Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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12 avril 2015

La Métaphore du Clochard #8

Phars baissa les yeux sur le corps ensanglanté qui gisait à ses pieds. La mâchoire déformée et défoncée se noyait au milieu du sang issu de la dentition démolie du jeune homme. Ses deux amis restaient à quelques mètres de distance, sans oser prononcer le moindre mot. Depuis qu'ils avaient quitté le bar, et que le vieil André avait tiré au sort la "Bataille à Mains Nues", ils savaient tous les trois que leur sort risquait de tourner au vinaigre. Les poings d'ébène de Phars, forts de vingt ans de combats retenus, avaient eu raison de leur leader. Le géant videur ramassa les pièces violettes qui suintaient de la poche du garçon étendu au sol et prononça ces seuls mots


"Quittez le Tout-Paris, ou je vous retrouverai et je vous tuerai. Lui, je lui laisse la vie, parce qu'il ne la mérite pas. Mais, vous... je prendrai la vôtre, et je le ferai avec plaisir. Je suis la bête qui va vous traquer. Je suis la bête qui va vous putain de tuer. Cassez-vous. Tirez-vous. Courez pour vos vies. Bande de grosses putes."

Ils ne se jaugèrent pas. Ils n'envisagèrent pas de sauver leur camarade. Ils coururent.

                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 1H #

"Allez. Allez Bastien, viens."

Bastien se promenait au fond du caniveau, ses yeux vitreux jaugeaient le fond comme s'ils avaient voulu y plonger. Ses mains griffonnaient des sermons sans queue ni tête au-dessus des pavés qui formaient le trottoir, et ses pieds, mus par des spasmes incontrôlés, grattaient le mur d'en face en dédaignant les chaussures qui, pourtant, les abritait du froid.


Le Phénomène s'était brisé en deux, quelques heures plus tôt. Au fond du Kétabar, les femmes, femelles, avaient folâtré et s'étaient abandonnées. Francine et Jenny avaient fini au toilettes, à respirer les vapeurs glauques d'un Tarot périmé, et, suivies par quelques autres, avaient prié pour ingérer ces filtres de cigarettes brûlés au LSD et à la sociodose. Plus rien ne les retenait, même pas eux-mêmes : le Phénomène avait sombré, comme cela lui était arrivé de rares fois dans sa carrière. Les seins s'exhibaient, les vagins se délestaient de leurs douleurs, ça niquait de l'inconnu à tout bout de champ, pour le plaisir, d'un commun accord, né d'une vague impression, et la drogue refluait le long des veines sans que quiconque eut été capable de réciter par coeur le numéro de téléphone du dealer. Emergeant, Bastien, Emeline et Laura eurent le réflexe de quitter le Kétabar. Sur la route de la sortie, bousculés par les corps en mouvance frénétique et les abordages maladroits de quelques mâles en rut attirés par l'odeur, ils hélèrent les quelques membres encore conscients, prirent des dispositions quant aux autres, puis disparurent sur la slim vers le sud.


A dire vrai, Laura, sortant des toilettes, aperçut Bastien et Emeline suçant ensemble un filtre mouillé, comprit aussitôt, au-delà des voluptes d'alcool, que ses seuls soutiens se barraient en cacahuète, leur arracha l'arme des mains, puis les tira dehors, par un coup du hasard. Le hasard fut pour beaucoup dans cette aventure. Tout comme ce qui concerne notre chère Ranny.

                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 11 H #

Phars interpella le bourgeois :

"Je suis du Tout-Paris, voilà ma carte. J'accepte tes Violettes et je te défie. Duel. André, tu tires le dé. On va s'écharper mon coco."

Le jeune avait tourné la tête ; ses amis avaient souri, rigolé presque, en essayant de couvrir le son des basses qui circulaient déjà à l'horizontale dans le bar. Il avait levé la main et déclenché, du pouce et de l'auriculaire, un message enregistré qui avait résonné dans l'air ambiant :

"Bonjour, je suis l'avocat virtuel de M. René Lapi. Vous adressez la parole à la famille la plus riche du Tout-Paris. Cette simple humiliation pourrait vous valoir une oreille. Nous apprécions votre doléance mais vous sommons de présenter votre carte de Citoyen au tenancier pour qu'il puisse vérifier vos dires et éventuellement déclencher un duel. A l'heure actuelle, la moindre de vos paroles est enregistrée, et...

