Si j'ai la réponse, c'est parce que je l'ai cherché,
A toujours vouloir poser des questions sans sens.
Si je sais à quel saint me fier, ce n'est pas parce que je les ai tous essayés, mais parce que je les ai tous vus.
Il n'y a là rien de plus qu'une logique. Je pense que vous êtes dans le même cas.
D'où vient la question "à quoi se vouer" ? Comment je vois ça, moi ?
Je la vois comme une question, là encore, logique. Si je me demande à quoi me vouer, c'est :
1. que j'ai déjà douté de moi,
2. que j'ai peur que cela arrive, que je prend les devants quant au futur,
3. par curiosité.
On peut donc se fier à soi, aux autres, à un autre, à quelque chose d'autre, au Tout - disons ça comme ça. Ou à une partie de ces choses.
Par corrélation, je peux ne pas me fier à moi, aux autres, à un autre, à quelque chose d'autre, au Tout ; et, ou, à une partie de ces choses.
Je peux aussi choisir de ne pas me vouer du tout, de ne croire en rien. Ces gens-là existent ? Faites-moi signe : personne ne croit en rien. Donc tout le monde croit.
Si tout le monde croît - vous remarquerez l'accent - c'est grâce (là, pas besoin) aux croyances. Je grandis parce que je crois. C'est là ma force : presque mon essence même, parce que ne pas croire m'amène à être mort... mais alors, il faudrait se poser des questions similaires par rapport à la mort, et on n'aurait jamais fini.
Pour revenir à nos croyances, à qui, à quoi, en qui, en quoi, donc, croire ?
...
Hm, vous m'arrêterez, mais "croire" ne colle plus à cet article. "Croire", c'est du conte de fée, de l'enfantin, du joyeux, du romanesque. Stop : de un, nous savons tous les deux que tu ne crois plus ou presque plus à tout ce royaume illusoire qui te rendait heureux ; de deux, tu détestes qu'on te sermonne, à coup de citations à la Ben, de "crois en tes rêves", "la vie, quand on la rêve, c'est le pied", ou "croire pour exister". Non, on a dépassé le seuil du mielleux, du gras, du mou, de la bêtise dite amoureuse, ramenée à ses aspects les plus sommaires - non pas langoureux, mais lourds, écrasés, branques, tièdes ; cette vague de romantisme qui submerge le présent quand l'inconscient collectif est en mal d'aimer (et surtout d'être aimé), qui agresse les individus pour tenter de leur inculquer une logique culturelle qui devrait animer l'expression des sentiments. En somme, les belles phrases d'enfant, on en a plein le cul. Réveille-toi ! plus personne ne veut de ces refrains-là, qu'on se serait cru dans Emilie Jolie. Tu comprends tout ça ?
Bon. Alors, tu crois au moins en l'amour.
C'est déjà ça, quelle que soit la manière dont tu y crois. Ca signifie que tu veux croire, et c'est le bon début (c'est le seul, je pense).
Mais tu peux très bien aussi croire en tes rêves d'enfant, tes projets d'adulte, croire en toi au présent, ou croire en un Dieu ou en des amis. Croire en des objets. Des animaux. Des idées. Surtout des idées.
Le problème avec les idées, c'est que, comme tout le reste, on ne voit pas quand elle arrive. Et, à l'inverse de tout le reste, on ne sait pas quand elles sont passées, ou à quel point elles peuvent brûler. Parfois, on le perçoit, de loin : une idée trop ostensible, une idée trop extrémiste : on zappe.
Parfois, le coeur se mêle à l'idée ; on appelle ça l'émotion. Et l'émotion fausse l'idée, telle qu'est conçue par le cerveau, au départ. Pourquoi ? Parce qu'elle s'y mêle ; elle se mélange avec elle. Tout devient plus flou, tout l'a toujours été. Le coeur parle. Il protège, d'un côté.
Il protège des mauvaises idées, des mauvais engouements, des mauvaises ondes. Mais que se passe-t-il quand le coeur lui-même ne perçoit plus son propre flot, trop occupé à parler avec la tête ?
Simplement : tu n'écoutes plus, tu écoutes à moitié, tu mélanges ce qu'on te dit, tu l'interprètes, et tu ne prends plus le temps de chercher, derrière la personne que tu as en face de toi, ce qu'il y a de faux, de caché, de menti, de secret.
Tu penses trop à toi ; et non pas à toi, mais aux idées qui te viennent.
Je n'ai jamais compris comment tu faisais pour avoir instantanément des idées en tête, quelque chose à dire, ou une compréhension totale de ce qu'il te fallait faire. Moi je pense : ça veut dire que je réfléchis, j'agence, j'extrais, je comprends, je lis et j'essaie de trouver. Le temps de faire tout ça, tu as déjà dix phrases d'avance. Je ne te suis plus ; ma tête est un puits.
Bon, alors, je t'écoute parler, et je me demande : De qui parle-t-il ? En quel nom ? Parle-t-il de lui ? De quelqu'un d'autre ? Ses gestes, sa posture, sa logique ? Tout ça a du sens : lequel ? Qui est la personne qui se cache derrière cette image que j'ai en face de moi ?
C'est comme ça que j'ai trouvé la Réponse.
Toi et moi parlons au nom de courants : ceux que nous avons traversés depuis notre enfance, ceux que nous imaginons avoir à traverser, les courants de pensées que nous recevons au jour le jour, celui qui nous porte, celui que nous sommes, et enfin celui que nous représentons en face d'un autre.
Nos idées nous sont inoculées à chaque seconde. Par le corps, l'environnement, mais pas seulement.
L'idée s'échange par la parole, l'on dira. Mais quel est l'impact d'une rencontre réelle sur moi ? Je vois, je sens, je perçois d'autres choses ; j'apprends, sans vraiment le savoir. La parole, la discussion, ne sont là que pour masquer ce travail.
A quoi me vouer ?
A moi-même, uniquement ? Puisque je prends soin de moi sans le savoir, je n'ai d'autre choix que de me faire confiance ?
Oui ; et non. Parce qu'il y a autre chose.
Quiconque écoute, regarde bien, le sait. Il y a une logique qui s'exprime, au-dessus du seul individu, qui régule l'Univers, d'une certaine manière. Que ce soit chaotique ou non, peu importe le terme : il y aurait quelque chose. Alors, quelque chose qui attend ?
Et voilà pourquoi nous courons, et pourquoi moi je nous regarde courir, en me demandant sans cesse : Comment font-ils pour que ça ait l'air si naturel ?
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