" On descend là ?
- Ouais.
- Et puis ? Après... on fait quoi ? "
Guaspinzi gardait les yeux rivés vers le sol tandis qu'il abordait l'atterrissage de l'autoplaneur.
" On fait le tour, tu vas à la tour 3 et moi à la 8. Le type qui s'est fait les gardiens a pas ramassé les guns. Personne est venu. Ils y sont encore. "
Le sable alentour se soulevait dans des tourbillons aux allures de spasmes musculaires. Guaspinzi poursuivit :
" Ensuite, t'as vu comme moi, ces bâtards de putains sont rentrés direct par le trou. On les course, on les trouve, on les braque. Mais on les tue pas... "
Grant savait très bien ce qui allait suivre.
Il baissa les yeux sur le tableau de bord de l'appareil, encore tâché par endroit par ce qui aurait pu ressembler à une bruine cérébrale, si tant est que la substance eut correspondu encore un tant soit peu au liquide encéphale, après être passée sous les doigts de Guaspinzi et avoir séché durant leur trajet. Cela faisait moins d'une heure que la tête de leur ancien compagnon de cellule avait explosé sous l'effet de la balle qu'avait arbitrairement tirée le colosse. Moins d'une heure, mais les projections n'avaient plus rien à voir avec un cerveau. C'étaient des gouttes diaphanes qu'on aurait tout aussi bien pu assimiler à de l'eau.
Grant savait très bien ce qui allait suivre, oui, c'était un fait ; mais Grant savait tout autant ce qu'il n'oublierait pas.
Et plus les minutes passaient, plus s'insinuait la douloureuse pensée :
" Et peut-être faudra-t-il que je sois à nouveau emprisonné pour que cet individu ait la chance de perdre la vie. Sa liberté contre la mienne ; en tous les cas, la liberté de respirer d'un peuple pour celle que l'on me reprendra. "
***
" On le laisse là ? "
Paul se retourna.
Gary baissait à l'instant les yeux sur une cigarette qu'il allumait d'une main, l'autre vissée sur la première pour protéger son zippo d'un éventuel coup de vent. Du vent dans le désert ? Gary savait très bien que son geste tenait du réflexe. Tout le monde savait qu'utiliser ses deux mains pour allumer une cigarette tenait du réflexe. A l'heure précise, le seul à l'ignorer était peut-être Paul Tandoin, dont le pouls ralentissait doucement au fil des secondes.
" Vous avez raison. Je vais le porter. "
Gary releva les yeux, semblant suivre la fumée qui naissait à l'instant de la blonde qui venait de s'enflammer, puis, d'un geste brusque du poignet, referma le zippo qu'il glissa dans la poche droite de son jean.
" Je vais vous aider.
- Vous embêtez pas, ça ira. "
Desna s'approcha du véhicule, la portière disparut, lui-même sembla faire de même en se glissant à l'intérieur, mais il recula pourtant avec toute la prudence possible alors qu'il tenait Tandoin dans ses bras. A nouveau droit, il ajusta ses prises sur le corps inanimé dont la tête tanguait bizarrement, fit quelques pas vers l'éboulis qui glissaient déjà à leurs pieds alors même qu'ils se posaient, puis s'arrêta brutalement et se retourna vers Gary, qui tirait une énième latte sur sa clope :
" Vous êtes sûr de vouloir venir ? "
Il marqua une pause.
" Je veux dire... je l'emmène là-bas, Ils s'en occupent. Mais vous... vous pouvez encore éviter tout ça. Prendre l'autoplaneur, vous tirer, vous voyez... "
Une légère brise souffla au moment même ou Paul Desna terminait sa phrase. Un vent si léger qu'il agita à peine les cheveux de Gary lorsque celui-ci fit doucement claquer sa cigarette entre ses doigts pour en faire tomber les cendres qui polarisaient son extrémité.
" Ce type-là est mon client, Paul. Où il se rend, je me rends. Allons-y. "
Paul émit un imperceptible sourire, fit volte-face, puis entreprit d'escalader l'amas rocheux par lequel nos compagnons prisonniers avaient réussi à fuir quelques jours plus tôt.
Alors que les trois hommes disparaissaient à l'intérieur de l'ancienne prison, le soleil, sur la ligne d'horizon, fut masqué un quart de seconde par un objet volant.
Il n'est évidemment pas nécessaire d'en préciser la nature.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire