Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration

20 décembre 2014

Un dernier

Un dernier, j'y suis obligé.

Tenté au fond de l'âme de réimprimer sur la membrane informatique ma pensée disloquée au naturel ;

Lové comme le rap que j'écoute au fin fond des rêves qui, ces jours-ci, me font trembler ;

Pas de pitié pour les abrutis ; pas de sentences explicites pour ceux qui, comme toi, ne sortent que du lit ;

La douleur est un artefact, la puissance un morceau en brut | la finalité ne se révélera que dans le tissu, pour

autant qu'il soit [...].

Suite au prochain épisode.

La Mauvaise Tête

"Mec...

- Quoi ?

- T'as une mauvaise tête.

- De quoi une mauvaise tête... tu t'es vu toi... hé, jette un oeil sur ta gueule avant de parler fils de pute.

- ...

- Eh ouais, ça te choque gros bâtard, de toute façon, tu vas rien dire.

- Ok copain, je connais ton humour ; ça passe avec moi, ça passera pas avec tout le monde ; pas avec tlm.

- Ben, si je m'étais permis cette blague avec un autre ; enfin, cette : appellation, je serais un type différent je crois bien. J'ai des principes, nan... pas des principes : des valeurs.

- Ouais ! et des valeurs autant que des douleurs ! tu casses comme tu construis ! tout ce que tu peux faire, c'est insulter et persécuter ! pour ne rien faire au final en plus ! juste faire chier les gens !

- Hé ça va poulet, je vais pas te violer dans l'A.N.U.. Dans le cul quoi. J'en ai vu d'autres. Toi itou. C'est quoi ton délire là ?"

Il pose le joint, regarde les poules qui virevoltent dans l'espace, puis :

"Mec..."

Angoisse

Un dernier sursaut abruti, 7:01 sonnent au réveil.

Imprégné de mes rêves, emmêlé au creux de mes songes, je laisse mes cils palpiter, puis mes paupières se lever, et, enfin, le fond de ma pupille se rétracter pour percevoir le gris terne du plafond qui, ne me renvoyant pas mon image, m'y laisse pourtant y penser, puisque, tout comme lui, je suis fixe et immobile.

Me voilà bon pour me lever, et, dans quelques minutes, m'imaginant debout, patraque et ready à pratiquer je-ne-sais quelles positions loufoques ; le temps de verser mes céréales, de retourner la brique de jus d'orange, d'ouvrir un tiroir à gauche, à droite, deux ou trois tours, puis m'asseoir pour enfin tenter d'assimiler ce que je finirai par digérer - si mon estomac le permet.

Mais pour le moment, je ne peux que me retourner sur le côté. Je veux dormir encore. Je profite de la chaleur que j'ai diffusé toute la nuit, je profite de mes draps, les miens, à moi, seul, A MOI, A MOI, A MOI, et du fait d'être enfermé. Je me sens tellement bien que je me rendors presque ; puis il y a ce stupide réflexe qui me fait ouvrir les yeux à nouveau, me jeter sur le côté, en dehors du matelas, pour m'y asseoir, oh ! grand dieu ! quel bordel dans ma tête ! combien de bières ai-je bu hier... ouais, bref.

19:30 - ça y est, maison.

Je me souviens que, dans les rêves, les gens pensent que, tous les soirs, une entité mystérieuse les tire du lit pour les mener vers la gloire, l'argent, le succès, etc., etc..

Ca me fait bien rigoler, quand je sais que toutes ces choses, je les ai à portée de main mais que je suis prêt à y renoncer, pour la simple raison que, justement, elles sont proches. Alors que d'autres crèvent chaque soir de ne pouvoir les approcher.

Vous ne voyez pas ce que je veux dire... there's really no place you can go... j'ai croisé la célébrité, l'amour, la gloire, la richesse ; j'ai vu les pêchés et les lovés aujourd'hui ; j'ai vu les Vines et les Instagrams ; j'ai croisé du regard toutes les nouvelles applications pour téléphone que vous utiliserez dans dix mois ; j'ai embrassé votre amant de l'année prochaine, parlé à votre futur DRH, probablement couché avec celle qui vous donnera des enfants, et, épuisé, je suis rentré chez moi.

