Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration

15 novembre 2013

La Clope au Bec # 5

La corrélation qui amena Paul et nos prisonniers au même plan s'avère délicate, dès lors que rien ne semblait pouvoir les réunir.

Néanmoins, rien n'aurait pu expliquer une évasion telle que celle décrite plus haut.

Ni un survivant à un crash d'avion.

Le lecteur comprendra aisément qu'à partir de ce moment-là, tout est possible, voire explicable sans chercher réellement à apporter une raison claire et précise aux faits et à leurs interactions.

Il s'avérera bien plus tard que Paul ne connaissait aucun de ces hommes. Tout comme aucun de ces hommes ne le connaissait.

Pour autant, la suite du récit comportera bon nombres d'intrications qui permettront audit lecteur d'appeler une suite logique à cette combinaison définitivement floue.

Mais comme ma balise italique commence à fatiguer, je vous propose de revenir directement à un point de vue à la première personne.

***


Je ne vois que le sable qui racle, à chaque pas, mon pied gauche, nu. D'abord, je lève le pied droit, je le pose un peu plus loin, puis je ne vois plus les orteils, de l'autre côté. Tous les grains passent dessus.


Quand je demande à mon muscle d'agir à nouveau, voilà que les grains s'effacent, glissent tous ensemble, et que, d'abord, l'ongle ressurgit, l'ongle du pouce, noir, noir. Puis les suivants, suiveurs, et enfin le pied entier, qui jette au sol ceux qui s'étaient eux-mêmes lancés sur lui.


Je crois que j'ai besoin d'eau.


J'avance, j'avance, et malgré tout, je reste figé sur cette scène. Ces grains de sable qui se foutent du temps, de l'espace, et qui, à chaque fois, s'éloignent presque de la même manière. Et toujours mon pied.


C'est étrange, d'ailleurs, parce que j'ai réussi très facilement à oublier comment ce pied a brisé les os de François. Mais le sable, ce sable qui glisse, je n'y arrive pas.


Je crois bien que c'est à cause du manque d'eau.


Enfin, peu importe : me voilà libre.


Du coup, je mate les dunes, quand je les grimpe. Elles sont pas très grandes, elles grimpent vers le soleil, et puis elles retombent. A gauche, à droite, devant derrière, en bas le sable, en haut le ciel bleu et la tâche jaune qui m'éclaire, me brûle les yeux parfois.


Y a pas trop de vent, des fois je vois des traces de pas. En fait, je me guide grâce à elles. Enfin, si ç'en sont vraiment.


J'attends juste de les voir.


Une bande de gars, devant ; au départ je verrais que leurs ombres, en file, les uns tombant sur les autres, beaucoup plus faibles que moi, mais dans la même optique : tous fixés sur leur pied gauche. Et puis, et puis... en fait, j'ai tellement anticipé ce moment que je me suis fait le film parfait :


1. je les suivrai, sur quelques centaines de mètres, laissant au destin la chance d'emmener l'un deux poser ses yeux sur moi, en détournant la tête vers l'arrière par hasard.


2. il me pointerait du doigt, je continuerai à marcher, en l'ayant bien sûr bien vu, en sachant tout à fait qu'il se doute que je l'ai vu aussi, mais juste pour maintenir cette distance quelques secondes encore entre nous.


3. ils s'arrêteraient tous, se retourneraient vers moi.


4. l'un deux – sûrement l'un des plus résistants – ferait demi-tour vers moi, se dépêtrant dans le sable alors qu'il descendrait une dune, ses pieds crissant sur le sable, la moitié de sa tenue de prisonnier au départ accrochée pendant maintenant misérablement autour de la taille, remonterait vers moi, et, arrivant plus près, je reconnaîtrais alors son visage. L'un des nôtres, bien entendu.


5. il me jaugerait quelques secondes, avec en lui l'envie de m'étrangler directement, sans réfléchir, puis il reconnaîtrait à son tour mes fringues, comprendrait qu'aucun gardien n'aurait pris la peine d'échanger ses frusques avec l'un des prisonniers, et me serrerait dans ses bras, sans aucune logique, en dépit de tous ces faux semblants qu'aiment à se donner ceux qui, comme nous, sont enfermés – enfin, étaient.


6. je rejoindrais le groupe, un peu comme un sauveur ; on me poserait des questions, on me demanderait si c'est moi qui a descendu les sentinelles, qui a sauvé des vies – car « on a entendu les claquements ! Putain ! Merci à lui ! ».


7. évidemment, je me tairais, car pour l'instant, je n'ai aucune envie de le dire.


8. ils seraient un peu déçus, mais on repartirait, et...


… et pour l'instant, je ne vois personne...

07 novembre 2013

La Clope au Bec # 1-4

13 juillet 2013

... quoi ? tu t'attendais à quoi, garçon ? hein, grand ? tu rêvais d'un joli début de nouvelle ?

