Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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23 janvier 2016

VII. En tête à tête avec la lune

Que dire ?

Que dire quand je respire de toi ? quand tes yeux et notre souvenir remontent en ligne droite jusqu'au creux de mon coeur ? qui suis-je quand tu n'es pas là ? qui suis-je quand la face verte de ton âme me laisse, abruti, brute sanguinaire, travestie et désossée au coeur du parterre dangereux de la vieillesse sourde et mélancolique ?

Un beau-frère respire à mes côtés, sa respiration violente me brise le coeur et l'esprit... ah, oui ! encore le coeur ; toujours le coeur ! je ne suis qu'une femme, je n'ai pas voulu ça. Ai-je seulement eu le choix ?

Qui aimer ?

Qui aimer quand tu n'es plus là ? quand nos charniers incendiaires s'éteignent en cendres voluptueuses, que ton esprit quitte le sol, et que tes bras m'abandonnent ? qui suis-je quand tu n'es pas là ? qui suis-je quand les soupçons volatiles de la miséricorde s'esquissent en nuées dénuées de sens ?

Une belle-soeur recrache mon langage vulgaire et mes mots, en fait des araignées débiles qui courent le long des murs ; remontent jusqu'au coeur. Ah, oui ! le coeur ! une belle fois, le coeur ! je ne suis qu'une femme ; je n'ai pas écouté la teneur de vos propos blets et vides de sens. Ai-je seulement choisi ?

Le truc ?

Comment parler, quand tu n'es plus là ? quand nos corps se séparent, quand la douce flamme du sud gagne nos âmes, que nos esprits soudoyés respirent enfin ? que les putains que tu baisais te laissent dans le caniveau ? comment aimer, si tu ne sais pas que dire ? et, puis, comment être seule ?

Les mêmes questions remontent en bouche à chaque fois que tu ouvres la tienne, que tu déballes le même beau discours, que tu rejettes en toi-même les penchants versatiles et les crânes idées ; que tu crois être le seul, cet homme magnifique que j'ai connu un jour et qui depuis ce jour ne fait que tomber, tomber, tomber.

La même haine me saisit quand je relis tes lignes, quand ; au fil du discours ; je découvre que tout ce que tu as fait n'était qu'une erreur, une blague en soi, un gag aux contours biscornus, une douce insomnie sanguine et méchante, un faux-semblant tarifé à mon compte à un prix qui défie tous ceux existants. Quand, au fond de toi, je ne vois qu'une pâle copie de moi-même.

Quand, au fond de toi, je ne vois qu'un reflet !

VI. Nous et le grand enfant

Pris en contre par une bande d'attardés, je remonte le long du fleuve. Je sauve mon âme, je sauve les meubles : j'existe. Tu m'as craché le contraire à la gueule, tu m'as dit que j'étais une salope.

Tu avais dit que tu connaissais : l'amour, la vie, les femmes, les enfants. Surtout les enfants. On savait tous les deux que ça n'était pas vrai.

Que toi et moi, on se battait surtout pour se la raconter. Et qu'elle servait du modèle de femme idéale. Qui voudrait d'une femme comme ça ? toi ? moi non. Je te l'ai dit, j'ai essayé de te le dire. Tu ne voulais pas écouter.

Tu as décidé de me tuer.

Comme ça, froidement, parce que tu pensais que je ne comprenais pas.

Tu as fait ton choix.

Mais as-tu vraiment choisi ?

Ou bien n'était-ce qu'un ordre ?


14 janvier 2016

V. Testamentaire / Testament t'erres / Test : amant taire

On m'a dit souvent que mes écrits étaient tristes ici. Que, pour une jolie fille, j'avais au fond des yeux, au coeur de ce faible interstice de temps et d'espace qu'on appelle "âme", un quelque chose de mélancolique grandissant au fur et à mesure et englobant tout le reste, partant de l'amour pour aller vers le faux, et me donnant l'air de la personne qui ne s'accepte pas. J'ai donc pris la souveraine résolution de me consacrer au bonheur et de proposer des écrits joyeux. Car, après tout, il n'y a que les gens tristes qui écrivent des histoires d'amour.

