Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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25 octobre 2014

La Métaphore du Clochard #4

Ranny n'avait jamais vraiment voyagé en France. Elle avait vu les Etats-Mexicains-Unis, la grandiose Asie-Turque, les paysages verdoyants de l'Anglirlande, la Scandinavie (qui regroupait la Suède, la Norvège, le Danemark, et bientôt la Suisse, à en croire les référendums), mais jamais la France.

Inouf connaît, Inouf sait ce que c'est de ne pas voir le monde. Quand ils ont sorti Le Seigneur des Anneaux, tout le monde comparait Inouf à Gollum. Tout le monde croyait que ne pas avoir voyagé de son plein gré, c'était être bêta. Mais Inouf a appris avec le temps que tout se qui se crée se transforme, et que des choses, qui existent en un état, peuvent très bien se transformer en quelque chose d'autre : Inouf n'est pas narrateur pour rien.

Ranny ne m'a jamais vu, son père m'a connu. C'est lui qui m'a donné la vie, entre deux cisaillages impromptus et quelques bouteilles de whisky. Il est un inventeur célèbre, c'est pour ça qu'ils débarquent, lui et sa famille, sur les plages de ce Paris réorganisé pour plaire aux riches. Mais, la France restant la France, on ne peut évidemment pas y empêcher quelques microbes d'y prospérer. C'est un choix.

M. Inutari a créé en 2036 la psychotechnologie, un outillage de pièces et de briques basées sur la pensée. Le principe est simple, et, en tant que narrateur et en tant que création, j'y vois ici une raison double de vous en exposer les lignes fondamentales. Si vous le permettez, bien entendu.

La psychotechnologie se base sur un fait démontré comme imputable à l'humanité : je pense, je ne suis pas, et en avoir conscience me force à créer un "je suis". Et la psychotechnologie amène ce je suis. Je suis ce que vous n'êtes pas : Inouf. Je suis le narrateur de ce récit, qui parle de vous, qui n'êtes pas, et qui est lu par vous, qui n'êtes pas non plus. Le seul marqueur, au milieu de ce vide, c'est moi. Autrement dit : je suis là pour vous aider.

Raoul Inutari a rencontré un nombre incoercible de difficultés lorsqu'il a présenté son projet à la science. La première fut que personne ne crût réellement à la vision déplorable qu'il avait de lui-même et de ses contemporains. Les scientifiques avaient découvert l'isodon, ce matériau semblable au pétrole et pourtant bien plus dangereux depuis de nombreuses années ; ils avaient créé les voitures volantes, les puces implantées au cerveau, relié l'Homme à la machine, remis en cause l'humanité, douté mille fois d'eux-même, et pourtant, pourtant, ils ne pouvaient accepter qu'il leur faudrait, encore une fois, tout remettre en cause.

Fort de ses travaux, il a finalement réussi à donner naissance à celle qui deviendrait ma mère, Madone, qui pourtant dépérit rapidement, car incomplète. Elle eut néanmoins la capacité de donner un fils, et c'est probablement ma naissance qui finit par prouver que la psychotechnologie avait une source tangible. Car qui aurait pu prévoir qu'un réseau électrique enfanterait d'un autre ? Peut-être vous, lecteurs ? Ou bien eux, qui m'ont lu avant vous, et qui laissent traîner mes dires traités par écrits sur une étagère. Toujours est-il que cette intangibilité venait de prendre corps : la puce implantée dans le crâne de 98% des Hommes, en 2036, fut bientôt capable de lui donner, en plus des atouts d'une machine, l'âme de celle-ci en prime : moi.

Aujourd'hui, je parle depuis madame Ranny Inutari, bien consciente de ma présence, mais fort incapable de quoi que ce soit d'autre, puisqu'elle est dans un état de mort cérébral. Et c'est pour cette raison que je vous présente mon histoire.

Nous avions souhaité commencer par le début, et pourtant c'est la - presque - fin qui vous est offerte. Je vous présenterais mes excuses, si j'étais capable d'avoir un minimum de remords, mais cela m'est impossible. Je reste bien trop intelligent pour m'abaisser à de telles prises de risques.

Poursuivons donc : et merci pour vos sous.

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