La bestiole remonta le long du mur d'enceinte, lentement, en s'appuyant sur ses 99 pattes velues d'insecte, tandis que la lumière du projecteur que tenait Cendrah balayait l'arête de la brique qui s'effritait sous les assauts ininterrompus du vent violent et maussade qui soufflait dans les plaines du nord.
"En deux temps, trois mouvements, souffla Pascal, le grand frère de Cendrah.
- Un deux trois, un mouvement, rétorqua-t-elle.
- Sauf que l'ombre n'est que psyché."
Ils rirent tous les deux.
L'insecte, n'y comprenant rien, refusa de continuer à faire partie du scénario, et le film s'arrêta.
***
Alors que je continue de marcher au détour des rues, je sens mon esprit qui se dégrise et se débride, comme une substance en puissance qui s'exprime et détruit tout ce qui l'entoure ; oui : détruit tout ce qui l'entoure. J'ai vu le monde plusieurs fois, dans ses moindres détails, en long en large, et je l'ai embrassé puis vomi, plusieurs fois, et je l'ai refusé et accepté, en même temps, sans comprendre que par là-même j'étais forcé de faire du corbeau qui m'accompagnait une partie intime de moi - peut-être ma merde, qui sait ? qui chierait des oiseaux ? enfin, bref, qui poserait ce genre de questions ? vous ?
Et pourtant, je continue de marcher, sans jamais n'être effrayé par autre chose que moi-même, lorsque mon reflet sombre apparaît sous le trait de mon regard, lorsque je constate que mon corps difforme fonctionne toujours, lorsque je salue avec amertume le dieu souverain qui tait mes erreurs.
Il sera temps un jour pour moi de faire un tour par l'échafaud, pour y croiser mes frères et mes soeurs disparus, et à ce moment-là, bêtement, je pense que je n'aurai qu'une envie : celle de baiser la main de l'abruti d'humain qui nous aura marché dessus.
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