souvenait comme au premier jour de ce petit bout de femme, étudiante en communication, affublée d’un pull de laine rouge, hideux, et pourtant si magnifiquement mis en valeur par ses cheveux blonds, si doux, si parfumés, si beaux… il se souvenait de leurs regards, alors qu’ils ne se connaissaient pas, et de leurs rendez-vous pris inconsciemment. Chaque fois qu’il venait boire son café, il la croisait, femme grande et belle au milieu de la grisaille, et chaque fois qu’elle venait passer un peu de temps avec ses amies, elle le croisait, homme solitaire et perdu dans le noir.
Puis il lui avait parlé, et elle lui avait répondu, et ils ne s’étaient plus quittés. Le Marc de Café était devenu le nid de leur amour, là où, même lorsqu’ils emménagèrent ensemble, il revinrent sans cesse, tous les jours, pour se rappeler des quelques moments de rêve qui les avaient saisi, là, au milieu d’une foule insensible, comme un coucher de soleil qui semble offrir à un monde avare et cupide une pause dans le temps.
Les années avaient passées, et Philippe aimait Louise comme au premier jour. Mais comme tous les couples, le leur battit de l’aile. Philippe se souvint de cette dispute, le soir du 12 août 1998. Elle avait espéré qu’ils partiraient quelques jours en voyage, juste comme ça, ensemble, comme au premier jour… et Philippe, l’écrivain, le passionné, avait refusé, prétextant que sa librairie ne pouvait être fermée du jour au lendemain. Il n’osait pas lui avouer que, l’après-midi même, en lisant un livre que sa mère lui avait offert lorsqu’il était jeune, « Fauré », portant sur la vie du musicien du même nom, il avait reçu un coup de fil d’un agent immobilier, qui lui annonçait que sa location arrivait à terme, et que sa librairie devrait fermer, à moins d’être déplacée ailleurs, ce que Philippe ne pouvait se permettre.
Il se souvenait avoir raccroché après avoir haussé le ton, jeté un regard au livre dont il portait le nom, en se disant que sa vie n’égalerait jamais celle d’un grand homme tel que Fauré. Puis il était sorti, rentré chez lui, et ressorti moins d’une heure après, suite à une incartade avec sa femme.
Il se souvenait avoir voulu se faire pardonner, s’être arrêté à un distributeur où son compte était vide, inquiété par un étrange pressentiment. Puis il se souvenait de cet homme, petit, rasé, dangereux. Cet homme qu’il avait cru heurter en sortant de l’Univers Parallèle, ce cadre aigri et amer. Mais M. Dupont n’était pas cadre, et ne s’appelait pas Dupont. On le surnommait « Œil de verre », car dans le milieu de la drogue, les gros dealers avaient la réputation de repérer de la came de qualité à l’œil, sans même la goûter.
Cet homme qui, aidé de son complice, l’avait poignardé, brisé, tué, n’était pas M. Dupont. Ce n’était pas M. Dupont.
La lumière illuminait la librairie, comme si la vérité s’était introduite dans un sanctuaire dont le nom avait trop longtemps été synonyme de mensonge. L’Univers Parallèle. Car Philippe s’était menti à lui-même. Il se souvint de ses dernières pensées, se souhaitant une meilleure vie que celle qu’il avait pu mener, sans même regretter sa femme, ses passions, ou son futur. Il se souvenait d’un imbroglio de scènes sans queue ni tête, durant lesquelles il marchait, courait, rajeunissait, saisissait une baguette de chef d’orchestre venue de sa passion pour la musique, fumait une clope qu’il piquait à sa mère. Tout concordait.