Je suis super contente. Jean m'a emmenée au cirque aujourd'hui, et les danseuses avaient un beau décolleté. Il y avait aussi des jongleurs et quelques éléphants, mais le mieux, c'était quand même les danseuses. J'ai envie d'être danseuse.

Après, il m'a emmenée voir la mer et l'horizon. Nous avons fait l'amour dans le sable, quinze fois - non, disons dix-huit - et puis il a jeté la capote sale dans le sable propre. Nous avons eu douze enfants, et tous vont bien - aucun n'est mort.

Jean est un homme magnifique. La paronymie lenticulaire de ses yeux et de son être s'inverse sans cesse et il me surprend sans ne jamais s'arrêter. Je crois que, bien que nous vivions ensemble depuis cinquante ans - quinze, oui, quinze ans - je pourrai passer toute ma vie à l'aimer.

Aujourd'hui, Jean est mort comme une merde.

Non, ça ne va pas.

Aujourd'hui, Jean m'a acheté un bijou.

Oui, c'est mieux.

Un joli bijou.

Encore mieux.

Avec un nounours dessus.

Non, c'est idiot, il n'y a pas de nounours sur les bijoux. Je raconte n'importe quoi, moi.

Envolée funeste au coeur sombre des penchants suicidaires portés par le commun des mortels. Triste trahison incompatible avec les aspirations incendiaires des fous montés sur leurs chevaux. Ma vie est un fleuve sans fond qui court le long des murailles abruptes de l'incompréhension humaine.

Je n'y peux rien : je ne suis pas triste. C'est vous qui l'êtes. Et moi, veuve insolente, je ne fais que parler de vous.

Alors, à qui la faute si chacun de mes textes vous apporte la larme à l'oeil ?

Je vous attends.

Du côté du bonheur.

Et alors nous écrirons des histoires schtroumfesques sans queue ni tête.

IV. le rappel à l'ordre

Nous y sommes. Le monde se casse la gueule. Nous y sommes. Enfin : nous faisons quelque chose. Il y a à gauche comme à droite de nos hémisphères une répétition absurde et débile ; un mouvement involontaire et incohérent. Le monde se casse la gueule. Balles à Paris. Attentats sur Londres. Nous y sommes. Le monde, en un fugace soubresaut, salue ses maîtres, et dit bonjour aux lendemains tâchés de sangs. Voilà le XXIème siècle.

Voilà les flammes et le feu : bonjour, flammes et feu.

Voilà le monde qui brûle de partout, voilà l'isodon proclamé roi, voilà mes récits sources de vérité ; voilà les menteurs honnis et détruits par ce feu...

... me voilà moi impuissante face à la connerie humaine, luttant sur mes deux pieds pour contenir l'afflux incessant de sourdingues peu intéressés par l'amour.

Seule face au danger.

Sauvez-moi ; je n'aurai pas la force.

09 janvier 2016

III. le tour du monde, et un peu plus

Plus le temps passe, plus les couleurs au travers de la fenêtre s'étiolent.

Nous sommes montés tous les deux, mais tu avais ton colis à récupérer auprès des contrôleurs, alors tu m'as laissée tout seule.

Étrangement, je me souviens du trajet ; depuis le long démarrage à la gare jusqu'aux montagnes sinueuses du Valhalla. Je crois bien d'ailleurs que je n'avais pas du tout envie de revenir.

La première fois que je suis montée, tu n'étais pas là, et je me suis endormie et ai fait les deux terminus deux fois. 20h. A dormir. Sans même réaliser que, alors que je savais pertinemment où j'allais, j'étais totalement perdue.

Ce train a ce quelque chose de bizarre que n'ont pas les autres : il ne vit pas, il ronronne. Il accueille les voyageurs très sympathiquement, puis prend un quelconque plaisir aux origines inconnues à se pâmer tout le reste du trajet. Spectacle spectateur prison.

Je relève la tête lorsque le contrôleur me demande mon billet, puis je réalise, lorsqu'il me demande si je suis montée seule, que, effectivement, tu n'étais pas là du tout.

Les synapses de mon cerveau s'affolent et j'accuse la folie, tandis que le vieil homme engoncé dans son costume me rend mon titre de transport. A la radio, on entend dans le lointain un titre commercial que tout le monde aura oublié d'ici six mois.

Je serre très fort l'anse de ma valise.