Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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13 mars 2015

Les Bubons

Scories enfin rejetées sur le bord des rivages, mes souvenirs édulcorés s'abandonnent à leur propre déchéance. Pour une fois, je n'ai pas à m'en préoccuper.

Fort de la puissance brute que me procurent mes réminiscences, je tourne la tête vers l'avenir et me brûle presque les yeux en croisant le regard du soleil levant. J'étais projeté vers l'est, il faut dire que je m'étais mis du mauvais sens.

Quand je pense à demain, je ne vois rien d'autre que moi-même. Je n'ai ni projet, ni ambition, ni parti pris, ni obsolescence programmée. Je me distingue de mes pairs par ma multitude, mais je les rejoins puisque, comme eux, je me pose sur les cordes qu'ils se jettent entre eux. Il y a un je-ne-sais-quoi de risible dans cette situation, mais je ne permettrais pas de critiquer. Après tout, j'ai bien vécu ce genre de situations. Il y a quelques années. Plusieurs années.

Alors, je continue de tourner la tête vers demain. Je ne vois plus ceux qui se rejettent contre le rivage, instamment, violemment, en pleurant leur propre déchéance. Mais ils l'ont voulue. Ils la veulent encore aujourd'hui.

Demain, il fait beau.

Parce que mes douleurs sont instables, et mon art transitoire, je peux jongler avec l'un ou l'autre comme bon me semble. Il va sans dire que les fièvres matérielles animent et habitent mon égo ; et il est irréfutable que je ne peux dénier ni mes devoirs, ni mes aspirations. Mais j'ai la puissance du choix, et la maîtrise de l'habitus : et pour ces ces jours à venir, je crois que ça suffira.

Un homme m'a dit, dans dix ans :

"Monsieur, je suis désolé, votre crédit est rejeté."

Je lui répondrai :

"Vous rejetez beaucoup de choses : vous êtes donc de ceux qui appartiennent à mes récits antérieurs, et vous sombrerez avec eux."

L'homme ne dit plus rien. Il ne dira plus rien.

J'estime qu'il n'est pas nécessaire pour moi de vous conter de jolies fables ou de gais souvenirs, puisque cela ne vous est en rien utile. J'envisage qu'il vous soit possible, tout comme je le ferai, de développer vos talents personnels et de vous plonger au coeur du vice. En tout cas, je l'espère. Mais pour autant, je ne serai guide, ou porteur, que si vous appréciez ma condition. Et pour cela, point de marketing, ni de méthodes euphorisantes voire dogmatiques : la vérité même suffira. Dans quelques années, vous serez vous aussi sobres et conscients, et peut-être affleureront à la surface de votre esprit ces mêmes bulles qui guidèrent le mien, lorsque, écrivant ces lignes, je projetais mon âme plus avant. Pour l'heure, les beaux discours, je les laisse aux vidéastes amateurs leaders patentés et peu tentants, avide de supériorité et d'intellectualité primaire.

Le soleil brille déjà, quelques bubons métaphysiques flottent nonchalamment dans l'air ; et les premiers bourgeons, déjà éclos, promettent aux bourgeois de belles aventures à venir.

Je suis seul, la science en ébullition, le corps en tension, reposé mais actif, et puisant dans mes réserves.

Je suis seul, et fier de l'être.

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