Gaël n’avait été qu’une invention de Philippe. Gaël était Philippe, et Philippe avait créé Gaël, représentation parfaite de ce qu’il aurait souhaité être. Les rêves sont souvent l’expression du subconscient, la haute température qui ramène à la surface de l’eau les bulles d’air profondément enfouies, remplis de regrets, de souhaits, et de vie. Gaël avait émané d’une de ces bulles, et Philippe s’était immiscé dans ce corps jeune, à l’esprit et au caractère contraire au sien, à la volonté et au talent décuplés ; la perfection comme il la voyait. Et il s’était créé un monde à partir de sa vraie vie, comme si le Y était la réalité et le X le rêve ; comme si la fusion des deux donnait un Z qui englobait tout, qui avait des allures de Léviathan, terrible monstre devenu incontrôlable, et né des peurs les plus grandes. Tout concordait.
Ni souvenirs de ses parents, ni souvenirs de son passé, ni repères spatiaux précis. Seul l’heure apparaissait dans la vie de Gaël. Probablement parce qu’elle avait été l’un des éléments marquant de ses derniers instants. Minuit moins dix. Ce coup d’œil sur le temps, cette peur de ne jamais rentrer, avait été l’élément clé de sa vie X, car elle avait fait de Gaël un être réglé comme du papier à musique, involontairement lié à la ponctualité.
Sa passion pour la musique classique lui avait donné son rang, sa passion, la place qu’il avait toujours rêvé d’avoir ; enfin, il était prodige, reconnu de tous, aimé pour ce qu’il faisait, et doué. Fauré, son nom, avait été la base de son morceau préféré, car lié à lui inconsciemment.
L’Univers Parallèle, le bar de Marc, n’était que le refuge illusoire que représentaient en réalité sa librairie, car là seul il se sentait au sécurité, au milieu de livres qui ne parlent ni ne meurent. Marc, figure protectrice, tenait son nom du Marc de Café, car c’était le lien logique entre un pub et les souvenirs amoureux qui lui étaient associés. L’homme en lui-même tenait son caractère et son profil de Jean Potier, ancien professeur aujourd’hui mort de froid, qui, il y a neuf ans, avait renoué pendant quelques heures avec Philippe, son fils spirituel. Et il lui avait tout avoué, poussé par les larmes, et la vie dure qu’il menait. Sa femme l’avait quitté pour un autre, ses enfants étaient partis au cœur de pays aux noms imprononçables, et sa maison avait brûlé un soir de Noël. Il s’était retrouvé très vite sans argent, forcé de vivre sur des revenus qui s’amenuisaient de jour en jour. Maintenant, il dormait dans la rue, et s’excusait de ses grossières manières, lui qui, dix ans auparavant, apprenait encore aux élèves la lecture, et incitait à se plonger dans les mondes magnifiques que contiennent les romans. Il avait donné à Marc sa force physique, son caractère forgé au fil des coups durs, et l’agression du gérant de l’Univers Parallèle était née de l’horrible destin de Jean Potier, jeté à la porte. Tout concordait.
La grosse femme et son caniche n’étaient autre que l’infirmière et le docteur Albert, l’une exerçant sur l’autre une autorité indémontable.
Les rêves que le quadragénaire avait fait toutes les nuits dans son rêve étaient des retours à la surface, de ces petites bulles qui remontent doucement vers la réalité, et font entendre, lorsqu’elles éclatent, les mots des personnes qui veillent, au chevet du malade. « Ta librairie va bien, j’y suis passée hier. Je pense beaucoup à toi… j’achèterai des fleurs à ta mère, je pense. » Silence. « Il faut que j’y aille. Je t’aime »
Ces paroles, entendues dans un rêve, dans le rêve, dans le monde X, n’étaient autrefois que des bribes de langage. Le Gaël inventé avait cru, en dormant, rêver de phrases sans queue ni tête, alors qu’elles avaient bien un sens. Lui n’était juste pas près à le comprendre.
"Va... hier... pense beaucoup... fleurs... mère..." lui avait murmuré sa femme les premiers jours qui avaient suivis son accident.