... et ledit René Lapi s'était pris une droite non-virtuelle en pleine face. Phars frotta doucement ses phalanges gauches, douloureuses, puis reprit :

"Me casse pas les couilles, fils de salaud. C'est un duel. André, tire le dé. Petit con, tu vas jouer ta vie ce soir. Tu savais, en sortant, chaque soir de ta vie merdique, que ça risquait d'arriver. Que tu risquais de tomber sur plus fort que toi. Aujourd'hui, c'est le jour. Relève-toi. Vous, aidez-le. Aidez-le, bordel, ou je vous casse le coude."

Jean-Jacques Flux et Pierre Cassoux s'exécutèrent. Jean-Jacques avait foutu sa bite en Hélène Lamoisi quelques jours plus tôt ; il avait rêvé d'elle la nuit, à chaque fois, depuis. Pierre brillait en mathématique et pensait décrocher le bac licencié avec mention, d'autant que son père lui avait promis d'intervenir auprès du recteur du Tout-Paris pour que son 8 sur 20 en Sciences de la Logique se transforme en un 18. Tous deux étaient à des années-lumière de penser que la réalité pourrait les rattraper si vite. Ce grand black qui les jaugeait de haut leur apparut soudain comme le marteau d'un Thor que l'Humanité leur avait renvoyé. Mais ni l'un ni l'autre ne connaissait la mythologie scandinave.

"Bataille à Mains Nues" annonça André.

Et les quatre Hommes quittèrent le bar.

                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 2 H #

"DJOoiejoizjfoijv.

- Iejoijgfoidjf.

- UJoijcoijdq.

- IUIoicoijq.

Quand il releva les yeux, il vit la jeune []ille au sol, dénudée, la culotte jetée au loin, déchirée, tissu blanc sans réelle forme, la pelouse et le gazon, l'herbe verte, ja[]ne, jaunie par le temps, les arbres, plus loin, tout le parc dans ses détours, et ses deux compagnons d'ivresse[]. La bouteille au pirate, la bouteille de []hisky était vide, elle était un peu plus loin, elle était renversée à l'horizontale. On ne voyait plus, dessus, le dessin de ce flibustier qui le narguait, plus tôt. Il ne savait plus. Quoi ?

"Meeerde tu l'as tuée. T''''''aaaaaas tapée troppppp ooooooort foooort :::::!m! tamé taPé trop fot! tu l'as tuée !
- Violllllééééoéééée ! tu l'as viollllée !!

Il les regarda tous les deux. Le vieux, soixante ans passés, se chiait dessus depuis tellement long que son corps entier puait la merde. Une merde si violemment agressive que personne ne pouvait l'approcher sans ressentir des remous intérieurs qui amenaient la gerbe. L'autre était si foutrement détraqué au niveau mental que la seule parole censée qu'il aurait pu prononcer aurait été l'appellation de ses nom et prénom. Aussi prit-il le parti, au travers de ses soupçons d'ivresse raisonnable, de continuer le dialogue avec lui :

"quoi bvioléééé. j'ai rien violé. jai rien fait; c'et pas mloi."

Le whisy. du whisjy. encore dyu whisy. il avait pa stouché la fille. Elle était venue x'est tout. il avait en fait

                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 20mn #

Ranny est allongée sur l'herbe

L'homme qui l'a violée s'enfuit en courant. La sirène du Tout-Paris retentit. Une voiture de police citoyenne (VPC) passe tout à côté ; elle a été commanditée en urgence : la puce implantée dans le bras gauche de René Lapi signale que René Lapi a été agressé physiquement. Comme sa famille débourse régulièrement plusieurs milliers pour que sa sécurité soit garantie, la police du Tout-Paris doit lui venir en aide rapidement. René Lapi a été violemment mis à mal : il faut lui porter secours. On raconte que quelqu'un l'a tabassé. Il s'agirait d'un noir. Qu'il soit habitant ou non, qu'il ait pris des pièces violettes ou non, ça va mal se finir pour lui. Les Lapi règnent sur le Tout-Paris et sur le monde alentour. Ils le font parce qu'un enchaînement de situations le leur a permis. Ils ne sont pas plus légitimes que d'auitres ; ils sont plus riches.

