Je n'ai pas écrit depuis des années. J'ai volé tous mes textes à de pauvres gens, mais personne ne pourra jamais le prouver. Je suis rentré chez eux, la nuit ; personne ne m'a jamais vu - j'y suis rentré, et je n'ai pris que ce qui valait le plus : l'idée.
Parfois, je les reconnais, quand je marche dans la rue, ou quand je me cogne contre les tables des bars, le soir. Je les compare aux photos d'eux que je vole lorsque je passe près de leur lit, et j'y retrouve les mêmes cheveux bruns, blonds, châtains ou - rarement - roux ; les mêmes yeux bleus, bruns, verts ou gris, rarement pailletés d'étoiles vives et délicates. Les mêmes tailles, les mêmes poids, des vêtements et les mêmes accents circonflexes.
La dernière fois, j'ai croisé un ami qui m'a demandé :
"Est-ce que tu regrettes ?"
"Non", que je lui ai dit. "Qui pourrait regretter ça ?"
Et les années passantes me l'ont maintes fois prouvé : qui pourrait regretter de vivre, non pas au dépens, mais grâce aux dépenses des autres ? Enfin, soyons honnêtes : celui qui m'avait demandé ça n'était certainement pas un voleur, mais il était pauvre et dénué d'intérêt. Alors que moi... moi...
... moi, je flotte au-dessus des étoiles, tout pris dans les mots des rêves des nuits passées, évitant d'être pris dans les filets qui siègent à l'entrée des appartements que je visite, lorsque, y pénétrant, je fouille et farfouille pour ne pas tenter de, mais parvenir à dérober tout ce qui - je le sais - aura de l'importance aux yeux des revendeurs que je côtoie le jour.
Je n'ai ni honte ni vergogne. Ni principes ni religions. Et pourtant, je crois. Je crois en vous, parce que sans ça, vous ne produirez rien. Et alors, je ne serai pas riche. Ce qu'il fallait démonter.
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