Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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25 mai 2014

La Boîte du Paul Qui Dort ~|~ Premier Quart-Temps

Il ne reste des rêves que des bribes d'espoir.

Il ne reste des bribes que de vagues sursauts, disloqués dans l'écume, à peine touchant le ciel...

Loin de me perdre, oh ! si loin ; mais pour autant, si près de sombrer, comme si chaque jour n'était que le dernier d'une série, vous savez, comme si vous n'aviez qu'une matinée à vivre, une dernière, avant de voir poindre au loin ce qu'on appelle dans le langage courant la "solitude", froide et matelassée, armée de plomb et prête à hurler à qui veut l'entendre que, oui, vous irez joindre vos mains chaque jour de votre vie à venir, parce que, bon, finalement, c'est tout ce que vous pouviez attendre.

J'ai de ces heures où le soleil se couche, de celles où le soleil se lève, mais celles que j'épouse, ce sont celles où le soleil se tait, fait le tour de ma Terre, et me laisse seul avec Mademoiselle Lune, moi seul et mes Rêves, ralenti dans la lueur âpre et âcre d'une symptomatique asexuée et atténuée, pour toujours, quoiqu'il advienne, utiliser les mots à des fins suicidaires.

Histoire de tuer dans l'oeuf ce qui pourrait devenir dangereux par la suite.

En me relisant, je me demanderais presque si je suis responsable de la chute de mes aventures passées. C'est dur à accepter, mais il se pourrait bien que je sois le pantin qui a chahuté le maître et l'a projeté au-delà des falaises qui bordaient le fleuve, quelque cent mètres plus bas.

Je me souviens, oui, je me souviens : j'avais crié à qui voulait l'entendre que tous étaient coupables.

Mais il n'y avait que moi.

Juste moi.

Pas besoin d'aller chercher plus loin.

Tout est de ma faute.

Je suis ce corbeau révolté qui cherchait Dieu.

Je suis cette sorcière au balai qui croisait de ses mains nos trois ours étourdis.

Je suis Murielle et sa lecture reptilienne des pensées versatiles de notre savant.

Je suis Freud, Job, et Zozoï.

Je suis Paul Tandoin, Paul Sedna, et Gary Vocras.

Je siège dans vos rêves, et j'y vois que la Dopamine y fait sa loi.

***

Je n'ai jamais été révolté, je dois l'admettre. Il faut être très clair avec les Claire : nous, les Paul, nous avons depuis longtemps gravi les plus hautes montagnes surplombant les pôles, que vos narcissiques attentions, nous les comprenons comme des besoins nécessiteux qui dérangent notre altruisme primaire.

Autrement dit : n'y voyez ici qu'une suite de mots.

Si vous souhaitez chercher plus loin, je vous invite à passer outre les quelques étoiles ci-dessous. Vous serez bienvenus.

***

Bonjour à tous, bienvenue.

Nous sommes heureux de vous accueillir au sein du Cercle.

Le Cercle comptait beaucoup de réfractaires jusqu'ici, mais il semblerait que vous soyez, récemment, descendus en masse des Cieux pour nous contempler de vos yeux béats et de vos bouches séantes.

Nous vous prierons donc instamment d'asseoir vos masses filigraneuses sur les sièges invisibles que vous trouverez, par intention projetée à l'avance, chez vous.

Avant toute chose, il sera nécessaire d'aborder le Point A.1.2. : Comme Elle Vient.

Soyons donc assurés que la Reprise n'était avant tout qu'une idée, et que son soliloque n'avait d'autre fin que de perpétuer au final une altercation solennelle. Autrement dit : pardonnons à ceux qui s'en sont fait légions.

Ensuite, il apparaît certain que le manque de sens amènera nos futurs membres à souligner le Point ZUY.ZIUJO : Le Sens.

Messieurs, Mesdames, Il faut saluer le Sens.

Le Sens vient, comme il Veut.

Le Sens est le Cthulhu des Temps Modernes, et arrêtez s'il vous plaît de saluer ce Pantin de Chaplin.

Le Sens est le Dieu, c'est Lui qui dicte vos actes, vos pas, vos pensées, vos répétitions et vos Clichés.

Comprendrez-vous enfin qu'il n'y a rien, jamais rien, qu'il n'y aura rien, qu'il n'a jamais rien eu, au-dessus de vous ?

