Pareille à tes premiers jours, tu ris et ton sourire se dessine comme une vague imprécise et irrégulière sur tes contours. Tes yeux sont mauves, hier ils étaient roses. Demain, ils seront blancs.
Les atours de ta parure me laissent de marbre, mais la manière dont tu les portes me ravit. Sanguinolents, mes vêtements coulent sur mon corps brut et me donnent l'allure d'un pantin en mal d'amour. Nous nous ébréchons sur la vague des sonorités, comme les traces de salive sur tes lèvres, que je distingue grâce aux néons fluorescents de l'endroit. Tu ris à nouveau. Je me sens bien.
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Quelques frissons me parcourent l'échine, coulent le long de mon épaule puis de mon bras, font vibrer mes doigts. Je perce dans le milieu, mais ça ne m'enlève pas mes douleurs de corps. Je grandis, et j'ai de plus en plus mal. Je crois que c'est ça, le temps. Quelques bourrés s'affriolent, à gauche, à droite, s'embrassent, viennent puis repartent, en une danse imprécise et irrégulière. Sur tes contours. La drogue remonte le long de mes veines, fait pulser mes vaisseaux, et le mien, mon cerveau, ma barque abîmée, se noie et se repaît de cette longue attente, au milieu du rien, au coeur des symboles et des franges épanouissantes.
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Je n'étais pas grand chose, auparavant. J'avais vaguement minaudé à droite, à gauche, embrassé des garçons et renvoyé certains au placard. Hier, je me souviens que j'avais peur, timide, peur du tout et des folies de nuit. Hier, tu n'étais pas là. J'avais décidé que je ferai quelque chose, quelque chose de grand, je voulais. J'avais peur. Hier, tu étais apparu, mais bon... tu n'étais pas là. Je crois bien qu'on appelle ça un souvenir. "Souvenir"... oui, c'est ça : un sou-ve-nir. Le mot est bizarre, il coule dans ma gorge et puis remonte jusqu'à mes lèvres, maquillées d'un rouge à lèvre clair. Je me suis faite culbuter dans tous les sens, sur des parfums aux effluves scandinaviennes. Près de la mer. Cette odeur de poisson mort qui flottait dans l'air. Le remous des vagues, l'écume sur les braises du sable froid. La nuit.
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