Tsss... tu es à la bourre ; en retard, "comme on dit chez nous".

Non, "La Clope au Bec", c'est juste une histoire. Si tu cherches du sentiment, cinéphile ou non, rentre chez toi... et reviens dans quinze ans.

Nous, on est là pour te prouver qu'il y a une vérité qui existe ; que, bien sûr, elle est faite d'AMOUR. Mais que, surtout, elle ne naît que parce qu'elle est tapée sur des touches. Des touches de clavier, s'entend.

C'est, en toute simplicité, l'histoire de Lui. Si, plus tard, tu veux citer une phrase, pense à celle-là (elle fait très classe en soirée) : "c'est l'histoire de Lui" - insiste bien sur le "Lui" ; ça impressionnera les filles. 

Et si jamais, après tout ça, certains suivent encore, dis-leur que ce n'est que le début.



La Clope au bec



Ca fait dix ans.

Dix ans depuis que j'ai pas écris une seule putain de ligne. Ouais, j'avais perdu l'inspiration, ah ben c'est sûr. Le Jean, il m'a dit, "là place une ligne, tu verras ça coulera tout seul".
Le salaud.

Bien sûr que j'avais rien perdu, que j'avais toujours tout sous la main. J'en connais qui auraient été prêt à m'arrêter, juste pour le plaisir, juste pour le kiff de dire : "ce mec-là, il est comme les autres, comme les pseudos-écrivains, comme on fait, comme on pond par centaines depuis ces dernières décennies ; tu vois, de ceux qui ont besoin d'utiliser la touche "Revenir en arrière" pour continuer leur récit.

Jamais, oh non jamais, putain de ma vie en mise, jamais j'écrirai une putain de merdouille de ligne en arrière.

Ah ah ! c'est pas que je préfère me tromper ; c'est juste que si, tu réécris, tout disparais, t'enlèves juste l'essence ultime, le délire suprême, la naissance de l'histoire.
Tu saisis, saloperie de lecteur ?

Tu saisis juste, que, si, aussi juste que je puisse être, que si je "delete" la touche que je viens de taper, je supprime illico toute l'intensité du récit ?

Dis "oui", fais-moi plaisir : alors, ok, tu as dis "oui"... eh, ben, voilà, tu admets par là même que tous les écrivains avant moi n'en sont pas ; que je suis le premier : celui qui ose, avant tout autre, être lui-même par ses mots, et ne revenir en arrière qu'en cas de faute de frappe.

Bah, oui, parfois j'oublie un a, je mets deux s, je tape un ; là où il n'a pas lieu d'être. Tu n'imagines même pas ce que c'est que de taper et de... oh, pardon, l'histoire a déjà commencé et je m'explique encore. Peut-on embaucher un correcteur, messieurs, mesdames, pendant que la clope fume encore ; peut-on demander à quelqu'un, à une putain de salope, de remonter sur mes traces, et de chercher tout ce qu'il y aurait pu avoir dit de faux dans ces lignes ?

J'en ai plein le cul de ces touches, de ces copiés/collés, de ces alternatives ; de l'oubli des mots, enfin, comme ils disent : "toi-même tu vois".

Saisis bien : c'est à partir de là qu'ils commencent à mentir.

Alors,

Allons-y

Accroche-toi, baby,

Parce que ça promet d'être hot.

***

Salut, je parle en italique. T'as vu comme ça fait classe ? Ouais, ça t'impressionne grave, hein ! nan mais t'inquiète, c'est pas ma première fois. Toi si ! C'est la première fois que tu vibres en suivant des signes illisibles, en te disant que tu vas trouver derrière tout ça quelque chose qui te correspond ; moi-même je saute des nuances, en me disant que j'arriverai à t'amener à quelque chose qui te corresponde.

La clope au bec, on oublie tout. on est prêt à suivre les lettrages, à s'enliser facilement dans la stupidité. Celle de penser qu'on aura jamais besoin de revenir en arrière. Qu'il nous suffira toujours de compter les touches pour arriver à parler correctement.

Non, mais, allez, entre nous : tu sais très bien de quoi je parle. Y est pas question ici d'alcool ou de substances - illicites - mais plutôt de simagrées imprécises et de précisions enfantines ; comment tel doigt est capable de presser telle touche, comment telle idée précise est capable de filer louche.

Ouais, toi le littéraire, toi l'enculé de première, qui croit savoir lire mais qui n'a jamais pu rêver devant deux lignes, tu diras : "lui, il aligne les mots comme moi j'aligne les clopes."

Ben, arrête de fumer, enculé.

Toi, la première L qui m'étudiera dans cinquante ans, tu diras : "ce mec est d'un lourd, est d'un mou, ce mec est chiant comme la première fois que j'ai secrètement rêvé de me faire troncher la chatte."