Et, après tout ça, vous cherchez encore ce que je côtoie...

... vous devriez vous sentir abrutis, franchement.

#4 Intermède - RISK ET P&RIL

Oui... nous savons exactement ce que cela fait d'être face à la femme de vos rêves, sans pouvoir lui avouer vos sentiments. Cette retenue, ce bon sens, ces bonnes - ahem ! - manières, nous les avons testées ; nous savons ce que cela fait de se sentir mis à l'écart, rejeté, tenu pour compte, en arrière, à l'improviste.

Pour ces raisons, et pour toutes celles que nous n'avons pas sus-citées, nous avons jugé bon d'envoyer l'un de nos spécialistes de l'Autre Côté. Pour qu'il puisse, peut-être, voire sûrement - enfin - nous ramener une quelc'"once" de vérité sur comment dire aux femmes qu'on les aime sans qu'elles pensent qu'on ne veut que les baiser.

(même si on apprécierait ça aussi)


~~~~~~

# CHRONIQUES D'UN MALE... non ! CHRONIQUES D'UN JOURNALISTE SOLITAIRE #
           la réalité mise à mal donne la raie alitée qui mise pour un mâle*

~~~~~~


          Salut...

          Oui, j'ai rêvé de toi hier... je t'ai vue dans mes rêves en me levant ce matin ; tu étais présente au travers de la brume qui finissait d'obscurcir les trempes de la nuit. Tu disais... tu disais... ou bien... était-ce moi qui disait... qui répétait... indéfiniment... ces mots...

           Chérie,

          Je t'ai aimée dès que je t'ai vue.

          Je ne saurai jamais comment expliquer tout ça.

          D'ailleurs, je n'aurai jamais les mots pour : chacun de mes Verbes sera mensonge : tout Amour n'a aucun Prix, ton Amour n'a aucun Son.

           Amour, je te mentirai cent fois, voire plus. Je ne te négligerai pas, mais je te laisserai sûrement de côté. Amour, je ne serai pas toujours là.

          Il y aura entre nous des dizaines de barrages, bien avant que nos yeux ne se croisent, et encore plus après, mais ils ne seront que châteaux de sables sous mes pieds. Il y aura de nombreux abrutis, mais ils crèveront derrière leurs meurtrières, persuadés de détenir le bon sens au sein de leur matière grise, qui en est pourtant dénuée ; et de capacité d'aimer, et, huit fois, tu tenteras de te jeter parmi eux pour me tuer, et, huit fois, je les combattrai, et, huit fois, tu projetteras ton corps dans le passé pour rejeter tes démons dans les entrailles qui leur donnèrent vie.

          Amour, tu ne m'as jamais compris, parce que je suis un homme, mais tu ne m'as surtout jamais compris parce que tu n'as jamais réellement pris le temps de me connaître, pris le temps de discuter avec mes pairs, pris le temps de discuter avec moi, tout court.

          Amour, tu t'es toujours demandé pourquoi je t'aimais, alors que rien ne t'était promis.

          Amour, je t'aime, c'est tout.

          Il n'y a rien à ajouter, that's all, je t'aime parce que c'est un fait, parce que, au ras du sol, nous ne sommes que des ombres persiflantes, violentes - voire violées - stupides et persistantes, toutes lovées et dégoûtées, comme les cordes que nos pères jetèrent au sommet des monts qu'aucun de nos ancêtres n'avait frôlé avant nous.

          Amour, notre Père, au Cieux, fera de moi un croyant, si tu es capable de me prouver que la RELIGION est une relique dont nous pouvons nous passer ; dont nous pouvons nous passer, mais qu'il nous faut citer, car elle contribue au...

          ...