…
… et puis le rouge, ce rouge, envahissant, partout, naissait à la fois du pull de Louise, de son espace, et du sang qui avait taché le trottoir et coulé dans les yeux de Philippe, le soir de sa mort. Tout concordait. Philippe avait créé Gaël parce qu’un coma de neuf ans ne se résume pas à de vagues bandes noires, parce qu’un homme ne peut attendre des rêves que des choses meilleures, parce que la vie parfaite lui tendait enfin les bras. Mais il s’était réveillé, quittant le X pour le Y, retrouvant l’enfer en délaissant le paradis, la Vérité à l’instar du Bonheur. Maintenant, il savait, et il était bien conscient que plus jamais sa vie ne serait la même, car il vivrait toujours dans ce rêve qui avait duré neuf ans, et contenait vingt-quatre années fictives d’illusion.
Philippe ferma les yeux doucement, et, sur les quelques notes de piano délivrées par le lecteur cassette grésillant, au milieu d’un doux rayon de soleil qui projetait son ombre sur le plancher, souleva le bras gauche, cassa le poignet, et ordonna à ses livres, musiciens imaginaires, de faire vivre la musique.
Sur la table, le livre que Philippe avait fermé il y a neuf ans venait de se rouvrir.
28 septembre 2007
...
...
...
29 janvier 2017
Termina, terminée #...
Allez, pleurez pas, c'est fini.
Fin du blog.
J'ai tapé trois ellipses en mon nom, sans jamais en placer une pour moi. J'ai été un peu triste en l'ouvrant en sachant que je ne dirais rien de moi. Ca va, j'ai consumé ma peine. Ca va mieux maintenant, à la fin. Mais si j'étais triste en disant ça, ça voudrait dire que... au final, j'avais un peu, comme ça, parlé de moi, sans le vouloir, au travers de ces billets ?
Non... des billets, j'en ai pas assez pour avoir le luxe d'ouvrir ma gueule. Tout est en demi-teinte. Qui suis-je ? rien, une lumière pétante.
C'est terminé, c'est Termina, fin du blog, mon coco. C'est fini, baissez le rideau. C'est fini.
Fin du blog.
J'ai tapé trois ellipses en mon nom, sans jamais en placer une pour moi. J'ai été un peu triste en l'ouvrant en sachant que je ne dirais rien de moi. Ca va, j'ai consumé ma peine. Ca va mieux maintenant, à la fin. Mais si j'étais triste en disant ça, ça voudrait dire que... au final, j'avais un peu, comme ça, parlé de moi, sans le vouloir, au travers de ces billets ?
Non... des billets, j'en ai pas assez pour avoir le luxe d'ouvrir ma gueule. Tout est en demi-teinte. Qui suis-je ? rien, une lumière pétante.
C'est terminé, c'est Termina, fin du blog, mon coco. C'est fini, baissez le rideau. C'est fini.
27 janvier 2017
L'AVANT-DERNIER
Avant dernier. Voici qui je suis.
***
Je suis un être de raison, pourvu de failles dantesques que nul ne serait à même d'imaginer.
On vous voit tous les jours croiser des hommes et des femmes de milieux, d'âges, de genres, de pensées, d'intellects différents, vous tous vous croiser, vous juger, vous appréhender, et croire de-ça, de-là, que chacun est meilleur qu'un autre, on vous voit vous stigmatiser pour le plaisir de le faire, sans raison, on vous voit discuter, on vous voit aimer, haïr, jeter ; loin ! jeter ! la haine ! mon cul ; on vous voit réfléchir, vous parer d'atours fulminescents, on vous voit cracher sur la gueule du plus jeune que vous et plaire au plus vieux si tant est que possible. On vous voit feindre la prétendance et maudire l'abstrait, jungler l'obéissance et contrer le moindre néologisme.
