Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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14 janvier 2016

V. Testamentaire / Testament t'erres / Test : amant taire

On m'a dit souvent que mes écrits étaient tristes ici. Que, pour une jolie fille, j'avais au fond des yeux, au coeur de ce faible interstice de temps et d'espace qu'on appelle "âme", un quelque chose de mélancolique grandissant au fur et à mesure et englobant tout le reste, partant de l'amour pour aller vers le faux, et me donnant l'air de la personne qui ne s'accepte pas. J'ai donc pris la souveraine résolution de me consacrer au bonheur et de proposer des écrits joyeux. Car, après tout, il n'y a que les gens tristes qui écrivent des histoires d'amour.

Je suis super contente. Jean m'a emmenée au cirque aujourd'hui, et les danseuses avaient un beau décolleté. Il y avait aussi des jongleurs et quelques éléphants, mais le mieux, c'était quand même les danseuses. J'ai envie d'être danseuse.

Après, il m'a emmenée voir la mer et l'horizon. Nous avons fait l'amour dans le sable, quinze fois - non, disons dix-huit - et puis il a jeté la capote sale dans le sable propre. Nous avons eu douze enfants, et tous vont bien - aucun n'est mort.

Jean est un homme magnifique. La paronymie lenticulaire de ses yeux et de son être s'inverse sans cesse et il me surprend sans ne jamais s'arrêter. Je crois que, bien que nous vivions ensemble depuis cinquante ans - quinze, oui, quinze ans - je pourrai passer toute ma vie à l'aimer.

Aujourd'hui, Jean est mort comme une merde.

Non, ça ne va pas.

Aujourd'hui, Jean m'a acheté un bijou.

Oui, c'est mieux.

Un joli bijou.

Encore mieux.

Avec un nounours dessus.

Non, c'est idiot, il n'y a pas de nounours sur les bijoux. Je raconte n'importe quoi, moi.

Envolée funeste au coeur sombre des penchants suicidaires portés par le commun des mortels. Triste trahison incompatible avec les aspirations incendiaires des fous montés sur leurs chevaux. Ma vie est un fleuve sans fond qui court le long des murailles abruptes de l'incompréhension humaine.

Je n'y peux rien : je ne suis pas triste. C'est vous qui l'êtes. Et moi, veuve insolente, je ne fais que parler de vous.

Alors, à qui la faute si chacun de mes textes vous apporte la larme à l'oeil ?

Je vous attends.

Du côté du bonheur.

Et alors nous écrirons des histoires schtroumfesques sans queue ni tête.

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