Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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29 janvier 2014

La Mariée

Il n'y aura jamais qu'une femme à mes côtés.

Au-delà de tous les mensonges, de toutes les magnanimités... et bien au-delà des seuls mots. Elle sera - elle est ; elle était - celle qui considérera ma propre essence comme accordée à la sienne.

Nous avions tremblés, nous tremblerons, point final.

Cela semblera stupide à la plupart des autres ; à dire vrai, à tous les autres. On s'en foutra bien. Elle et moi, nous plongerons ensemble et irons frôler les bas-fonds. Personne ne nous empêchera. Personne ne nous empêchera de le faire. Nous ne tremblerons plus là-bas.

En réalité, avions-nous déjà tremblé ? Je ne me souviens plus.

Que vous êtes chanceux, d'avoir un corps dans votre lit et une bouche à embrasser le matin. On dirait presque que cela vous est tombé dans les bras dès la naissance.

Parfois, je me réveille la nuit. J'attrape ma bouteille, j'avale une longue gorgée, je me rendors. Je ramasse les draps sur ma nuque, et je ne songe pas, non : je vois. Je vois les murs, plongés dans l'obscurité, je vois les chiffres sur le cadran du réveil, je compte le nombre d'heures avant le jour. 


Parfois, je tourne la tête vers le côté, et j'aperçois quelqu'un. Ce ne sont ni des réminiscences, ni des projections ; ce n'est ici que la dure réalité à laquelle je me vois confronté : il n'y aura jamais qu'une femme à mes côtés.

Etait-elle déjà là avant que je ne naisse ? Et sera-t-elle là demain ? Etait-elle partie alors que j'affrontais, seul, les trames de mes jours passés ? Et si ce n'était-elle, était-ce une autre ?

Et quand nous serons morts ? Y aura-t-il quelque chose après nous ? Ou ne subsisteront que les cendres de nos vies défraîchies, perdues en leur coeur propre ?

Je ne pourrais décrire aussi précisément que je le voudrais à quel point je ressens les tremblements de la terre. Je ne pourrais subir plus longtemps la hargne des esprits égarés. Ceux qui se retrouvent seuls, et qui savent qu'ils pourraient l'être chaque jour plus encore, alors que leur moitié leur échappe, et qu'il n'y a rien à faire pour la rattraper.

Mais s'il me reste une raison de rester vivant, heure après heure, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, vie après vie, c'est bien celle-là : il n'y aura jamais qu'une femme à mes côtés.

Bien entendu, nous verrons le soleil autant que la lune ; bien entendu, elle sera amenée à pleurer, tout autant que moi, face aux sollicitudes de la vie. Un matin, nous croirons avoir tout perdu ; puis, la nuit suivante, nous rêverons des après-demain et aurons sur les lèvres un je ne sais quoi de magnificent. 


Encore une fois, les Autres se lèveront et pointeront du doigt ; il y aura ses amants du passé, il y aura mes amantes. Il y aura ceux et celles qui ont partagé nos vies. Ils tenteront faiblement de reconquérir une parcelle qu'ils estiment conquise mais qui ne leur est point due - qui ne le sera jamais plus. Ils pointeront leur doigt et chuchoteront à nos oreilles. Ils diront :

" Tu es à moi. "

" Tu l'as toujours été. "

" Je ne te quitterai pas. "

Oh, mais, grands dieux ; ils se tromperont. Et, de là où ils appellent, s'ils ne pourront qu'invoquer le passé et se démonter eux-mêmes, ils ne comprendront jamais le fait même :


Il n'y aura jamais qu'un homme à mes côtés.

Il n'y aura jamais qu'une femme à mes côtés.

Nous ne les plaindrons pas. Au contraire : tant qu'il nous sera donné de les guider, nous tenterons de le faire, même s'il nous faut les tromper et leur mentir ; même s'il nous faut envelopper de miel ces doux mensonges qui les calment. Nous leur dirons :

" Moi aussi, je t'aime. "

" Moi aussi, je t'aime. "

Mais, pour autant, rien ne trompera la vérité, féroce à nos yeux et véloce face à nos coeurs : nous nous aimons. Rien ne nous séparera.

Certains, parmi les plus irréductibles, se croiront intégrés dans cette sphère amoureuse ; certains iront même jusqu'à tenter de s'en échapper grâce à d'autres amourettes nées d'ailleurs, nourries de rien et destinées à mourir. Puissent-ils s'y accrocher ! C'est tout ce que nous leur souhaiterons.

Et nous disparaitrons, comme nous l'avons toujours fait. Du jour au lendemain, il n'y aura plus trace de nous, plus aucun souvenir. Plus rien.

Les amants se diront déçus, auront dans la bouche comme un goût de déconfort, puis s'extirperont des tripes de leurs souvenirs tortueux comme le ferait un serpent de sa mue.

Les couples déchirés par ce que nous aurons provoqué en eux se jaugeront en chiens de faïence, se serreront la patte, puis s'éloigneront sans mot dire, en laissant au fond de leur crâne cette question trainer : " comment avais-je cru pouvoir partager quelque chose avec celle que je pensais être ma moitié ? "

Les autres n'y comprendront rien, d'abord. Puis naîtra quelque part - je ne sais où - une pointe de doute. Ils auront besoin, peut-être, de quelque temps pour comprendre. Mais, un jour ou l'autre, ils se poseront la question. Et, alors, il n'y aura, je pense, qu'une seule réponse : 


Il n'y aura jamais qu'un homme à mes côtés.

Il n'y aura jamais qu'une femme à mes côtés.

 

A cette heure, elle et moi, nous serons loin depuis longtemps.


Je l'aime, elle même.

Elle, m'aime, même si je n'ai rien à ajouter.

Nous nous aimons, je crois que c'est l'essentiel.

Sur ces doux mots, je vous souhaite bonne chance.

Je vous souhaite le meilleur, qui que vous soyez ; je vous souhaite la plus pure redondance, jour après jour, mois après mois, années après années, vies après vies, pour que vous puissiez appréhender, au fond de votre être même, ce qu'est la pure structure de la vie : A-M-O-U-R.



Viens, Amour, je crois qu'il est temps de s'en aller. Je pense qu'ils ont compris. Allons dormir.

Tu ne seras jamais que la seule à mes côtés.



" Tu ne seras jamais que le seul... "

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