Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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27 juin 2018

Maman

Ca y est, tout est dit ! j'ai fait les embarcadères, les débarcadères, j'ai fait les filles, j'ai connu les femmes, j'ai hésité et perdu du lest, j'ai cru pouvoir pourvoir, rassurer des amis en manque de tests ; j'ai tout fait. J'ai tout fini ! je me remets à écrire, au nom de mes histoires, de mes personnages, et pourtant... il me manque une chose.

Il manque une chose à mon bestiaire.

Devrais-je livrer ma Maman ?

Quoi ? vous ne comprenez donc pas ? vous n'avez toujours pas compris ? l'écrivain en son sein ? mon Dieu, quel âge avez-vous ?

Tout le monde livre sa Maman. Un jour ou l'autre, tout le monde la donne. Je vais vous expliquer - rassurez-vous, ça ne va pas durer longtemps.

La Maman est un fruit délicieux qui contient de précieuses substances aux goûts parfois amers, parfois délicats, la plupart du temps roses et sans semblants. C'est le principe de la Maman. Sauf si vous confondez Maman et mère. La mère est différente, amère comme dirait beaucoup, comme voudraient croire certains, la mère est infidèle et chante chaque jour les mots presque proches du refrain. La mère est folle, si vous voulez mon avis, enfin - ça n'est que le mien.

 Au plus on la cueillit, au plus elle se froisse, au plus on la mange ; d'au moins elle ne froisse pas. D'amour, d'atours, d'attentions, la mère est une résurgence facile et sublime, un joyau dont on ne perçoit pas les contours, car elle seule sait vous la mettre en bouche.

Vous voulez la tuer ?

Allez-y : l'amer est immortel.

La mère, elle, est mortelle.

C'est de cela dont je vous parlais tantôt. J'aurais bien fait une conclusion dont vous me connaissez le secret, mais mes mots s'épuisent.


Regrets

Ils n'existent pas. Je pourrais en citer plein, de mémoire, en laisser d'autre de côté, juste faire comme si de rien n'était. Aujourd'hui... je suis heureux.

Tu as voulu me tuer, je ne t'en tiens pas rigueur, et si je l'exprime aujourd'hui aussi, c'est que je sais que je n'aurais pas pu te tuer, toi aussi. Redondance.

Enfin, je vais tourner, en rond, rond, rond, et je déteste ça. Oui, je t'aime, toi qui me lis, et je n'arrive plus à te haïr, qui que tu sois. C'est drôle, l'effet des années. Il semblerait que mon personnage devienne - crois-le, ou non - peu à peu, moi.

Je crois que c'est ça qui me redonne la force d'écrire. La redondance. La répétition.

Tu peux raconter n'importe quoi à un lecteur, pourvu qu...

"... qu'il quoi ?

- Tu recommences ? je croyais que tu étais crevé !

- Crevé ? moi ? mais, mec, tu peux me suivre pendant dix ans que je serai jamais crevé !

- Prouve-le.

- J'avais voulu faire "..." comme à l'ancienne, comme d'habitude, jouer le débile. Je me souviens de toi, quand tu écrivais tant ; tu passais de la musique et les mots défilaient comme par magie. Ca n'est plus pareil maintenant ; si la musique ne te fait plus rien ; tu n'écris plus non plus. Je me trompe ?

- Il n'y a donc plus rien qui te ressemble ?

- Si, il y a toi.

- Et moi, qui suis-je ?

- Je suis toi. Je suis ces mots et ces abruptes envies, ces volatiles conneries qui ne seront jamais dites ; ou au contraire : ces stupidités affolantes que tu brasses contre vents et marées, toujours seuls, de toute façon personne ne t'écoute, toujours affriolant et médusant les méchants et les raies soeurs, tes discours enragés et enflammés contre l'audit apporté par une quelconque destructrice goule solitaire qui sera prête à mettre tes gentils arguments à mal. Que lui rétorqueras-tu ?

- Que je t'aime, fais-moi un bisou.

- Un bisou ? pourquoi ? t'es qu'une merde.

- Tu pêches par ton bon vouloir.

- Et toi, par la reconstructuration soudaine de ton esprit. Je refuse toute discussion avec toi.

- Ah ! Alors, adieu, le monde, adieu, moi-même, si je me perds dans ce type de débats. Bonne chance à qui veut bien y foutre les mains. Et mes amitiés aux perdants.


de 6h à 6h

Euh, oui, c'est moi.

J'ai perdu ma raison d'être, perdu ma foi, perdu mon envie d'écrire. Je n'ai pas écrit.

Je commence à perdre le don de littérature (entendez, le don de ne pas parler pour soi). Je commence à m'ennuyer.

Je vais vous proposer un texte, et c'est dur, parce que c'est la première fois que je me donne la liberté d'exprimer des choses depuis à peu près un an. Enfin, mon personnage.

Tout me semble laid à l'heure où j'écris ces lignes. Mes genoux sont comme collés, mes doigts lents, ma pensée frigide, et mes yeux scrutent chaque faute à tel point que je me suis donné le droit de réécrire chacune de ces lignes au moins dix fois. Je vais me répéter, je le sens, je vais être d'un chiant hallucinant. Que dire au spectateur ?

"Donne-nous de tes nouvelles !"

Avec plaisir. A qui.

...

... eh bien... euh... à toi ?

Enfin, toi qui me lis, si tu me lis, depuis le début, tu sais que je ne t'ai jamais laissé, si j'ai failli dans ma tâche, c'était juste parce que je cherchais d'autres moyens de communications, d'autres possibilités de me laisser aller.

Si, je t'ai laissé, dans cette renaissance, c'était juste pour mieux pouvoir me donner une opportunité de mettre le monde à nos pieds.

J'ai hésité pendant de nombreux jours, de nombreux écrits, et d'où je te parle, crois-moi, les jours ne sont pas plus beaux qu'avant.

Ce qui a changé ?

Tu me le demandes pour de vrai ?

Tu ne te souviens pas de cette chanson qui rôde dans ta tête ?

Non ?

Moi, je m'en souviens. Elle m'obsède. J'ai changé de coeur, mais jamais d'amour. Amour.

Reviens, plus tu en fais, plus tu en seras grand.

Reconstructurer, c'est avant tout mettre en avant les briques de nos heures délicieuses pour faire de nos vies présentes les mailles amoureuses qui mettent en lumière ce petit-quelque-chose d'élégant.

Reconstructurer, c'est faire de six heures à six heures le parcours, et - à défaut d'en être fier, savoir en porter les graines.

Reconstructurer, c'est défaire et construire, mais, surtout, à la fin, se foutre une balle dans le pied.

PAN ?

DORE ?