On vous voit mentir et ne pas être vous-même, à tel point que vous en arrivez à faire croire aux honnêtes qu'ils se mentent à eux-mêmes et qu'ils sont tout contre vous, luxés comme vous des poings et des poignets, des jambes et des mollets, qu'ils ne sont que de pauvre hères, êtres destinés à subir vos mille et un supplices ; et voilà que vous leur mettez de votre musique plein les oreilles, et ils adorent, ils acquiescent, ils adorent ça.
On vous voit en italique.
On vous voit en gras.
***
Je vous vois danser comme les tombes mortes qui, jadis, attirèrent l'étendue de mon regard. J'ai appris au travers de vos soliloques une chose souveraine : PENSER.
J'ai vu moi croiser, juger, appréhender, croire, stigmatiser, discuter, aimer, haïr, jeter; réfléchir, parer, cracher, plaire, feindre, maudire, mentir, faire, être, adorer, acquiescer.
J'ai vu moi. Et puis j'ai su que j'étais ce Qui-Suis-Je ?
***
Je vous vois en gras.
***
Un songe, une pensée, un dernier souffle - ne jamais rien oublier, une pensée fugace, non ! un ouragan ! qui suis-je ? un maudit, une bête, un tueur, un malgré-lui-né, un malgré-nuits-les, une force sans nom, sans rappels, pas besoin de vous mesdames, au contraires, vous mesdames vous foutrez à la porte ces messieurs, ces messieurs qui chassent les chats comme les toits au-dessus de ma tête me rappellent que la seule route à prendre est celle de l'étoile du levant.
***
Et puis un jour, je m'éteindrai.
On dira de mes textes qu'ils étaient importants.
On dira de l'auteur qu'il était clairvoyant.
***
Mais rien ne restera, si vous n'en faites rien.
***
A vous la suite.
***
A
***
Vous
***
La
***
Suite
***
***
Je suis un être de raison, pourvu de failles dantesques que nul ne serait à même d'imaginer.
On vous voit tous les jours croiser des hommes et des femmes de milieux, d'âges, de genres, de pensées, d'intellects différents, vous tous vous croiser, vous juger, vous appréhender, et croire de-ça, de-là, que chacun est meilleur qu'un autre, on vous voit vous stigmatiser pour le plaisir de le faire, sans raison, on vous voit discuter, on vous voit aimer, haïr, jeter ; loin ! jeter ! la haine ! mon cul ; on vous voit réfléchir, vous parer d'atours fulminescents, on vous voit cracher sur la gueule du plus jeune que vous et plaire au plus vieux si tant est que possible. On vous voit feindre la prétendance et maudire l'abstrait, jungler l'obéissance et contrer le moindre néologisme.
On vous voit mentir et ne pas être vous-même, à tel point que vous en arrivez à faire croire aux honnêtes qu'ils se mentent à eux-mêmes et qu'ils sont tout contre vous, luxés comme vous des poings et des poignets, des jambes et des mollets, qu'ils ne sont que de pauvre hères, êtres destinés à subir vos mille et un supplices ; et voilà que vous leur mettez de votre musique plein les oreilles, et ils adorent, ils acquiescent, ils adorent ça.
On vous voit en italique.
On vous voit en gras.
***
Je vous vois danser comme les tombes mortes qui, jadis, attirèrent l'étendue de mon regard. J'ai appris au travers de vos soliloques une chose souveraine : PENSER.
J'ai vu moi croiser, juger, appréhender, croire, stigmatiser, discuter, aimer, haïr, jeter; réfléchir, parer, cracher, plaire, feindre, maudire, mentir, faire, être, adorer, acquiescer.
J'ai vu moi. Et puis j'ai su que j'étais ce Qui-Suis-Je ?
***
Je vous vois en gras.
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Un songe, une pensée, un dernier souffle - ne jamais rien oublier, une pensée fugace, non ! un ouragan ! qui suis-je ? un maudit, une bête, un tueur, un malgré-lui-né, un malgré-nuits-les, une force sans nom, sans rappels, pas besoin de vous mesdames, au contraires, vous mesdames vous foutrez à la porte ces messieurs, ces messieurs qui chassent les chats comme les toits au-dessus de ma tête me rappellent que la seule route à prendre est celle de l'étoile du levant.