Bien sûr, il y aura les autres, ceux qui se prennent pour des grands et qui, évidemment, bien entendu, reliront mot par mot ce qui est tapé, qui établiront des corrélations entre les "l" et les "f", et qui diront : "ce gars-là s'est fait sodomiser dans sa petite enfance sous un oreiller".

Eh oui, messieurs, mesdames, je vous ai tous devancés... toutes vos critiques sournoises, je les ai avalées, bien digérées, intégrées en mon être même.

Ca y est ? Vous avez fini d'exister ? de pêter comme des gros putains de porcs sur vos sièges (ça s'adresse / agresse particulièrement à vous, mesdames) ? PEUT-ON PUTAAAAIN DE COMMENCER ? 


T'AS LACHE TES NERFS L'ENCULE ? APRES DEUX INTRODUCTIONS, T'AS ASSEZ EU LE TEMPS DE TE CROIRE MÂLE ET AMERICAIN POUR QU'ON PUISSE Y ALLER ? TU SAIS, "COMMENCER L'HISTOIRE" ??!

...

...
... ben, bien sûr que non ; évidemment. Va te faire meeeettre ! bien profond ! reviens quand tu auras le temps de lire ! je commencerai à écrire que quand t'auras ravalé tes couilles.

*****

Il y a les prisonniers qui dansaient.

Le trou dans le mur d'enceinte de la prison formait un U fumant, qui devait probablement être visible à plus de deux kilomètres alentours.

Eux couraient, comme des tafioles sous l'emprise de drogues, d'un déhanché du cul presque insultant, vers les rayons du soleil qui glissaient tranquillement entre les voluptes détachées des cigarettes et celles de la brique qui, sous l'explosion, s'était mirifiée en un paquet de petites marques flottant dans l'air.

On aurait dit des cigognes. De minuscules cigognes.

Ca s'évaporait donc, ça se cassait du lit, non pas pour le plaisir, mais juste pour le plaisir, celui d'être libre, et, au-delà de ça, de tracer un beau MAJEUR en face des gardiens qui, malgré leur armement purement sophistiqué ; mais malheureusement débile, n'arrivaient qu'à buter un dixième de ceux qui s'enfuyaient.

Touchés par les balles, les corps blessés tombaient au sol, dans une dernière éclipse nonchalante, comme pour signifier, "là, tu marques un point, gardien : continue de tirer, tu en auras peut-être d'autres" - enculés.

Oui, c'est bien facile de garder, gardien, hein ! bien facile de croire qu'on représente le bras déjà mort de la loi ; celui qui blesse et afflige - enfin, tu vois le topo.

***

J'ai grondé vers la lumière, non, j'ai littéralement hurlé face à elle. Je lui ai dit "JE M'EN VAIS SALOPE JE VIENS TE REJOINDREEEEEE".

Y avait des fautes là-dedans, je m'en branlais, j'arrivais juste, non pas la décrocher elle, mais surtout dire à ceux qui étaient derrière que jamais j'en aurais rien à foutre de ce qu'il dirait. Je serais - et je serai - libre, toujours, et jamais vous pourrez me saisir, m'anticiper, et même si vous m'avez chopé, et même si vous m'avez attrapé, jamais vous m'enterrerez, jamais vous me ferez croire que je suis forcé de tomber ; de crever là. AH OUAIS !! putain ! je l'ai bien niquée, celle-là !

Deux jours plus tard, j'ai eu la crève de la soif, j'ai senti mon estomac se disloquer sous le manque d'eau. On avait été douze, à la base, douze comme des oeufs, à sortir de là et à cogner ensemble, sans réfléchir. En tout, on était une soixantaine à courir vers la lumière, "soixantaine" avec un "X", un X majeur, tu vois ; on a couru sans réfléchir, et je me suis retrouvé avec eux.

Lui, il avait des garots, de bonnes clopes à l'ancienne. Putain ! ça faisait tellement du bien de tirer une latte ! Le briquet dans la main, au chaud, à sentir le mégot se consumer au-dessus de la langue, entre les dents, et chaque bouffée était la dernière.
Je crois que le soleil brille toujours...


17 juillet 2013

Chaleur.

Cette foutue chaleur.

On a marché encore quelques jours, avant que l'autre se casse la gueule et crève, ouverte, dans le sable. Y avait rien à boire, je te dis. Les autres s'en sont mieux sortis ?


Je ne sais pas trop pourquoi ou comment je me suis retrouvé là. C'est bizarre. J'ai l'impression que, la dernière fois que j'ai ouvert les yeux, c'était pour que mes pupilles puissent mieux retrouver l'absence totale d'empathie que dégageait les barreaux de ma cellule.