          ...

          ... Amour... je me perds... je te reverrai...


          Fin du reportage 


* à ne pas prendre négativement

06 décembre 2014

#3 Intermède - LA SOIF DU SOMMEIL

        Les bières palpitent. Le plexi du frigo tremble sous les à-coups répétitifs. Le soleil dessine un carré lunaire sur la coque blanche du réfrigérateur. Carré, parce que la forme. Lunaire, parce que voilà que le jour s'immisce en pleine nuit sans raison aucune. Précisions, parce que l'écrivain, aussi naïf soit-il, sait toujours que les mots et leurs portées ont une valeur.

        Le mec avance, l'ouvre, en extirpe l'une des bouteilles. Il dormait. Il s'en fout bien de savoir pourquoi tout ce boucan. Il tient la bière dans sa main, regarde ses doigts qui ondulent bêtement au rythme des vibrations asymptomatiques qui régulent le comportement physique de cette bouteille dans l'espace, la repose sur une table, attend de voir si elle bougera à nouveau.

Elle bouge, elle vibre, se trémousse presque sous ses yeux. Panique. Fantôme. Esprit. Quart-monde qui intervient entre le Tiers et lui, pour le prévenir que, voilà, ça y est, il est devenu un Dieu sur Terre censé guider l'Homme vers un lieu de paix.

Il se réveille.

Se souvient qu'il a trop bu.

Se lève, se dirige vers le réfrigérateur, pour en sortir un jus de pomme. Il lui faut quelques nutriments. Il sait qu'il se sentira mieux après, bien qu'il ait à dépasser ces obstacles : la porte, la deuxième porte, puis celle du frigo, sans compter les interrupteurs qu'il aura à allumer sur le chemin.

Le réfrigérateur tremble. Il fait un bruit léger en heurtant le plancher. Lui a soudain peur. Attends... il vient de le rêver... quoi ? ce n'est pas normal ; ce n'est pas censé arriver ; ce n'est pas censé être possible. QUOI ?

Il hurle.

Elle accourt.

A l'autre bout du monde, il se réveille.

Il est soudain pris par une certaine déprime : il n'a pas trouvé l'amour.

.Le réfrigérateur tremble toujours.

Elle le sert dans ses bras.

Il grelotte dans son lit.

Il se remet à peine de ce qu'il vient de voir.

L'amour transite et se perd.

Sur la ligne d'un inconnu, un SMS envoyé par 22899 dit :

" REMISE EXCEPTIONNELLES SUR LES DESSOUS DE TABLE JUSQU'AU 29.23 !! PROFITEZ-EN !! ENVOYEZ "TABLE" AU 028349."

Le monde entame un nouveau tour.

Comment la défection d'un empire autoproclamé était automatiquement annoncée

On posera comme postulat de base : l'empire tente d'asservir une majorité de ses sujets, à la demande d'un seul gouvernant, dans le but d'adjoindre les réfractaires à sa cause,  par la force morale ou par la manipulation ; voire par le biais de la manifestation d'une entité violente qui régente un territoire.

I. révolte soi-disant non-dite

         "Mon cher monsieur, bonjour.
        - Bonjour.
       - Mon cher Robert m'a dit hier que votre femme portait un enfant.
       - C'est bien le cas.
       - Toutes mes félicitations. Vous serez, je le crois, et malgré votre position au Sénat, un bon père.
       - ..."

II. révolte prolétarienne

       "J'ai appris aujourd'hui que Roger avait été obligé de créer un texte de lui-même pour contenter le Leader.
       - Un texte... c'est vite dit, il n'a eu à taper que quelques lignes, qu'il a par ailleurs empruntées, inconsciemment, à Rojohnson, qui avait, lors de la fête de fin d'année dernière, imaginé un dialogue entre un homme et un autre, qui devait devenir père. 
       - Emprunté, emprunté... reste calme gros bâtard, ou je te pète deux dents et je te casse le cul."