[approx:20 - cardi:140,5 | Inouf -- interventio. sub -20 décar 45]

"Bordel de merde. Emeline.

- Quoi ?

- Mate. La meuf. Elle fout quoi là."

Laura repose sa main sur son épaule. La main est moite. Emeline était assise par terre, les globes oculaires détraquées, essayant vaguement de retrouver Bastien. Pas de fuckin Bastien dans le coin. Où est Bastien... mais Laura l'appelle. On retrouvera Bastien plus tard. C'est quoi cette fille... une gamine. Allongée sur un talus, dans le parc, en face, de l'autre côté de la rue. Désertes, les rues. Ils ont quitté le Kétabar un peu plus tôt. Oui... le Phénomène s'est disloqué... bon, on sait qu'on dort tous dans le même hôtel ce soir, mais... cette gamine est pas bien.

"On y va."

Ses yeux brouillent la réalité, elle a trop bu, elle sait. Elle sait aussi que Laura n'est pas en meilleur état qu'elle : tandis qu'elle traverse la route, elle manque à trois reprises de trébucher sur ses propres pas.

"Attends, attends."

"Nan, attends Laura, attends."

Laura pleure déjà. Elle a vu les sous-vêtements un peu plus loin, mêlés à l'herbe du parc. Elle a compris. La gamine s'est méchamment fait violer. Ca n'arrive pas, ça, au Tout-Paris. Ca n'arrive pas, ailleurs. Ca ne doit pas arriver, nul part. Ca n'est qu'une enfant.

Bastien surgit de l'autre côté du parc. Son visage est ensanglanté. Ses poings sont maculés de sang. Son T-Shirt blanc ne l'est plus. Il est rouge. Son jean est troué par endroit. Il respire difficilement, mais il marche sans soucis. Déterminé.

[Inouf t-1 : finitions. Sauvergarde m[]moire. |. Inouf. Danger : sauvegarde mémoire. Narration en cours de programmation]

"Je les ai retrouvés. Ils se tiraient vers la frontière. Voulaient quitter la place.  Trois clodos. Z'avaient violé la gosse. Je les ai eus." dit Bastien.

Laura et Emeline se regardent. La police arrive. Au loin, on voit un géant d'ébène qui surgit. Phars ne comprend pas trop ce qui se passe, mais il entend les sirènes et court vers eux. Ranny respire encore. Mort cérébrale.

                              # METAPHORE DU CLOCHARD - 0 H #

La Métaphore du Clochard : ce que vous donnez, vous devrez tôt ou tard accepter le fait que cela vous manquera.

Bastien est condamné à mort pour le meurtre de trois présumés innocents. Phars ne se débat que doucement face aux forces de l'ordre. L'un a tué instinctivement, l'autre a failli le faire pour aller à l'encontre de ces réflexes reptitliens. Tous les deux ont donné quelque chose qui leur manque à présent : la raison. Ranny a oublié la sienne, l'a prêté à son père, peut-être, et ne l'a plus retrouvée lorsqu'elle s'est perdue des heures, à errer avec entrain dans les rues de ce monde si grand et inconnu. Emeline et Laura ont donné de leurs sous au Clochard, lorsque sa faux les a chatouillées au bout des pieds. René Lapi, 16 ans à peine, le payait à chaque fois qu'il rabrouait quelqu'un, se considérait supérieur, sans autre forme de procès. Le Phénomène déposa quelques pièces dans la cassette d'or, lors de cette recherche effrénée qui leur fit manquer le coche : ces lesbiennes auraient pu sauver le jeune garçon, mais il semblait bien - était comme convenu - que leur propre bonheur passerait avant tout. "Et Inouf ?", demanderez-vous.

[Inouf FINISH - arrêt cardiaque, mort du sujet. disparition en cours de programmation]

Inouf n'est que le narrateur. Inouf existe, et vous montre. Inouf disparaîtra d'ici quelques secondes.

Ce sera à vous, alors, de vous évertuer à remplacer le mot "Métaphore" de "Métaphore du Clochard" par "Parabole", pour, non pas, en faire quelque chose de plus beau, mais bien quelque chose qui éveille les fou///

| TURN OFF |

50CTS.

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