Le soleil se lève doucement, une lueur fine qui glisse sur le pavé et réveille les cloportes. Il sont immobiles, parfois se déplacent. On les voit dans les cavités, une patte puis les autres, et hop ! disparus. L'un d'eux se faufile furtivement en transportant son corps comme une queue de pie, un vague sourire sombre égaré puis ; pof ! il n'est plus là. Sur les briques des pavés, on distingue de nombreuses ombres, et puis plus rien. Le soleil se lève tranquillement, emplit le monde de douceur, noie les toiles dans sa lueur, les araignées dans leurs malheurs, alors qu'elles finissent tout juste d'étouffer les moucherons au coeur de leurs filets de soie ; et puis, paf ! plus de nuit. La lueur trace des cadres lumineux au coin des murs, va jusqu'à débusquer le noir dans ses recoins les plus infâmes, et les rues de Provence se réveillent. On entend le cahin-caha des insectes du soir, silencieux jusqu'au milieu du jour même, qui bousculent et bruissent, comme si les buscs de leurs fusils n'étaient plus en état de marche. On ressent la présence des félins du jour, miniatures et insolubles dans la lumière, indestructibles, invisibles et indivisibles, qui se mêlent au pépiement des oiseaux pour ramener le jour.
Quelques bruits de pas, et leur écho, qui transite au travers de la petite rue voûtée sur elle-même, entre toutes ces maisons, petites maisons de boue et de sang, quelques bruits de pas et la forme familière qui apparaît, tapotant du pied sur le pavé alors qu'elle descend vers la mer, et, au coin de la rue, elle se jette dans les rayons sanguinolents du soleil, elle apparaît de face. L'Homme rajuste son béret, crache sur le sol, siffle quelques notes d'un air improvisé, s'appuie contre un mur quelques secondes, lève les yeux vers le ciel, et promène sa main sur la construction. Un cloporte remonte lentement, péniblement, de ses mille pattes, et enjambe le pouce, puis l'index, le majeur. Ca gratouille, ça chatouille, ça fait du bien. Il lance son autre main contre son visage, se frotte doucement la joue, se gratte à la base du nez, tourne la tête : la bestiole continue son bête de chemin vers le sommet, sans même sembler le voir. Puis, soudain, le cloporte se fige. Ses antennes bariolent au gré du vent, semblent capter des ondes extra-terrestres - ou peut-être le goût de bruyère qui se dégage de l'épiderme ; on dirait presque qu'il veut goûter, pour de vrai, voir à quoi ça ressemble de la peau d'humain. On ne sait pas si, d'ici, il peut sentir quelque chose. Puis il repart, il remonte jusqu'à l'auriculaire, et poursuit sa route sur le mur saumon, uniforme, insensible, indolore, invisible, invincible, effrité.
Quelques centimètres plus bas, dans une rainure, l'araignée maudit l'humain pour cette proie bêtement ratée.
Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration
24 février 2015
Appellation courante de la folie
Une vague lueur m'emporte,
Et je ploie.
Une vague lueur.
Une vague lueur m'emporte,
Et ma voie.
Une vague lueur.
Les fardeaux se fardent, les uns après les autres.
Il y a eu le renouveau, l'envie de croire à autre chose.
Mais tout se ressemble.
Et je ploie.
Une vague lueur.
Une vague lueur m'emporte,
Et ma voie.
Une vague lueur.
Les fardeaux se fardent, les uns après les autres.
Il y a eu le renouveau, l'envie de croire à autre chose.
Mais tout se ressemble.
***
"Bonjour.
- Bonjour.
- Vous connaissez la rue Saint-Germain.
- Vous connaissez la rue Saint-Germain.
- Non.
- Ce n'est pas une question : vous connaissez la rue Saint-Germain. Vous savez comment l'on s'y rend d'ici.
- Je ne connais ni la rue Saint-Germain, ni cette ville. Vous devez vous tromper.
- Passez-moi votre briquet.
- Ce n'est pas une question : vous connaissez la rue Saint-Germain. Vous savez comment l'on s'y rend d'ici.
- Je ne connais ni la rue Saint-Germain, ni cette ville. Vous devez vous tromper.
- Passez-moi votre briquet.
- Je ne fume pas.
- Passez-moi une cigarette.
- Je n'ai pas de briquet.
- Donnez-moi le vôtre, de sobriquet.
- Passez-moi une cigarette.
- Je n'ai pas de briquet.
- Donnez-moi le vôtre, de sobriquet.
- Paul.
- Et la rue Saint-Germain, elle est si près de Paul que les deux se touchent.
- Et la rue Saint-Germain, elle est si près de Paul que les deux se touchent.
- Je ne suis pas une rue.
- Mais pourtant vous la connaissez.
- Je vous demande pardon.
- La rue Paul, vous la connaissez.
- Je ne vous demande pas vraiment pardon, ce ne sont pas des excuses : je vous demande pardon, mais ce n'est pas une question.
- Mais pourtant vous la connaissez.
- Je vous demande pardon.
- La rue Paul, vous la connaissez.
- Je ne vous demande pas vraiment pardon, ce ne sont pas des excuses : je vous demande pardon, mais ce n'est pas une question.
- Passez-moi une cigarette.
- Prenez à gauche, deux fois à droite, et puis tout droit.
- Prenez à gauche, deux fois à droite, et puis tout droit.
- Merci."
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