Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
Historique : 28 mai 2012, 8 novembre 2015 - "Embarcadères, débarcadères" | 8 novembre 2015, 2 août 2016 - "Histoires de Filles" | 30 août 2016, 29 janvier 2017 - "Qui suis-je ?" | 16 septembre 2017, 27 juin 2018 - "Renaissance" | 27 juin 2018 : Restructuration

28 juillet 2018

Je vois le Futur

J'ai un don : je vois le futur. Je ne suis pas le seul, on dirait que nous sommes beaucoup.

Je vois ta chanson arriver, je vois le feu rouge au croisement et la voiture qui se plante de manière misérable. Je ne suis pas devin.

Je ne suis pas l'un de ces communicants de merde. Ceux qui te jugent et te jaugent, enfin, qui prétendent le faire. Puis, qui, une fois leur journée terminée, rentrent chez eux et s'endorment en attendant la suivante. Non, plutôt crever que juste visualiser l'étendue désespérée du champ d'un mètre carré qui représente votre conscience.

Vous vous pensez savants, vous donnez votre avis non comme vôtre, mais comme bon, mais, moi...

... moi, à côté de vous, sous mes allures de débile, je traîne un pâté de maison.

Donc, je disais : j'ai un don, je vois le futur. Je sais ce qui va arriver.

Toi, tu ne sais que comment t'habiller, comment écrire "#metoo", tu ne sais que te faire couper la barbe et te saper. Tu crois que je t'en veux, que je suis aigri, que je suis gros, moche, abruti et lent ? Oh, non.

Je te regarde.

Ca fait des années que je suis sur Terre, que je t'observe.

Tu sais ce qui est drôle ? C'est que tu n'as aucun libre arbitre. Tu suis, tu fuis, tu te crois meilleur, tu penses meilleur, tu es persuadé(e) que tu vaux mieux que moi.

Et tu reçois mes messages, tu penses les analyser, derrière toute ton affaire, tu es sûr d'être en mesure de me mettre à mal. Sûre ?

As-tu déjà réfléchi ? As-tu déjà été toi ? TOI, ce vague concept qui t'échappe, tout communicant que tu es. Sais-tu qui tu es ? Sais-tu, tout juste ? Tu parles, beaucoup, et tu ne mens qu'à une seule personne : TOI.

Je te laisse avec un vieux dicton que je viens d'inventer (oui, tu diras que je suis orgueilleux, ça te fera du bien, laisse-toi couler au milieu des égos):


"Seul, reste seule la conscience d'être, et si je ne l'aime pas, alors c'est que je deviens quelque chose d'autre."


10 juillet 2018

L'Homme du Bar

"Je vais en reprendre deux.

- 20€.

- Si'vou'plé.

- Merci. Voilà votre monnaie."

"Je vais en reprendre deux.

- 20€.

- Siouplé.

- Merci. Voici votre monnaie."

"Je vais en reprendre deux.

- 20€.

- Siplé.

- Merci. Voilà votre monnaie."

La pièce tombe, retombe sur le bout de la semelle de la chaussure, vient se fourrer au coeur d'une cavité inexplorée, presque sous le zinc. L'homme se baisse, se cogne la tête contre le comptoir, se frotte le crâne, baisse à nouveau la tête en pliant les genoux, sort son téléphone et allume le sol, inconscient de la douleur qui lui fera repenser, demain, à ses gestes hébétés.

Il voit des mégots, des bouts de papiers, mais rien qui ne luise pour de vrai, rien qui ne lui rappelle cette chose qu'on appelle argent, qu'il croit avoir perdu - qu'il a perdu.

L'Homme se redresse, essaie de faire bonne figure, s'adosse au bar, regarde l'Homme du Bar et lui dit :

"Je vais en reprendre deux."

***

Vous savez, je ne suis pas serveur, pas servant, ni porteur de normes qui feraient de moi un hydro-alcoolique. Pour autant, je suis, et resterai, un fier battant et un fiévreux noctambule, capable de penser et de me figurer des idées au-delà de toute vérité pré-établie. Je ne suis pas fier de ce que je fais, je ne me bats pas pour ma propre personnalité ; je suis autre chose. Un "produit", diraient certains ; moi je dis : un Homme.

Donnez-moi un bar, que je ne vous resserve pas.