Comprendrez-vous qu'il n'y a de Dieu que de Moi ?

Ou bien vous tairez-vous ? Ou bien préférerez-vous vous renfrogner et attendre une vingtaine d'années pour que les générations à venir le réalisent et vous enterrent dans... l'Oeuf ?

Saurez-vous réagir ?

Ou bien...

***

Que... que m'arrive-t-il ? Ai-je perdu la dalle ? Où sont les paix ? Et les pédales ? Que font les tantes ?

Ai-je le droit de m'assumer hétérosexuel ? Non, vraiment, si les homosexuels me lisent, ne me condamneront-ils pas au pilori ? Et nos amis musulmans ? Où est ma liberté ? Moi, pauvre gaucher, groupe sanguin AB+, quotient intellectuel en forme, intérêts culturels en dehors des segments, moi la minorité bien plus minoritaire que ces minorités qui s'affichent comme oppressées, moi la minorité qui n'a jamais, mois après mois, demandé à notre Grande Majorité de m'abriter sous son aile, parce que... parce que...

... parce que, moi, Grande Majorité, je n'ai de cesse que de pleurer vos sentiments eunuques poilus, dépourvus de toute éternité, qui me donnent la larme à l'oeil, mais qui n'éveillent chez moi que miséricorde et méandres incongrues.

J'ai pitié pour vous, qui pourriez être parties de notre Grand Pan, mais qui préférez vous Croire Supérieur(e)s.

Je n'ai rien de plus à dire.

Que la panse du Silence vous Accepte en son Encombrement Mineur.

Pitié pour vous, qu'elle le fasse.

Qu'elle vous sauve, peut-être, et qu'elle vous recrache.

Mes longs bras seront toujours ouverts pour vous.

***

Comment ?

Avaient-ils parlé ? Je ne les ai pas entendus.

Oui, plus haut, j'ai lu ce garçon, je me souviens... il parlait d'Amour et d'autres choses, ça me semble loin à force de répétitions... et puis l'Aube qui poind, au loin... le Soleil et mes chéries... quoi ? quoi donc ? m'adressiez-vous la parole ?

***

05.37, cadran nord, désespoir soudain.

A l'heure où je fermerai les yeux, il m'en faudra dix de plus pour les rouvrir. Il sera l'après-midi. Nous n'y serons pas, non, "il sera".

Parce que "je serai l'après-midi". J'y passerai mon dimanche, puis je me coucherai à nouveau, et voilà que j'affronterai, à brûle-pourpoint, le futur lundi de passage.

Quel intérêt...

... quelle vie.

Puissent-ils soutenir nos ardoises obsolètes.

***

Es-tu toujours là ?

Oui ?

Tu existes vraiment ?

Tu as tout lu, ici ?

As-tu lu mes articles, mes nouvelles, mes pensées, où ne penches-tu les yeux sur mes Tomes qu'à la légère ?

Vraiment ?

Tu as passé dix minutes (oui, regarde ta montre) à suivre mes mots désordonnés, et tu ne connais même pas le quart de mes compositions ?

Si tu connaissais Vivaldi, tu n'aurais sûrement pas écouté qu'une seule des Saisons...

Alors je te prierai, avec toute l'humilité et la naïveté que je porte, de reporter ton attention sur ce qui précède, car tu y trouveras la logique qui anime mes vers, qui fait que les verres que tu bois sont certainement plus intéressés que les miens, et, enfin, que l'âme soulignée dans notre histoire commune n'avait que de triomphale l'heure et la date de son départ donné.

Comprenne qui pourra.

Puisse qui comprenne.

A la tienne ; et à la mienne, oh oui !

Tous mes compliments,

A bientôt !

Paul GP. A.
Soliloquiste atermoyant
La Boîte du Paul Qui Dort

***

Non !

Je tiens à ce que jamais ne cesse le rythme désordonné de ta guitare classique, posée contre ton bras et ton épaule, et les notes lancinantes que tu lances comme des sentinelles loquaces et fringantes sur mes pauvres pensées, désertées dès lors que l'orage de la maturité s'était fait maître.