III. révolte raisonnée

       "Où as-tu posé les clefs ?
       - Jean-Jacques, il est 22h, je vais me coucher."

IV. révolte déliquescente

       "Gnéééééé..."
       ...
       "Gnéééééé..."
       ...
        "Gnéééééé..."
       ...
       "Gnéééééé..."
       ...
       "Mec...
       - Hm... ouais, j'ai vu.
       - Il est complètement camé...
       - Donne-lui sa dose, ça va le calmer.
       - Je trouve pas la pile, je sais qu'hier elle était là sur le pl*putain il est où le pétard entamé ?!* er... j'en sais rien ! gueule pas comme ça tu vas le faire flipper ! t'es co*c'est bon je l'ai !'* ou quoi ?!"
        - File-lui alors !
       - CA VA JE GER...[...]"

REVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTEREVOLTE

 

La Métaphore du Clochard #6

Les portes s'ouvrent silencieusement, dans un fuitement à peine audible.

Ranny plonge ses yeux dans les miens.

"C'est quoi "fuitement", Inouf ?

- Fuitement, ça veut dire "son d'un coulissement : fermeture ou ouverture d'une porte mécanique qui, parvenant à coordonner son mouvement avec l'air alentour, parvient non pas à déranger l'usager qui traversera ladite porte, mais bien à lui procurer mille et un plaisirs, notamment grâce aux réminiscences semblables à des ronronnements que cela éveille chez lui."

Ranny croise les bras, n'est pas satisfaite.

"Qu'y a-t-il, ma chère dame ?

- Inouf, tu es un beau prélat, mais un fieffé menteur. Un fuitement n'est qu'une fuite de l'air, trop contrarié pour rester en place. Tu as les bons mots, mais le mauvais agencement. Cela ne convient plus."

Je regarde Ranny, immobile, insolente, sur le sol, les os des jambes désossés, et la tête pleine de ce sang, qui coule en partie sur la chaussée.

Je regarde ce beau jeune homme, bien trop jeune pour en être un, d'ailleurs, accourir auprès d'elle, et ses dires dispensés, comme les soliloques d'un abbé-curé soûl au sein d'une chapelle.


CHAPITRE 2 - MAIS FACE A LUI, 
JE TENDS A MANGER PLUS QUE DE RAISON


              Ca y est. Le Phénomène, le Tarot, la follitude en son être même présent en cet instant, franchit les portes du Tout Paris. La Dwane - comprenez "douane" - nous a laissées passer ; enfin : nous a "laissés" passer, car, oui, nous avons un NOME parmi nous : un HOMME, comme vous l'appelez, vous, intellectuel. J'embrasse Emeline, ma langue s'introduit subtilement dans sa bouche, je sens une rétractation musculaire, ça me donne du plaisir. Mes réticules oculaires, qui effectuent l'équivalent d'un 180°, cernent le pauvre gars, qui a eu la bêtise de nous suivre. Et l'amour, aussi, parce qu'il, ne nous comprenant pas, fait l'effort de ne pas chercher à le faire. C'est ce qu'elle aime chez lui. Moi ce que j'aime, chez lui, c'est... ... ... c'est lui."


                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 24 H #

               Laura a ouvert les yeux.

Enfin, c'est moi, en réalité, qui a fait l'effort. J'ai reconnu son reflet, moins que sa présence, puis j'ai senti que mon crâne présentait à mes orbites l'aura de ma chère amie, déformée par ce que mon sang trahissait ; c'est à dire les restes de sociodose qui parsemaient mon âme et transgressaient mon esprit. Mais voilà, l'heure approche, et, si je sais qu'elle n'est près de moi que pour me protéger, je suis bien sûr qu'elle ne me demandera que me de lever, car l'heure, l'heure, l'heure, tourne, et approche, et il me faut me lever.

Mes abdominaux - inexistants, d'après moi - se convulsent, je me redresse.

"Laura... combien de tem...

- Combien de temps tu as avant d'y aller ?"