***
Et puis un jour, je m'éteindrai.
On dira de mes textes qu'ils étaient importants.
On dira de l'auteur qu'il était clairvoyant.
***
Mais rien ne restera, si vous n'en faites rien.
***
A vous la suite.
***
A
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Vous
***
La
***
Suite
***
Sauf-conduit
Un jour, jour un.
Je marche, je passe le pont, trois sirènes.
Eh oh, eh oh, Paul, eh oh, eh oh !
Jour deux. Personne. Je marche toujours, j'y crois à mort, je n'ai plus beaucoup de matériel. Je m'endors dans des bâtiments abandonnés, je trouve la peine de taper quelques mots au clavier.
Eh oh, eh oh, Paul !
Jour trois. Je me suis réveillé avec la peur au ventre. Jamais vu ça. Jamais eu autant peur comme ça. Jamais joui comme ça. Je crois que je vis la phase du pour et du contre, la révélation subite dictée par les angélismes subalternes des contraintes océanes croisées au cours de ma route. Je ne doute pas, je continue.
Paul ?
Jour quatre. Il me manque un bout de raison. Qui suis-je ? un aigle, tout pourvu de ses plumes, de son bec et de sa gueule est venu se coincer tout contre ma face. J'ai pas réagi, rien dit. J'ai empoigné la bouteille de prune, l'ai menacé, lui ai lancé un regard viril, et il s'est barré. J'ai enfilé mon futal et pris mon sac et me suis tiré. Derrière, de la glace.
Jour cinq. Elle pleure, sans cesse.
Eh oh, eh oh, eh ohhoheohoe PheoAoeoheoeUoehehehLeoeheoeoeeoeheoeho ?
Jour six. Trois morts, deux de mon groupe. Je me suis cassé l'annulaire gauche durant la bataille, j'ai du mal à taper. Rapport persistant et incomplet.
Ouuuuuh, ouuuuuh, Paaaaaaaul ?
Jour sept. Fatigué.
Paul ? Paul ? Paul ? Qui es-tu ?
Je marche, je passe le pont, trois sirènes.
Eh oh, eh oh, Paul, eh oh, eh oh !
Jour deux. Personne. Je marche toujours, j'y crois à mort, je n'ai plus beaucoup de matériel. Je m'endors dans des bâtiments abandonnés, je trouve la peine de taper quelques mots au clavier.
Eh oh, eh oh, Paul !
Jour trois. Je me suis réveillé avec la peur au ventre. Jamais vu ça. Jamais eu autant peur comme ça. Jamais joui comme ça. Je crois que je vis la phase du pour et du contre, la révélation subite dictée par les angélismes subalternes des contraintes océanes croisées au cours de ma route. Je ne doute pas, je continue.
Paul ?
Jour quatre. Il me manque un bout de raison. Qui suis-je ? un aigle, tout pourvu de ses plumes, de son bec et de sa gueule est venu se coincer tout contre ma face. J'ai pas réagi, rien dit. J'ai empoigné la bouteille de prune, l'ai menacé, lui ai lancé un regard viril, et il s'est barré. J'ai enfilé mon futal et pris mon sac et me suis tiré. Derrière, de la glace.
Jour cinq. Elle pleure, sans cesse.
Eh oh, eh oh, eh ohhoheohoe PheoAoeoheoeUoehehehLeoeheoeoeeoeheoeho ?
Jour six. Trois morts, deux de mon groupe. Je me suis cassé l'annulaire gauche durant la bataille, j'ai du mal à taper. Rapport persistant et incomplet.
Ouuuuuh, ouuuuuh, Paaaaaaaul ?
Jour sept. Fatigué.
Paul ? Paul ? Paul ? Qui es-tu ?
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