En lisant G. Ozrvele, j'ai découvert qu'il n'y avait plus que dans trois prisons au nord de l'Afrique qu'on utilisait de la fonte au lieu d'implanter des portes à l'entrée des cellules. Ca m'a toujours paru dingue qu'un mec qui a été emprisonné plus de trente ans soit capable d'écrire un livre sur les prisons. Sado-masochisme primaire ? Aucune idée.

Le 2 juillet 2045, la sonnerie a retenti, les gardiens se sont mis à courir dans tous les sens, en effaçant leurs ombres entre les mailles de nos portes - fermées - de sortie, puis il y a eu des coups de feu, des cris, et L'explosion.

Je dis L'explosion, parce que je crois pas que dans ma vie j'en entendrai une autre du même acabit. Enfin, je veux dire : je serai sourd pendant des jours à cause de celle-là.
Ca a été une déflagration sonore telle que les barreaux ont vibré. Je les ai vus. Sous le choc, j'ai été projeté contre le mur. En même temps, je n'avais pas choisi d'être placé si près du mur d'enceinte.

Quand j'ai ouvert les yeux à nouveau, la porte était ouverte ; les fils métalliques avaient glissé durant mon sommeil, et s'était posés sur la gauche de mon champ de vision. Au-delà, j'apercevais les cellules de mes compatriotes, vides, et par-ci, par-là, un bout de matelas blanc, qui scintillait encore dans l'air et me rappelait où je reposais. J'avais dû être en retard, j'étais l'un des derniers, un des foutus derniers à ne pas avoir encore eu le réflexe de lever ses fesses et de sortir, tout simplement, non pas mû par un réflexe stupide, mais par l'absolu conviction qu'il y avait eu quelque chose derrière la porte qui s'était fermée, simplement, un jour passé.

Il n'y a rien de stupide dans le fait d'être enfermé. Que voudriez-vous y faire ? Vous vous retrouvez coincé ici, et sans pouvoir mot dire, vous n'avez qu'à passer vos journées à lire, vous muscler, tourner en rond dans une cour où les murs s'apparentent aux cages qui nous rattachent à la vie. C'est de la connerie, de se retrouver en taule pour un simple trafic de drogue, accompagné de quelques excès de vitesse, délits de fuite, et agressions basiques. Mais c'est mon cas.

J'ai cillé, deux, trois, fois, je m'en souviens bien. Dans ma tête, ça a été primaire, et en voilà le résumé :

Lumière. Mouvement. Enregistrement des données. Porte ouverte ; second plan : couloir. Derrière : autres cellules. Entre les deux, espace vide, si je saute, je tombe, si je tombe, je me fais mal, pour sûr au deuxième étage. Je suis Grant, dans ma cellule, mon nom est sur mon maillot ; il y a mes livres à droite, ça brûle ? Je veux dire : "est-ce que la prison brûle ?". Risquons-nous de mourir ? Si je sors, où est mon pochon ? Matelas. Draps. Oui, le drap, léger et malléable. Prends le drap, roule-le, embarque ton coeur en poche, et va-t-en. Je me lève, je prends mes livres, du mouvement ? Personne. Il y a du bruit, j'entends la fumée ; vite, ta seule chance. Je les enroule, j'ai l'impression d'être soûl. Je fais même pas de noeud, je crois que ça tiendra, je passe le pas, couloir. Une ombre, deux ; plusieurs, au loin, qui bouge. Ca sourdine à l'intérieur, j'ai pas tous mes moyens, pas la peine de penser, vaut mieux courir, un trou à droite, soleil, ça reflète, fonce.


J'ai presque sauté dans la cour, mais je me suis arrêté en face du vide, sur les briques descellées qui fumaient encore sous le coup de l'impact. Le mur de la prison ne s'était pas fendu : il s'était écroulé, depuis le cinquième, en une pente qui glissait jusqu'au sol. Je n'ai pas vraiment levé la tête vers le ciel, mais je sais que les issues du troisième et du quatrième étaient dégagées. Tous pouvaient sortir, et d'ailleurs je les voyais filer au loin, tandis que sur les miradors encore debouts, quelques gardiens tenaient leur fusil comme un puceau tient sa bite quand il se tient à poil devant sa première fois.

J'ai glissé discrètement sur l'amas de gravas, je me suis laissé couler jusqu'à la porte de la première tour que j'ai vu, et, après avoir éclaté l'ampoule qui brillait encore à l'intérieur, j'ai attendu que François, que j'avais reconnu de l'extérieur, descende, intrigué par le bruit. Je lui ai calé mon pochon sur le crâne, logiquement, et, avant qu'il se relève, je lui ai écrasé ma chaussure sur la nuque. Evidemment, ça a craqué, mais je n'aurais pas cru que j'étais si stressé pour le tuer sur l'impact.

