Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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11 octobre 2014

La Métaphore du Clochard #2

J'ai rêvé de lui hier... il avait les yeux bleus, me prenait dans ses bras, se taisait enfin, m'embrassait jusqu'à me manger la bouche. J'étais amoureuse de lui à ce moment-là, ça me faisait bizarre au coeur, au bas du ventre, des vibrations insonores, enfin, je sais pas trop. Quelque chose de vraiment bizarre, sans mots pour le décrire, une fête interne, mes ganglions enfin guéris, oui oui, c'est ça, enfin la paix...

... je me suis réveillée. J'ai vu le monde en face. De l'autre côté de Paris, ils vous proposent le Disneyland v.3.0. sans augmentation du tarif. J'ai contacté mes belles, je leur ai dit :

"Les filles, on passe de l'autre bord, on le fait gratuit, j'ai un plan, on se fond dans la masse."

Les filles, ce sont mes girlfriends, mes petites-copines. Je suis lesbienne, ouais, ça vous choque. Bien sûr que oui, qu'est-ce que tu veux. Ca casse toujours des rêves quand tu dis ça un mec, sauf si t'es vraiment moche et qu'il te chope en fin de soirée... enfin, nous on avait réussi à établir ce Phénomène, je te le résume comme ça :

"Tu veux qu'on appelle ça le "Phénomène", ouais mais d'accord, mais quoi ?"

Elle prenait la parole, tirait sur sa clope, les genoux serrés, comme pour nous cacher sa culotte, et disait, exultant :


"Ouais, le "Phénomène". Le Phénomène, c'est nous : on est simples, juste là, entre filles, on se tire ps la bringue, on se la fait pas à l'envers, on sait qu'il y aura toujours une d'entre nous pour nous lécher en fin de soirée. Pas de mythos, le reste du monde et nous."

Et évidemment l'autre con qui répliquait alors :

"T'es bien mignonne Mathilde mais personne va croire tes conneries, d'abord on sait que t'as couché à droite à gauche avec des gars, et puis surtout, on sait que t'as des histoires avec l'autre, là, le Mathieu. Va falloir te ranger ma fille. T'es pas de chez nous."


A ce moment-là, je poussais la porte. Bougies confusément placées ici et là, petites tables sur lesquelles un nombres incalculable de bouteilles de bière s'étalaient, bouteilles de bière mais aussi de vodka, de whisky, de téquila, voire d'absinthe, bouteilles toutes vides ; mégots dispatchés à l'est, à l'ouest, au nord, au sud, des mégots, partout, dans les cendriers, en dehors des cendriers, sur le tapis en forme de losange qui supportait les meubles, et puis des mégots sur les conteneurs placés au bas des fenêtres, ouvertes, pour laisser quand même un minimum d'air se faufiler, brisant la pièce en deux comme si le vent était pour les goudoux l'homosexualité pour ceux qui aiment les hommes, et c'est à dire : une peur.

Et moi, la porte dans la main droite, les yeux presque écarquillés, surtout dérangé de déranger cette bande de meufs, elles me jaugeant comme un spécimen unique, austère, de l'ère antique, prêt à les déloger de leur antre masculine et pourtant émasculée, mais que pouvais-je faire, à part dire :

"Elle m'a plaqué... Emeline, tu m'as dit que vous bougiez bientôt, je crois. Je viens avec vous."

Silence.

"Je viens avez vous, point."

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