Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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10 juin 2012

Le Jour Exact

Je ne me souviens plus du jour exact où j'ai compris que tout avait un sens. Ca devait être au lendemain d'une mauvaise journée, puisque c'est souvent dans les mauvais moments que l'on comprend les grandes choses.

Il faisait beau, c'était en fin de journée, et quelques traits rouges tapissaient le ciel bleu, comme prêts à le déchirer s'il tentait de virer à l'orage.

Il y avait de la circulation sur la branche de l'autoroute sur laquelle je roulais. Beaucoup de monde, peu de vent, et la paisible lueur du soleil couchant qui donnait réellement une teinte féérique à la scène. La vie dans ses aspects les plus agréables, pour un habitant du monde du 21ème siècle.

Alors, je prenais en compte des problématiques telles que l'argent, la sécurité, le confort, comme essentielles et profitables au bien-être. Alors, j'appréciais ce qu'on m'avait appris à apprécier : les choses simples, les choses complexes, les choses entre les deux.

Je n'avais jamais vu de signes. Cela, de un, parce que je trouvais l'idée totalement idiote, et de deux, parce que je n'avais pas que ça à faire de courir après des signes.

Puis, quand je m'étais rendu qu'en réalité, je n'avais rien à faire du tout, j'ai commencé à m'ennuyer sacrément, et à me dire qu'il était temps de trouver quelque chose à faire, mais quelque chose qui vienne de moi, pour lequel j'aurais un intérêt profond et marqué, une tâche pour laquelle je serais prêt à mourir, presque !

Quand j'ai compris que rien, ici, ne me proposait une manière concrète de trouver et d'appliquer cette doctrine, j'ai cru devenir fou, inutile, sûrement re-fou, et encore plus inutile. Parce que, voyez-vous, quand on ne vit qu'avec le coeur, on a besoin qu'il batte pour la tête aussi.

Et s'il s'ennuie, il n'a plus envie de battre que pour que la tête apprenne à le faire toute seule, et cherche avec lui une solution à l'ennui. Oui, à ce moment-là, je venais de comprendre que mon coeur était marqué d'un profond individualisme ; je l'en remercie encore à ce jour, puisqu'il ne battra jamais que pour moi, et moi, grâce à lui, pour les autres. Mais passons.


Face à l'incapacité d'exprimer ce que je souhaitais exprimer - que je ne connaissais pas moi-même, et que personne ne semblait connaître mieux que moi - j'ai pris le parti d'accélérer, donc. Il me fallait aller plus vite, plus stratégiquement, plus efficacement ; en somme : mieux.

Ceci par simple souci d'adaptation. Eh ! figurez-vous qu'il m'aurait suffi d'apprendre à pêcher, de m'isoler, et de vivre dans la forêt. Regardez les hypersensibles électromagnétiques, ils campent bien au milieu des animaux... parce qu'ils le souhaitent.

Non, moi, je voulais relever le défi, me battre, vous voyez. Sortir mes poings à un moment crucial et, paf ! prouver au monde que je n'étais pas celui qu'il pensait.

Bon, évidemment, je n'étais pas non plus celui que je pensais. D'ailleurs, finalement, je ne me suis jamais réellement battu. De petites castognades, quoi.


Toujours est-il qu'à un moment donné, j'ai arrêté de vouloir me battre. J'en avais marre, je m'ennuyais trop, et puis le temps virait au moche, il n'y avait de toute façon rien à faire, et puis, vous comprenez, je n'étais plus assez bon pour seulement relever le moindre défi.

Ce n'était plus stimulant, l'adaptation. Je connaissais. Il me fallait trouver autre chose, quelque chose qui soit vraiment personnel.

J'en revenais à mon point de départ.

Mais sous un jour nouveau.

Parce que maintenant, la tête savait parler sans le coeur. Simple apprentissage, un peu long, certes, mais nécessaire.

J'ai donc réfléchi à ce à quoi je pouvais réfléchir, compliquant par là-même une situation basique : mais c'était le point de départ d'une complexification gratuite et acharnée, n'ayant pour seul but que de me permettre de voir la réalité sous un nouvel angle.

J'étais donc parti chercher la Vérité.

Certains l'ont peut-être vue... moi j'ai erré longtemps dans des boyaux humides, des grottes immenses, survolé seulement des champs de blé, et me suis arrêté, une ou deux fois, dans des temples qui n'abritaient rien d'autre que le souffle de ceux qui étaient passé par là avant moi. J'ai couru après le Vide, mais je n'y ai pas trouvé les abysses.

Et me voilà donc, sur cette route, sous ce ciel rouge et bleu, à rêver à presque rien, devenu imperturbable, silencieux, agité, et non pas, comme on le croirait, perdu, mais en recherche. Il y a des Hommes qui attendent, d'autres qui agissent, et certains qui cherchent. Mais je pense, au fond de moi, que nous faisons tous, tout ça en même temps. A force d'attendre, nous voilà forcément d'agir pour chercher, sans jamais savoir ce que nous trouverons.

Je me suis remis à croire aux signes simplement : parce que je l'avais toujours fait. Pourquoi ? Parce qu'il valait mieux se fier à une doctrine absurde, née d'illusions d'enfant, plutôt qu'à une autre doctrine, tout aussi absurde, mais partagée par la majorité. Et ce faisant, je n'étais pas sûr d'agir pour trouver ce que je cherchais, mais je savais que je le faisais pour chercher ce que je souhaitais trouver.

La nuance n'est pas si flagrante ; elle rentre un peu dans le registre "jolie phrase sans sens ni portée réels". J'en suis désolé, moi je la trouve jolie cette phrase.

Oui, c'est vrai : aujourd'hui, donner son avis sans chercher à persuader passe pour absurde.

Bon, alors je peux convoquer des arguments, peut-être même un Dieu ! moui, tiens, je vais faire ça.

Pour terminer mon histoire, je vous dirai juste que, là, dans ma voiture, j'ai vu derrière le ciel toute cette Vérité que je cherchais depuis plusieurs années. Il n'y en avait pas d'autre que celle qui m'avait toujours habité.

Chacun sa Vérité, et les moutons seront bien gardés.
écrivais-je alors, d'une main, par message téléphonique à un ami, par jeu. C'était sans compter sur la voiture qui me précédait, et que, apercevant, je parvins à éviter de justesse, en virant à gauche - et je l'aurais sans doute percutée si son conducteur, dans un réflexe opportun, ne s'était déporté à droite.

Fuyant les klaxons hostiles qui me rappelaient qu'on n'a qu'une vie, je me promis de ne plus jamais parler de ce que je pourrais découvrir par la suite. Dire la vérité amène toujours des ennuis, parce que le faire s'apparente au mensonge.

Il vaut mieux convaincre.

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