Logiquement, encore une fois, j'ai récupéré le fusil, j'ai à nouveau ouvert la porte, et je suis retourné vers le tas de cendre qui fumait derrière mon dos. Il y avait trois gardien sur trois miradors, l'un plutôt près, les deux autres assez espacé, à l'est et à l'ouest. Les autres étaient détruits. Qui avait fait ça ? Qui avait été capable de déclencher une telle puissance de feu ?

Peu importe. Le sniper sur l'épaule, je les ai descendus tous les trois, méticuleusement, avant qu'ils ne fassent plus de morts, et, après un dernier regard à 360 degrés, j'ai couru jusqu'au feu mur d'enceinte, que j'ai enjambé d'un trait, sans avoir même à escalader, juste à enjamber - bon dieu, qui est intervenu pour nous libérer ; et bon dieu de bordel de merde, quel extraterrestre peut débarquer son vaisseau foutrement armé pour couper une prison en deux d'un seul coup de shot ? - et j'ai couru à la poursuite des bandes noires, reflétées par le soleil, que je voyais s'enfuir à plus d'un kilomètre en avant.

Je ne connais pas la route.


21 septembre 2013

Aucune inspiration alors que j'ajoute le fard à paupière pour grimer mes yeux. Je passe à l'antenne dans trente secondes, le seul temps admis ici.

On m'explique une dernière fois, par panneaux interposés, écran incrusté tremblotant en face de mes yeux, que je n'aurai que quelques secondes pour vriller des yeux, regarder la caméra, flottant dans l'air, avant de subir le grand bond ; celui qui propulsera mon hologramme en plein milieu de Dubaï - retransmission sous-titrée, évidemment. Quelques secondes pour regarder ce public dont je ne connais aucun nom, regarder tous ces gens, sans vraiment les voir, et en ne voulant jamais le vouloir, pour leur dire, leur annoncer, crier en face d'eux ce qu'il savent peut-être déjà : "il s'est passé quelque chose".
Ce n'est rien. Rien d'autre que du bruit. Des paillettes qu'on jette au visage. Je dirai que quelque chose est arrivé. Un mort, deux morts, cent, mille... peu importe, c'est la télé.

Le steward me jette un mauvais regard. L'avion, projeté à plus d'un millier de kilomètres, palpite sous la force du coup. Les nuages sont des jets de lait qu'un inconnu jette dans sa tasse de café. Je me rappellerai toujours de ce moment. La femme à ma droite a un oeil qui vrille, un petit strabisme, mais quand elle a tourné la tête, tout à l'heure, du genre tu seras mon voisin pour les trois prochaines heures, Paris-Moscou, alors je veux au moins connaître ton visage, j'ai tout de suite compris qu'il y avait un détail plus marquant que les autres. Après les secousses, l'explosion des hublots, les masques sur nos lèvres, j'ai bien cru que j'allais mourir. Bon, je ne suis pas mort, c'est déjà ça, mais...

... mais, pourquoi ce souvenir de merde me revient quelques secondes avant l'antenne ? pourquoi les quelques neurones qui peuplent mon cerveau me forcent à cautionner ce qui va m'arriver ?

3, 2, 1, 0. Le bouton rouge qui clignotait s'arrête soudain, pris dans un dernier spasme convulsif, ne s'adresse qu'à moi alors que ceux qui devraient le voir n'observent qu'une surface plane sans aucun contour régulier, prisonnière de leur mur, et qui leur délivre... mon image.

" Bonjour, Pays, Mesdames, Messieurs. Nous sommes le 10 juillet 2045, il est 19h30. Aujourd'hui, voici les nouvelles :

12 600 nouveaux morts lors du tremblement de terre qui a secoué le Sénégal, cet après-midi. Les autorités locales évoquent un désordre sans précédent dans le pays, après les émeutes liées à l'inertie des forces locales. Notre reporter sur place, Alfred Fiulmasko, nous livrera les derniers détails de cet épisode tragique.

Plus de 300 "combustions instantanées" à travers le monde. Il n'y a, à l'heure actuelle, toujours aucune explication à fournir face à ces décès brutaux et non-expliqués. Nous recevrons sur ce plateau, en fin de Journal, le neurobiologiste Jean Stomacker et le médecin Hanz Pflafermann, spécialiste des pathologies inconnues et auteur du récent ouvrage Ce qui ne tue pas nous rend plus résistant à ce qui pourrait le faire.

Evasion spectaculaire dans le désert espagnol : plus d'une centaine de prisonniers ont réussi à échapper à leurs cellules après une explosion d'ordre inconnu. Des troupes citoyennes ont été envoyées sur place. A 20h30, émission spéciale sur notre chaine sur les modifications climatiques des dernières années.

