Tiens, il y a une lueur.
Quelqu'un qui répond au bout du fil.
J'ai envie de te parler, mais la ligne est bloquée.
***
Tu sais, je ne t'en veux pas. Je ne t'en ai jamais réellement voulu. Disons que tu m'as manqué.
Je suis revenu à la ligne. Une fois.
Deux
fois. Je marque le temps. Je marque mon retour. Les autres, au dehors,
ont grandi. Ils sont devenus si forts que je ne peux plus marcher sans
écraser un de leurs crânes. Je suis devenu fou. C'est dingue : j'ai réussi
à redevenir fou, après la tempête, l'orage, la mort. Je suis redevenu
fou. C'est comme ça. J'ai vaincu la mort deux fois.
***
Alors, tu veux vraiment savoir qui je suis ? ... tu me suis, toujours ?
Mais tu sais, moi, je vais mourir.
Je m'en vais.
Dieu ! ne jamais lâcher : rester soi. Soi ? l'ai-je déjà été ?
Je vais te parler du lever de soleil.
Je
voulais juste te voir sourire encore, et ne jamais oublier qui tu
étais. Je voulais te voir pleurer, être belle en le faisant, simplement
dormir, encore, dormir ; et puis deviner au travers des rideaux ta
silhouette gracieuse et svelte ; t'embrasser une fois encore, faire
l'amour.
Mais je suis seul dans cette obscurité glaçante, dans ce
froid blasphématoire ; je suis seul entouré de personnes qui me disent
que la vitre est à briser. Je suis seul, affrontant, non sans panache,
les créatures putréfiées que le monde me jeta à la gueule. Je suis seul ;
et d'autres, avançant leurs fois propres, n'ont de cesse de me répéter
que je me projette, que j'idéalise, que je ne me focalise que sur moi.
Ceux-là mêmes qui pestent pour chaque tracas du quotidien, qui humilient
leurs pairs.
Je suis seul. Devrais-je penser à un autre que moi ? Ou suis-je moi ? C'est selon.
Je
n'ai pas peur de vous, de vos idéaux, de vos morales. Ma raison s'est
barrée ; mon personnage a foutu le camp. Ce qui m'a vraiment fait peur ?
Quand tous les autres ont rappliqué.
Tous les autres, de la Boîte du Paul Qui Dort : toutes ces histoires sont toujours vivantes.
Et je ne parle toujours pas de moi.
Qui est l'instigateur de ce nouveau rêve ? qui peut le savoir ? et surtout : le sait-il lui-même ?
Je n'ai pas grand chose à raconter. Aussi vais-je vous raconter une histoire.
***
- Je le sais. Mais, pourquoi ?
- Elle a eu peur.
- Peur de qui ?
- Peur du monde."
La foi l'avait prise encore ; et elle doutait d'elle lorsque, relevant un nouveau patient pour l'emmener aux sanitaires, ce dernier lui avait proposé une relation sexuelle. Sa foi, mise de côté, elle empoigna le septuagénaire et lui planta deux coups de fourchette dans le plexus solaire, brisant ainsi sa fourchette - et le coeur de l'individu. Les sirènes hurlèrent bien plus tard.
Durant ce laps de temps, elle égorgea six de ses collègues et viola un jeune interne, sous la menace d'une paire de ciseaux récupérée à l'accueil de l'hôpital.
Elle tweeta (note de l'auteur : "tweeter" veut dire note pour soi-même) :
"Le féminisme n'est pas mort. Nous sommes légions. Femmes ou hommes qui n'appréciez pas notre démarche, sachez cela : nous vous traquerons. Nous vous trouverons. Et nous vous tuerons."
Riant en pensant à sa référence (note de l'auteur : référence au film Taken), elle poursuivit sa marche funèbre et démembra, après les avoir éventrées, trois femmes.
Lorsqu'elle se retrouva au sous-sol, elle se suicida, en s'enfermant dans une voiture. Elle avait préalablement, via un vieux tuyau, relié le pot d'échappement à une fenêtre passager.
Vous allez me demander :
"Mais, pourquoi meurt-elle à la fois en se jetant du vide, et à la fois dans une voiture ?"
Et je vous répondrai :
"Mon pauvre garçon, la vie n'est pas si dure. Ne te pose pas trop de questions. Je répondrai à la tienne dans une prochaine histoire."
PS : au fait, je ne suis pas de retour, mais c'est pas loin. Je suis près. Très près de toi qui me lis.