Puisque les ombres bougent, je me doute qu'il y a quelque chose, au-delà d'elles, qui les motive. Une puissance quelconque, un narrateur abruti, ou bien mes yeux même ; stupides...
Il reste la lueur glauque du réverbère sur les pavés, sur les briques, sur les visages et les corps de ceux que je croise. 6h du mat', j'ai la tête pleine de cendres, le cul plein de nouilles, le coeur plein de solitude. Je prie pour mes frères laissés plus bas, au sein de bars, de boîtes de nuit, ou bien de voitures déchirées en deux sur le bas côté d'une nationale.
Je pèse le pour et le contre, tant que cela m'est permis, entre l'acharnement stupide et la pseudo-délivrance pacifique illuminée. Je pèse le pour et le conte, le tour et le contre, et, quand enfin je réalise que tout n'est qu'illusions, je vomis mes mots sur le pavé. Je repense à ma mère, qui m'avait porté là avec toute la force de ses intérieurs blanchis par les pulsations de mon coeur égaré ; à mon père qui était forme terrestre bien avant que je ne sois capable de comprendre la raison même de mon être ; puis à mes soeurs, gadoues putrides jetées sur le devant de la scène pour détourner les plus avenants.
Je jette l'égout et ses combles, tandis que le monde me rejette en son sein même.
Il y avait, hier, un je-ne-sais-quoi de vraisemblable : j'avais une raison d'espérer que tout trouverait peut-être un sens - aujourd'hui, je sais que tout n'est que néant. Et plus je regarde les bribes de moi-même s'aligner au fond de l'étang, plus je suis surpris de m'entendre dire que je ne m'en veux pas.
L'Homme qui se regardait hier jette son dévolu sur d'autres insoumis. Je ne suis plus l'enfant triste qui errait à la recherche de son frère : je suis le frère qui se regarde, et qui pleure l'Autre.
Bien entendu, les sentiments portent un lot que je ne suis pas prêt à gérer.
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