Elle se lève du lit, attache son bandeau dans ses cheveux, une épingle à nourrice dans la bouche alors que les reflets du soleil lui embrassent les joues :

"Cinq minutes. Elles sont toutes en bas avec leur valise. J'ai voulu retarder au max. Je me disais que plus tard tu serais debout, moins tu aurais de chance de vomir sur l'hôtesse. Allez, debout mec, j'attends devant la chambre."

Laura sort. Mes oreilles réceptionnent des sons venus d'outre-tombe. Dans mon champ de vision, je perçois des rats, quelques colibris, au travers des vitres, un, ou deux, peut-être, mille-pattes géants sur les murs, environ dix centimètres, une chauve-souris volète de droite à gauche, des dizaines de cloportes gigotent sur le parquet, tendant presque à s'effacer lorsque mes pieds se posent sur le bois froid, tout prêt de mon caleçon bleu et blanc, celui que m'a offert ma mère il y a presque dix ans.

Les murs se distendent, se froissent, remontent sur eux-mêmes vers le Nord, puis s'affalent. J'enfile mes chaussettes, avec peine, j'arrive à cerner, dans mon coeur d'intention, mes chaussures. Mon cerveau dit : coeur d'intention ? Kézako ? et ma logique répond : coeur d'intention : ce que je perçois autour de moi qui m'est nécessaire dans la poursuite de l'action proche ; coeur d'intention : les choses à venir, telles qu'elles s'agencent et qu'elles me servent ; coeur d'intention : les intentions qu'ont mon coeur et que je ne devrais, en théorie, normalement, pas être amené à expliquer...

                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 24 H #

               "Bastien me fait badder, meuf."

Emeline ne détache pas les yeux de ma valise. Ouais, ça va, pète un coup ma fille, ça ira mieux, tu me fais quoi comme coup, là ? 

                "T'es pas censée gérer la danse, poupée ? que je lui réponds. T'es pas censée passer la barrière du Tout-Paris ? Je croyais que tu voulais t'amuser ? Qu'est-ce que tu t'en fous de lui ? T'as le Phénomène à tes pattes, calme-toi. De toute façon tu le connais aussi bien que moi : il est clean. C'est pas un de ces hétéros à couilles pleines, ni une tante affable, ni un intellectuel abruti. Tu le connais comme je le connais : Bastien, c'est un mec. Il vient avec nous. On a besoin de sortir de là, on y va ensemble, le Phénomène."
 
Je me rappelle la première fois que je l'ai connu, au sein de cette boîte de nuit perdue au coeur des quartiers corrompus de l'îlot factice bâti sur les flots qui longeaient l'Angleterre : c'était un amas créé par l'Homme et les machines, dont on faisait le tour en une heure, à pied, facilement, mais qui contenait en son sein assez de sociodose pour noyer tout innocent dans des émulsions romanesques et abruptes - qui pouvait mener tout génie de la logique sociale vers les abysses cthulhuiennes : tout censé vers la démence.

               Emeline me caressait délicatement le con avec ses doigts refroidis par le vent de la Manche, qui n'omet ni de geler les corps, ni de délester, sur les plages vides du monde, en cette année 2075, l'écume chargée de déchets remontés des courants marins et les sulfites nécessaires à la régénération de l'humanité - comme l'annoncèrent par ailleurs les Preuves de Dieu, ce mouvement sectaire en charge de remplacer les Témoins de... de... comment dit-on, déjà ? enfin, ceux qui toquaient aux portes de nos grands-parents, dans le temps ; bref ! mon vagin commençait à communiquer avec la sphère orgasmique de mon être plus avant, lorsque nous le vîmes. Bastien.

                C'était un être absent et abruti qui courait nu sur le sable, soulevant le sable de ses orteils, tandis que son sexe, mou comme la barre de chocolat qui fond en été, se soulevait et retombait en absurdes soubresauts. Emeline releva la tête, me regarda avec des yeux ronds, signe qu'elle ne comprenait clairement pas ce qui se passait, dans l'espace/temps présent, autour d'elle.