Patati, patata... grandissant, voilà encore du meurtre, de la pitance absoute pour le plus grand plaisir des foules. Le gourou, chaque soir, c'est moi. Chaque midi, mon frère s'en occupe. Je ne le connais pas, je ne le vois, je ne fais que le croiser dans les locaux de la rédaction quand, chacun, café à la main, nous nous sourions hypocritement.

Au-delà du crash d'avion, je me souviens surtout de la seule fois où il m'a réellement parlé.

C'était à la sortie de l'hôpital :

" Alors, Paul, comment c'était ?

- ... c'est... quoi ?

- Le crash ! Comment c'était ? Quelle sensation ?"

Il brandissait son micro juste sous mon nez, les yeux brillants, la pupille fixe, mais l'allure fausse, tellement fausse ; si fausse que j'en avais la nausée - et non pas parce que j'avais passé plus de 70 heures à vomir dans un seau, posé contre mon lit, mais parce que sa face, idiote, me donnait presque l'impression de réaliser à quel point je pouvais avoir l'air mauvais à l'écran.

" C'était un crash, Pascal, c'est tout. Tu te souviens de rien, tu vois juste des images inadaptées qui s'articulent ensemble. Je te le souhaite pas, je le souhaite à personne.

- Et combien de survivants ? 10 ! Dix survivants sur plus de deux-cents passagers. Alors, ça fait quoi d'être miraculé ? "

Je suppose que la caméra, à l'écran, virevoltait doucement autour de mon visage, le caméraman essayant de garder la maîtrise de son engin, tandis qu'un rictus indescriptible cernait mon visage. Je crois que je tremblais.

" Ca fait que tu penses aux victimes, ducon. "

Depuis ce jour, Pascal et moi nous croisions toujours, mais on ne se souriait plus. Il n'y avait plus qu'un hochement de tête professionnel.

Donc, en sortant du plateau, je le saluais avec ce fameux mouvement de haut en bas, si stupide mais si explicite.

Puis mon téléphone sonna, et à partir de là, je crois que rien ne fut plus jamais pareil.


28 décembre 2013

« Mais... pourquoi ? »

C'est comme ça que ça commence.

Bon, désolé, l'introduction parfaite, ils ont essayé de vous la faire mille fois. Seulement, là, ça n'a rien à voir. C'est la vérité. Elle m'a dit :

« Mais... pourquoi ?... pourquoi tu fais ça ? »

Elle murmurait ces mots, ses yeux bruns légèrement plissés par l'interrogation, ses cheveux trempés par la sueur accrochant, de temps en temps, son pull en laine, où ils arrivaient à subtiliser quelques morceaux de tissu – et je crois bien que, finalement, j'aurais préféré vivre les instants qui allaient suivre sans me sentir mourir à chaque instant. Je déglutis.

Elle me jeta un regard mi-interrogatif, mi-con, puis tourna les talons et disparut. Ce que je lui avais dit juste avant ? Rien de bien compliqué... maintenant, mes yeux se déforment, je sens le gluten dans mes veines, et pendant que mon coeur dépasse le 120/s, tout me revient comme dans un flash – en même temps qu'un horrible (et sempiternel) sentiment de mort :

« Hé ! »

Je l'avais bousculée dans la file du vestiaire – c'était un vestiaire en extérieur - qui conduisait tout droit jusqu'au mec qui te prend tes fringues, les fout sur un cintre, te tend un truc super stylé – un pin's, une pièce en plastique marquée d'un numéro – ou un pauvre papier avec « 0089 » marqué dessus ; et elle m'avait simplement dit :

« Hé », alors qu'elle tombait par terre, les fesses dans une flaque mêlée d'eau et de boue – parce que, oui, on était en février, et que c'était pas le printemps – et je lui tendais ma main pour se relever, mais tout ce qu'elle trouvait, c'était de la gifler du bout des doigts, encore choquée (énervée) par le fait qu'elle venait de s'étaler – presque – de tout son long, et devant le groupe qui était censé composer ceux qui l'aimaient, devant moi.

« Hé !! Pauvre con ! Fais gaffe putain ! »

Quel magistral enchaînement de syllabes et de mots. Quelle poésie lubrique et instinctive. Mais, messieurs, hé ! Qu'attendre d'une demoisel... … ah, oui, pardon. « NE PAS DETRUIRE LE MYTHE DE L'AMOUR. » Non, désolé, je m'emporte, vous avez raison. Si je veux écrire quelque chose, je le sais, je ne dois pas, SURTOUT PAS, détruire le romantisme. Sinon, lecteurs et futurs inspirés ne pourront pas y trouver l'inspiration. Tous ces pauvres cons ne pourront pas se branler intellectuellement devant la cruelle vision que je leur donnerai d'un amour injuste, d'un « liberticide ».

