Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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04 janvier 2015

Berlin brûle-t-elle ?

Tant de passions et de folies transmutées involontairement en ce 1er de l'an ; tant de désagréments partagés que ça en devient presque incohérent...

Berlin brûle-t-elle ? ou la Ville n'est-elle en train que de nous faire revivre les prismes incompris de l'après-chute ?

Un reportage de M. Guewen Lesnuda

*****

Ici Guewen, il est 23h43, la foule autour de moi se presse d'une manière neuve, nouvelle ; les gens ont l'air déjà chamboulés par les périples qui animeront Shanghaï d'ici peu... sans pour autant le savoir.

Je me tourne vers la gauche, je suis très près de la région est de la Ville ; la foule est ici très compacte, difficile à saisir, les gens n'ont pas le temps, pas l'envie de parler, ils ont l'air comme emportés aill... oh, mais je vois un passant qui se dirige vers moi, je vais le prendre à partie.

[...]

"Bonjour, alors comment-vous appelez-vous ?"

"Et quel est votre meilleur souvenir de 2014 ?"


 Guewen pose le micro sur la boîte électrogène grise.

"C'est bon, t'as tout ?"

Marion lâche l'objectif de la caméra de ses yeux marrons.

"Ouais, c'est bon."

Un homme, 1m80, la bouscule, une bouteille de whisky à la main. Sur sa tête, un chapeau conique. Il hurle :

"Heil Berlin !! HEIL BERLIN !! SCHNELL !!"

Marion et Guewen se regardent. Ils sourient, se mettent à rire. La réalité de l'après Reich est bien moins violente que ce que les occidentaux peuvent imaginer. Pour être journalistes depuis des années aux alentours des capitales du Caucase, ils le savent. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est que...

...


L'explosion qui secoue le centre de la ville finit de calmer les esprits. Quelques minutes plus tôt, la milice armée, masquée et inconnaissable, a déjà pris en otage la foule, aux quatre coins de la capitale. Plus personne ne dit rien. Plus personne n'ose rien dire.

Du nord au sud, de l'ouest à l'est, on compte quatre, cinq, peut-être six ou sept corps, criblés de balles, qui gisent dans les caniveaux. Ceux des fêtards trop alcoolisés pour arriver à ne pas croire que le flingue qui était bringuebalé sur leur tempe contenait des balles réelles. Il y aura eu quelques femmes pour crier, puis, décidées, elles auront compris que le silence leur vaudrait mieux que de piètres mots.

Les allemands sont comme ça, ils ont ce sens du détail, qui leur vient parfois en défaut lorsqu'il s'agit de ne plus y prêter attention - aux défauts. Lorsque quelques personnes courent en armes dans la foule, l'allemand moyen dira [traduction] : "hey, ces gars là foutent la merde, mais ils font la fête, oui, parce que, sinon, ils ne seraient pas là, hein, n'est-ce pas..."

Vous-même en tant que français [si vous voulez comprendre un peu l'état d'esprit dont il s'agit, vous diriez plutôt] : "lol, des gars en armes, ils font une blague, c'est une blague, hein, tu sais pourquoi ? parce que si c'était vrai, on serait déjà tous morts."

Qui entre nos deux nations a la meilleure façon de voir les choses ; le meilleur regard ; je ne le sais pas. Ce que je sais, c'est que notre narrateur est toujours présent, et qu'il en a plein la tête.

Le black braque toujours son arme sur la tête de Marion. La caméra gît à ses pieds, réduite en morceaux. Elle tremble, les épaules détraquées, les paumes levées, les doigts gigotants comme des carambars qu'on offrirait au premier clochard en souffrance passant par là. Quelques larmes coulent encore sur ses joues, mais la plupart ont déjà quitté la surface épidermique pour, après un bref frisson dans l'air, toucher le sol, et disparaître.

Guewen tremble aussi, mais de rage. Il ne peut rien dire, il ne peut rien faire.  

HAPPY NEW YEAR, GUEWEN.


L'homme ne s'était déplacé que pour un reportage, le voilà, lui aussi, pris au coeur de la plus grande prise d'otage que le monde connaîtra jamais. "Pris" au coeur... "pris au coeur"... prix aux coeurs... Guewen soupire.

Guewen rêve.

Il se rappelle des films qu'il voyait autrefois.

Berlin brûle-t-elle ?

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