*****

                Ici, Inouf doit intervenir : il y a bien trop de faits incompréhensibles pour vous, que vous ne comprenez plus rien. Inouf, narrateur compréhensif et responsable - dans la mesure de ses capacités - va vous remettre les pendules à l'heure, puis retournera agencer la cohérence séquentielle de l'humanoïde qui gère le massage cardiaque qui permet de maintenir Mlle Ranny en vie.

                1. en 2075, l'Humanité a vu bon nombre de nouvelles créations naître : 

                               - l'isodon, un matériau équivalent au pétrole, qui s'avère en réalité être une pile qui dépasse toutes celles dites "atomiques", et qui permet la création : 

                                              a. des voitures volantes ; 
                                              b. de la PI, ou Ange Gardien, puce intégrée dans le crâne, qui crée la symbiose entre l'Homme et la machine ; 
                                              c. de réseaux dits "de déplacement à grande vitesse", qui permettent à l'Homme d'aller "plus vite, ou qu'il soit", en utilisant la "Slim", ou "ON" ; noms donnés à cette route de métal qui, comme les ESKALATHORS du passé, avance toute seul, et évite ainsi d'avoir à marcher.

 
                2. le monde a subi plusieurs évolutions, puisque :

                                - l'Union Post-Européenne est, en 2075, composée de la totalité du continent Européen, de l'Afrique dans sa globalité, et de la partie nord de l'Australie. Le Japon reste indépendant ; les Etats-Unis sont en proie à une guérilla civile sans précédent qui amène, par ailleurs, à la création d'une armée financée par l'UPE (Union Post-Européenne, dixit), qui y a été envoyée en 2072 pour rétablir la paix - rien n'est encore acquis là-bas.


                 3. depuis une quinzaine d'années, ce que les patriotes appellent "le Pays", et que les autres considèrent comme la "France" est devenu le leader mondial dans tous les domaines. C'est au coeur du Pays que se jouent les travestissements politiques qui impactent le Monde dans son ensemble, et c'est là que les leaders de tous âges tentent de se créer une nouvelle jeunesse en passant les barrières du "Tout-Paris".
           
                 Le Tout-Paris est dressé près de Marne-la-Vallée, sur les ruines de l'ancien parc d'attraction dit "Disneyland", détruit entretemps par une armée de communistes, lors des Révoltes Sociétales de 2046, après l'éclosion, au grand jour, du Complot Territorial - nous y reviendrons - qui valut notamment au président de l'époque d'être assassiné, ressuscité en tant que machine, torturé, puis tué à nouveau.

                Inouf n'a pas de parti pris à prendre : Inouf est le narrateur. Mais peut-être que l'un de nos - vos - personnages se permettra de hausser le ton, plus tard, et de vous expliquer en long et en large de quoi il s'agit, réellement.

                 Toujours est-il que ce Tout-Paris est le seul endroit en France, en Europe, dans le Monde, où il fait encore bon vivre : on y trouve bon nombre d'attractions, d'alcools, de drogues, de femmes et d'hommes nus, de déliquescences royales et de délits subliminaux, et le tout pour des tarifs établis bien en-deçà de ce que le commun des mortels consommait il y a quarante ans. Le Tout-Paris est le Disneyland des temps modernes. ... puisque, de toute façon, il n'y a aucune concurrence en ce qui concerne le divertissement. Les autres établissements politiques n'essaient que de survivre, et leurs dirigeants, sous la coupe parisienne, prient chaque jour pour que leur peuple ne les renverse pas.


                 Aujourd'hui, si vous préférez que Inouf soit plus clair, le Tout-Paris est la poche de résistance de l'humanité. Le monde se meurt, le monde se détruit, et le LOISIR, comme la Madone l'appelait, le LOISIR, n'est plus qu'une construction imaginaire.