"Arrêtez-vous !"
Le type lève la main ; l'autre type s'arrête.
"Quoi ?"
Le moteur refroidit. Il brandit sa torche et allume l'intérieur du véhicule avec la lueur blême de l'objet.
"Levez les mains. Il y a quelque chose ici qui n'a aucune place en nos lieux."
L'autre gars se renforgne :
"Nous sommez-vous de baisser nos braguettes et de nous laisser sucer ? ou bien avez-vous quelques vues sur le chargement marchand que nous pourrions transporter ?"
Le gars freeze.
"..."
"?"
"... comment ça, "vous laisser sucer ?", oh, hé ! vous n'avez pas compris la portée de la teneur de vos actes ! franchir une frontière ne se fait pas les yeux fermés, imbéciles ! vous devez répondre de vos ac...
- Imbéciles ?! répond le type. Imbéciles, quoi ? tu nous appelles imbéciles ?!"
Il sort un calibre et le pointe sur le type. La fenêtre arrière s'ouvre. Une femme voilée sort la tête, et parle en syrien. Coup de chance, le policier à la lampe parle ce même langage. Pour simplifier la chose, la discussion suivante sera d'ailleurs mise sur papier à l'aide des doux mots que manipulait Molière quelques siècles plus tôt.
"Je suis désolée." dit-elle.
L'autre le regarde avec la lueur malsaine, au creux de l'oeil, de l'avorton affolé qui, ayant trouvé un nouveau jouet, ne cherche que la bête idiote qui sera sa première victime. Ses synapses fatiguées font deux fois le tour de ses hémisphères, puis il comprend :
"Désolée, pourquoi mademoiselle ?"
Tout ça en arabe.
"Désolée, parce que mes Hommes vous veulent des encombres que je ne défends pas. Ils sont las et polis, mais tristes et énervés. Et vous êtes sur leur chemin. Je ne renie pas ma foi en vous disant ouvertement que, par vos voies de fait, vous avez insulté leur passé et leur futur ; au contraire ! je suis en accord avec eux. Je ne suis qu'une femme. Néanmoins, la chance m'est donnée, par la connaissance aiguë que j'ai des miens, de vous laisser une seconde chance ; vous ne viendrez pas avec nous, non ; mais vous pouvez tendre la main et embrasser celle de mon frère. Alors, peut-être, seulement, non seulement, son arme ne détruira pas votre cerveau et votre vie avec lui, mais ! - elle marqua une pause, et respira profondément, comme trouvant au fond d'elle la cause d'un mal que nul européen ne connaît - mais ! en plus, vous en retirerez une glorieuse fierté qu'aucun de vos voisins ne touche encore du doigt."
Tout ça en arabe. Le type comprend.
Il réfléchit quelques secondes seulement. Tourne la tête, regarde derrière lui.
Inch' allah.
D'un geste brusque, il agrippe l'arme, la retourne contre le conducteur, tire trois fois, la tête, le genou droit, l'abdomen, se braque en arrière et sent le métal glisser contre son dos tandis que, ses jambes relâchant la pression, il tire encore deux fois, un coup dans le vent, le deuxième dans la tête du gars assis à la place du mort.
La fille à l'arrière crie subitement, sort à son tour un magnum. Il l'abat d'une balle entre les yeux.
C'est terminé.
De la poche de son blouson, il sort le vieux Coran que lui a donné son père.
Les sirènes sonnent en échos au loin.
Il se rappelle de Marie, sa première femme, la chrétienne qu'il a épousée et qui est morte sur les terres d'Iran dix ans plus tôt.
Il embrasse le Livre Saint puis ferme les yeux.
Il n'a pas menti.
Elle, en un sursaut soudain, ouvre les siens dans l'au-delà. "Mahmoud ? dit-elle. Mahmoud ? tu es là ? je ne t'ai pas oublié. J'ai couru le long des ports et affronté des hommes aux visages pâles et effrayants. Mahmoud ? mon amour, m'entends-tu ? j'ai défié les religions et osé. J'ai trahi et failli. J'ai tout jeté dans la balance du Grand Pan. Mahmoud ? m'entends-tu, amour ? verrai-je bientôt le bleu de tes yeux saints trembler ? m'embrasseras-tu ?"
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