Oh, pitié, fais-moi encore rêver ; emmène-moi ! emmène-moi contre toi, loin des rires et des bruits, près de la mer, notre grande sirène dressée au contraire des arènes, celle que nous avons construit depuis la tendre enfance qui nous abrite et nous sied ; reprends ton souffle, tombe une fois, une de plus, puis relève en ton sein ce lait qui me permettra de tenir jusqu'à l'hiver prochain...

...

..

.

...

...

...

09 mai 2014

"Ne le dis à personne, et personne ne le saura" - Deportivo





Ils m'ont dit plusieurs fois qu'il n'était pas nécessaire d'ouvrir ma gueule.

Ils n'étaient pas supérieurs, ils n'étaient pas mes maîtres, mais ils étaient plus nombreux.

Ils chuchotaient, au-delà des arènes, des sentences de mort que nul autre que moi n'était capable de supporter.

J'en prenais plein les oreilles.

Je ne me suis jamais plaint.

Ces gens-là, vous leur donnez le bras, ils vous prennent l'épaule. Il n'y a rien à faire.

La plupart des gens diront ça :

" J'en ai marre de pardonner, lol. Je ne veux plus vivre tout ça, kikoo. Je souffre trop, le monde est injuste, ça me fait chier de devoir me sakrifiai pour des gens qui n'en valent pas la penne. Je ne veux plus avoir à passer au travers de tout sa, sa me fait trop de mâle. Il est temps que je prenne ma vie en main. "

Vous-même, en les lisant, vous penserez :

" Ces gens-là font tellement de faute qu'ils ont forcément un QI décadent, de ceux qu'ils vaut mieux éviter de fréquenter, sous peine de se retrouver soi-même à forcer comme eux la porte du subconscient pour espérer un jour retrouver les indices d'une trace de soi, perdue, ancienne et délabrée, qu'on jettera au placard parce qu'elle n'aura plus lieu d'être en heure et place de sa découverte. "

Mais qui comprendra réellement que l'un comme l'autre, vous restez au sous-sol d'un bâtiment qui ne s'étend pas seulement à la verticale ?

Et surtout, qui aura le tact de se jeter par l'une des fenêtres ?

Non, je l'avoue, j'ai vécu assez longtemps et compris assez l'espèce humaine pour répondre sans plaisir :

" Personne. "

J'aimerais faire des fautes sur ce mot, là. Mais je ne puis plus en faire. Vous en avez déjà ignoré trop, au-dessus...

Alors, qui est le vrai fautif ?

04 mai 2014

La Clope au Bec #13

Lorsque les troupes citoyennes dépêchées aux Quartiers d'Expérimentation Sécuritaire Nord-Hispanique arrivèrent sur place, elles trouvèrent la prison déserte.

Personne ne fut jamais en mesure d'expliquer comment l'effondrement quasi total du mur nord avait été provoqué. Les experts estimèrent un défaut de construction. Les Journaux du Soir finirent par arriver aux mêmes conclusions. Entre temps, la moitié de la planète avait ri devant ce fait présenté comme si sérieux, mais pourtant absurde. Cela ne pouvait être qu'absurde.

Certains penchèrent pour une attaque terroriste, basée sur l'utilisation de composants explosifs qui n'auraient pas laissé de traces. D'autres en appelèrent à une intervention étatique venue des hauts lieux, censée brimer les foules et noyer la liberté de penser. Le grand Big Brother, le grand Pan était de retour.

Les troupes citoyennes finirent par interpeller, au fil des semaines, les quelques prisonniers qui avaient réussi à se mêler aux habitants des villages bordant la frontière hispano-française. Ils furent envoyés au sein d'autres QES, partout en Union Européo-africaine. La grande majorité des évadés avait trouvé la mort à Bierge, lors d'échanges de tirs. Néanmoins, certains témoignages indiquèrent que deux rescapés de l'assaut avaient fui vers le sud, à bord d'un autoplaneur volé. La semaine suivant la découverte de la prison abandonnée, le gérant d'un hôtel de Bierge indiqua que deux de ses clients avaient également embarqué à bord d'un véhicule, dans la même direction. Il n'avait aucune information concernant les antécédents desdits clients, mais précisa que l'un d'entre eux était en triste état. Il avait de toute évidence tenté de s'interposer entre habitants et prisonniers, sans que cela lui réussisse.

