Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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24 janvier 2014

La première fois que j'ai vu la Nuit

La première fois que j'ai vu la nuit, ça a été en levant les yeux vers le ciel. Tout fut si gris... tout fut si gris à partir de ce moment là. J'aurais cru, sans même y penser, que quelque chose de nouveau avait pu poindre en moi. J'y aurais cru si... si seulement, la lune ne s'était pas levée.

Quand la nuit naquit, au milieu des bribes d'Orion et des soupirs de Saturne, je compris alors qu'il se passait quelque chose qui dépassait de loin l'entendement : mon ami le soleil s'était couché, et il ne réapparaîtrait plus que le lendemain. J'eus soudain peur en y pensant. Voilà que j'étais l'un des convives de ce grand banquet, l'un des invités odieux qui seraient, à un moment ou à un autre, amenés à psalmodier leur discours furieux au travers de nerfs endiablés pour seulement, qu'on le veuille ou non, retarder l'issue prochaine qui s'amenait à nous, sans un doute, sans une incartade : le jour se lèverait bientôt.

Voilà qu'au travers des plats qui apparaissaient à mes vues, j'imaginais la douceur d'une caresse sanguine mais pour autant pleine de sens et de rêverie ; voilà que je me perdais dans une idiote contemplation de mon être, de moi-même, et de ce que je pourrais devenir en continuant dans cette voie.

Et tout autour de moi, les voix des passants chuchotaient. Certains serveurs, d'autres invisibles, certains parfois menteurs, voire d'autres irascibles. Tous disaient la même chose, en un même rythme, tous récitaient les apôtres, alarmants et stupides :

" Oh mon frère, oh te voilà soudain, toi mon grand ami, toi qui retiens ma main. Aime-moi, du jour au matin, que la nuit soit grandiose, que finisse demain. "

Je regardais ces gens ; sincèrement. Je les jugeais, sans pour autant y croire, mais il me fallut accepter ce qui s'offrait à moi comme une triste vérité : j'étais entouré de cons.

La nuit continue d'avancer, mes chers amis, la nuit continue de briller, et pour autant, ce n'est que ma première. Tremblais-je, en entendant ces phrases ? Frémissais-je, en me rappelant que je n'aurais pu rien n'avoir en commun avec ces bougres qui gémissaient et tremblaient, comme le firent nos idoles aux premières heures de leur vie ?

Non, bien entendu : je savais qu'il n'y avait rien là que de satiété : oh, oui, le plaisir de se sentir soi, face au peuple, le plaisir de la redondance, le plaisir, comme les connards diraient, de l'itératif ; un verbe pour un mot, un mot pour une idée, et pour peu que l'on plonge le tout dans une cuve spectrale dessinée d'abondance, alors l'on révélera le peu de clairvoyance que certains peuvent être capables d'amener à la matière grise, qui nourrit l'inconscient et fait naître au grand jour - à la brise du matin - les désordres absurdes qui peuplent le quotidien.

N'empêche que, après tout ça - très loin de tout ça, oh ! très loin : des nuées balancées derrière moi, à vitesse grand V, mettraient plus d'un siècle, pour me rattraper - après tout ça : j'ai vu la nuit.

Je l'ai croisée de front.

Avons croisé le fer.

Elle et ses pachydermes.

Moi, mes armées guenons.

L'une d'entre nous a cédé, l'autre aura bien gagné. 


Devinez qui tient le fer, de l'armure adversaire...

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