Oui, c'est vrai, désolé : détruire le mythe de l'amour, t'as le droit de le faire que si tu parles de cocaïne, de MDMA, d'amours d'HLM, de trois ans, ou de conneries dans le genre. Si je te dis qu'il faisait pas nuit, mais jour, et que cette fille – et moi-même – n'étions pas soûl comme des barriques, mais sobres, etc... ça n'a plus aucun intérêt. Ca t'ôte ton penchant de rêve, pfouah !

« Et puis merde ! Pourquoi m'excuser ?

- Quoi ?

- Non, je dis juste que m'excuser ça servira à rien. Tu veux quoi ? Que je te tende le bras ? Va te faire. T'avais qu'à pas être là.

- Et va te sucer la queue bâtard ! Donne-moi ta main. »

Je lui ai donnée. Ma main, mon cœur, ma vie. Elle a tout pris en deux heures. D'abord, je l'ai relevée. Elle m'a évidemment lancé son regard de « salut, toi et moi en boîte ce soir, tu es là pour quoi, tu veux perdre ton temps avec moi ? Oui, fais ça, me laisse pas tomber, j'ai personne d'autre que toi. Nooon, les quatre mecs et les trois meufs derrière, c'est pas des potes, quittons cet endroit, fais-moi danser, allez, emmène-moi, fais-moi rêver, allez, regarde-moi dans les yeux en tenant mes mains, si les néons nous éclairent de leurs doux reflets menteurs, nous pourrons nous jeter dans la fosse nubile sans en éprouver le moindre remords. Allez, soulève-moi, regarde ce qui se trame sous mes pattes, mon p'tit, allez, traîne-moi jusqu'à la scène, brigue tout ce qui pourrait sortir de mes pores, ne laisse rien s'échapper, évapore jusqu'à la moindre phobie ; tu es l'amant, ce soir tu es le seul. »

PFOUAH ! Bande de salopes ! … ces quatre mots, ci-dessus, c'est tout ce qui m'est venu en tête sur le moment précis où ses doigts effleurèrent les miens. Rien de plus, rien de moins : « pfoouah ! Bande de salopes. »

A ma décharge, je dirai que j'avais bu. J'avais bu... beaucoup. Aparté : tu sais, quand tu bois... beaucoup ; et que ton œil gauche voit trop à gauche, et ton œil droit, trop à droite. Saloperie d'oeil droit, hein. Mieux vaut voir à gauche.

Je voyais donc ces deux salopes, reluquant presque mon cul, me tendre la main, au sol, après une brève échauffourée stupide ; mais, dans l'histoire, tellement pleine de sens – comme celle de toutes les salopes qui vous racontent des salades ; enfin, peu importe, j'attendrai de me faire incarcérer par la brigade de ces putes de Fémen avant de lâcher le moindre aveu. Mademoiselle m'avait montré du doigt.

Elle debout, tous ses potes derrière, moi, tout seul, comme un con, sur la route pour rentrer à l'intérieur de la boîte – là où, nous, dehors, nous vibrions quand même au son des basses, car cette discothèque abritait également un jardin où ces musiciens technocrates faisaient tout de même chanter leurs machines ; machines sur lesquelles dansaient un parterre de drogués et de bourrés – bref ; rentrer à l'intérieur de cette boîte, retrouver mes deux amis, danser avec eux quelques temps, sans jamais espérer choper une de ces salopes sans intérêt – elles arrivent, secouent leur cul, te font croire que tu les auras, puis s'en vont – aparté : non, elles se foutent de ta gueule mon pote, elles dansent pas pour toi, elles dansent pour elles, pour leur orgueil, pour le plaisir de savoir que quelqu'un les matent ; elles ont pas faim de cul, elles veulent rien sinon se masturber physiologiquement sur ta puissance réduite à néant, elles !

Bande de salopes !
Et tu tombes toujours dans le puit - puis tourner le dos et prendre la route, lentement, fatigué, pour arriver chez moi, vers huit heures du matin et m'étaler dans mon lit, regrettant la veille.

Sans rien.

Une nuit passée sans rien.

Elles ne savent pas que tu le sais.

Elles croient que tu viens ici parce que tu veux baiser.

Comme dans un bordel gratuit.

Elles croient qu'elles sont belles.

Qu'elles sont baisables.

Sans intérêt.

Mieux vaut se taper une putain.

Mademoiselle m'avait montré du doigt. Et elle éructait, elle disait :

« Ce mec là, ce sacré con, les gars [...] »

Là, ils riaient en me regardant.

« […] ce gars-là m'a renversé. Il me doit une bière, non ?

- Ouaaaaais ! […] » Eructaient-ils

« [...]Bon (elle me regardait droit dans les yeux, à ce moment-là), alors paie-moi une bière et on est quittes [...] »

Puis, louchant légèrement : « […] C'est quoi ton nom ?

- Paul.

- Ah ! Moi c'est ...