Quelques semaines plus tard, des témoignages diffusés lors de Journaux du Soir confirmèrent que deux autoplaneurs avaient mis le cap vers les QESNH, l'un composé de deux prisonniers, le second de trois hommes, dont un blessé. Malgré toutes les recherches effectuées, on ne trouva jamais trace d'aucun corps aux alentours.


***

Gary ne vit d'abord que les ténèbres. La lueur du jour ne pénétrait pas dans la seconde pièce, comme si les ténèbres étaient ici plus denses. Un carré de lumière dessiné sur le sol, à l'entrée, était le seul repère visuel sur lequel il pouvait encore compter. Il entendait, devant lui, le pas feutré de Paul Desna, à quelques mètres.

" Paul, on n'y voit rien ici. Vous pouvez allumer ? "

La voix de Gary résonna dans la pièce. Un cliquetis étrange lui répondit.

" Crrr... crrr... clclclclcl.

- Paul, vous avez entendu ? Il y a encore des prisonniers ici ? ... Paul ? "

Gary eut soudain le sentiment que le bruit se déplaçait. Il l'entendit d'abord à gauche, puis à droite, puis dans son dos, et eut une furieuse envie de faire demi-tour et d'abandonner Paul Tandoin. Puis la lumière se fit.

La pièce dans laquelle les trois hommes avaient pénétré était composée uniquement de murs en métal. A l'autre extrémité, une seconde porte du même acabit que la précédente était entrouverte. A gauche, un escalier disparaissait à l'étage supérieur. Et à droite, derrière des barreaux en fonte, le même bruit irrégulier faisait frémir Gary :

" Clcl... clclclcl... crrr... crrrrr... "

Paul Desna se tenait juste en face de la cellule, les mains refermées sur les barreaux, et bougeait les lèvres sans émettre aucun son. Il resta dans cette position environ deux minutes, puis se retourna et sourit à Gary :

" C'est bon, vous pouvez vous approcher. N'ayez pas peur, voyons. "

L'avocat posa son client au sol, et se dirigea vers la cellule. L'intérieur était vide, si on omettait des latrines masquées par un rideau de toile, et une table en fer sans pied, incorporée dans le mur nord, sous laquelle était glissée un tabouret. Contre le mur d'en face, un homme était assis, les coudes posés sur les genoux, bras tendus devant lui, et tournait la tête vers Gary. Son visage était noyé dans l'obscurité, mais il était visible qu'il était chauve et maigre. A mesure que sa langue claquait, le même son s'envolait dans l'air :

" Cl... clclclcl...clclclclcl...

- Gary, je vous présente M. Van Hauffen. Rainer, je vous présente Gary... Gary ? "

Gary fut sorti de ses pensées lorsqu'il entendit son prénom. Il releva la tête vers Paul Desna.

" Hein ? Comment ? "

Paul Desna sourit doucement.

" Votre nom, Gary.

- Ah... Vocra. Gary Vocra, avocat, enchanté. Et ce monsieur est mon client : Paul Tandoin. "

Il avait lancé le bras gauche au-dessus de son épaule et désignait du pouce le corps inanimé dans son dos. Ses yeux s'étaient posés sur l'étrange personnage assis dans la prison, et ne le lâchaient pas. Paul Desna émit un petit rire qui ne concordait pas avec son apparence physique.

" M. Van Hauffen est la raison de ma présence ici, Gary. Il m'a contacté hier pour me demander de venir. Nous nous connaissons depuis déjà quelques années... je vous rassure, il n'a rien d'un criminel. Disons qu'il lui est préférable d'être enfermé ici - en tout cas, il lui était jusqu'à maintenant. "

Paul se tourna vers Van Hauffen.

" Rainer... j'ai un service à te demander. L'ami de notre avocat aurait besoin de tes services. Tu crois que tu pourrais ?... "

Ledit Rainer agita doucement la tête à la verticale, et se leva. Puis il s'approcha des barreaux, et Gary aperçut son visage. Son cerveau, face à l'incohérence de ce que lui transmirent ses yeux, n'incorpora tout d'abord pas la réalité à laquelle il était confronté, si bien que Gary resta presque dix secondes sans avoir de réaction anormale. Puis le fait réussit à passer la barrière synaptique de son cortex, et l'avocat fit un bond en arrière en émettant un cri aigu.

L'homme à qui il faisait face avait un troisième oeil sur le front.