Il manque une chose à mon bestiaire.
Devrais-je livrer ma Maman ?
Quoi ? vous ne comprenez donc pas ? vous n'avez toujours pas compris ? l'écrivain en son sein ? mon Dieu, quel âge avez-vous ?
Tout le monde livre sa Maman. Un jour ou l'autre, tout le monde la donne. Je vais vous expliquer - rassurez-vous, ça ne va pas durer longtemps.
La Maman est un fruit délicieux qui contient de précieuses substances aux goûts parfois amers, parfois délicats, la plupart du temps roses et sans semblants. C'est le principe de la Maman. Sauf si vous confondez Maman et mère. La mère est différente, amère comme dirait beaucoup, comme voudraient croire certains, la mère est infidèle et chante chaque jour les mots presque proches du refrain. La mère est folle, si vous voulez mon avis, enfin - ça n'est que le mien.
Au plus on la cueillit, au plus elle se froisse, au plus on la mange ; d'au moins elle ne froisse pas. D'amour, d'atours, d'attentions, la mère est une résurgence facile et sublime, un joyau dont on ne perçoit pas les contours, car elle seule sait vous la mettre en bouche.
Vous voulez la tuer ?
Allez-y : l'amer est immortel.
La mère, elle, est mortelle.
C'est de cela dont je vous parlais tantôt. J'aurais bien fait une conclusion dont vous me connaissez le secret, mais mes mots s'épuisent.