...
...
...
...
...
... je n'ai jamais été capable d'écrire une ligne de plus.

20 ans ont passés, depuis ce petit couplet.

Avant tout ça, j'avais écrit trois livres, dont deux jamais publié, et un sorti, très tard, chez un éditeur distribué chez, quoi... une centaine de libraires ? Autant dire rien. J'étais le virus pour PC raté, celui qui essaie de s'installer dans votre système mais qui ne réussit qu'à faire fleurir des myosotis sur votre fond d'écran.

Après ce petit couplet, j'ai tout laissé tomber. J'avais pas envie d'aller plus loin, d'autant qu'à cet âge là, vous savez... on a autre chose à faire qu'à croire en ses rêves. Non, bien sûr, non, c'est pas la faute du système. C'est juste qu'il faut compter sur le travail, la femme, les enfants, le bien-être - un peu de bière le week-end et les vacances trois fois par an. On peut prendre le risque de se lancer dans une épreuve insensée, pour autant qu'elle ne soit que virtuelle. Donc, quand ils ont lancé leur casque, chez TVD, j'ai sauté sur l'occasion. Je me suis plongé dans ces mondes, ailleurs, les yeux sous les capteurs, et j'ai voyagé tout autour du globe sans avoir quitté mon siège. Je vivais mes rêves d'écrivain, sans... sans plus jamais faire vivre aux autres ce que je rêvais réellement.

C'est là le paradoxe, et je m'en suis rendu compte bien des années plus tard, le nez dans mon vomi.

Bon, l'histoire est complexe, de un parce qu'il ne s'agit pas que de quelques lignes, ni que de quelques mots, mais surtout d'années ; c'est à dire de jours, de mois, de réveils et de couchers, de fatigues et de maladies, de casses-croûtes, de discussions inutiles et chiantes, etc. Il s'agit de ma vie, voilà, je crois que c'est la meilleure manière de le dire - de la dire.

Je n'ai jamais rien fait, en fait, quand j'y pense. Jusqu'à aujourd'hui. Enfin, il semblerait.

J'y viendrai plus tard.

J'ai réussi, à peine à 23 ans, à toucher une rente mensuelle à peu près équivalente au salaire annuel d'un cadre de l'époque. C'était une combine audacieuse et sans risques, sans risques parce que basée sur un système imbécile et légal. On appelait ça la «Paul-y-tique» il y a encore quelques années... ça me fait rire maintenant.

J'ai lu le code légal de long en large, et j'ai trouvé les clés. Je les ai exploitées pendant très longtemps jusqu'à ce que d'autres arrivent à faire de même, et puis il y a eu jurisprudence, et puis je n'ai plus rien touché du tout. Je me souviens très bien du jour où j'ai appris tout ça. C'était en juillet, sous un arbre, j'avais le casque sur les yeux, et le soleil sur la peau - bien que je ne pus pas le sentir. Le vieil ami qui me servait d'avocat, d'agent de caution, de confident et de tout le reste avait lui aussi une Antenne.
Je sentis une légère vibration dans la nuque, tandis que le mot « PAUSE » se superposait d'un coup à la guerre que je menait virtuellement au sein d'un Viêt-Nam plutôt mal reconstitué - dernière édition d'un jeu qui faisait fureur à l'époque. Je n'avais pas travaillé puis plus de dix ans, à part quelques boulots de quelques jours, par-ci, par-là, pour garder la forme... et pour rendre service à des potes.

Le mec m'appelle, je colle la paume sur l'oreille, et tout ce que j'entend c'est :

« On a perdu. Ta combine ne vaut plus rien. Tu ne toucheras plus rien. Une chance qu'ils ne t'aient pas demandé de rembourser tout ce que tu avais. »

... Les jours suivants, j'ai commencé à vraiment flipper. Je n'avais rien foutu depuis plus de vingt ans, et voilà qu'il me faudrait, à 45 ans, à nouveau bosser, à nouveau sortir de chez moi, principalement parce que j'avais réussi à faire coïncider mon rythme de vie quotidien avec des dépenses d'un niveau bien supérieur à la moyenne. J'avais foutu en l'air, chaque mois, l'argent que j'aurais pu économiser pour pourvoir à ce qui, je le savais, arriverait un jour ou l'autre : la fin du succès personnel.

J'ai pensé à bien des choses, puis j'ai finalement décidé qu'il serait probablement de bon ton de tenter de rejoindre à nouveau le fil destiné aux Parques que j'avais au préalable choisi de suivre : celui d'écrivain.

En déterrant quelques cartons au fin fond de mon grenier, je suis retombé sur ces quelques coupures, et, bizarrement, en les lisant, j'ai trouvé qu'elles méritaient tout sauf de n'être pas publiées.

J'eus soudain une haine monstrueuse envers les éditeurs et ceux qui se prévalaient de ce titre.