Qui suis-je ?

Qui suis-je ?
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20 avril 2013

Cent titres

Au départ, ils m'ont dit qu'ils m'emmenaient là-bas. A la fin, plus rien n'avait de sens ; c'était ce qu'ils avaient omis de me dire. Bien entendu, c'était également de ma faute.

A 8h30, je leur ai dit que je préférais m'en aller, parce que l'atmosphère devenait trop oppressante.

Maintenant qu'il est 8h39 et que la musique continue de pulser dans mes vaisseaux sanguins, je me demande si je n'aurais pas mieux fait de faire marche arrière, voire de remonter le temps, pour parvenir à saisir les voyelles et consonnes dans l'ordre.

Vous savez très bien de quoi je parle, même si derrière votre écran vous ne faites mine de rien.

Lorsque le temps s'est étiré à la manière d'un serpent, je n'avais plus aucune chance de faire demi-tour.

Tout était lent, trop lent ; c'était comme de ces gondoles vénitiennes qui rament, rament, non pas pour essayer de remonter le fleuve, non ; mais plutôt pour tenter d'amener les amants à leur point de rendez-vous.

Moi j'étais simplement perdu au milieu de ce flot, entre les courants qui tentaient de m'emporter au loin, peut-être vers une once quelconque de bonheur, voire de bien-être ; et ceux qui m'appelaient, de tout leur être, vers le fond. Au coeur de cette vase où, vous le savez vous-même, rien ne subsiste si ce n'est la rancoeur, la haine, et le désespoir.

Aussi, effréné sur les lettres de mon clavier, je faisais tout mon possible pour ne pas sombrer. Pour ne pas ressentir, à mon tour, et si tôt, cette froide paralysie du bras gauche, annonciatrice d'une fin proche, qui se traduirait probablement, finalement, par un arrêt cardiaque.

Et plus les mots coulaient, plus je tombais bas sur mon clavier, tentant péniblement de rester fier face à la nonchalance qui caractérise le monde d'ordinaire ; et j'avais les yeux rivés sur les lettres qui défilaient, car je savais que je ne ferai que commettre des fautes de frappe.

J'avais pensé trouver quelqu'un, voyez-vous. Je n'étais pas seul.

Malgré tout, j'avais atteint une sorte de point de non-retour. De ces carrefours où même les génies vous glacent pour vous dire : "rembobine, garçon, voilà que tu pars dans le pathos... des souhaits, d'accord, mais décide assez vite, parce que le matos s'épuise."


Oui, je me souviens très bien de vous.

Avec vos délicieux yeux bleus, vos seins rutilants et vos manières bourgeoises. Vous m'avez fait trembler, le saviez-vous ? Ce n'était pas question de sens ; ce n'était pas affaire de pulsions. Dans mon plus profond être, voilà que la douce clarté de l'aube, naissante et apeurée, elle si seule au milieu de cette nuit si sombre ; de ces ténèbres insondables et incalculables ; voilà qu'elle - vous - avait réveillé dans les abysses un rire, une envie, un désir. Pouviez-vous imaginer ce que vous déclenchiez alors ?

Puis il y a eu la glace.

Le froid.

J'étais redevenu champagne servi à des singes, de ces linges de velours qu'on offre à qui veut bien les prendre ; j'y avais cru.

S'il avait fallu parler de moi à cette époque, la chose eut été simple : "je ne suis que la plantation que le passant arrose".

Maupassant, heureusement, ne passait pas dans le coin.


Puis, à la volupté se joignirent les larmes, et bientôt tout ne fut plus qu'un ramassis de foutre bon à jeter au cochon ; si eux-mêmes avaient pu en vouloir.

Vous me volèrent ma joie. Mais ce n'était que l'après début. Il devait y avoir des points d'exclamations, des frustrations brûle-pourpoint, des jointures déréglées et des anorexiques atrophiées. On dit alors : "que de jolies phrases". Et c'était le début de la communication.

Evidemment, eux diront : "que de mauvaise foi", et que pourrais-je répondre face à tant de sincérité ?

Ah ah... je le sais très bien, malheureusement, et à mon grand dam : "this ship was in quarantine".

Cela signifie que toutes vos bonnes oeuvres ne sont bonnes qu'à signer par des pigeons en rut de retour d'une cure de désintoxication au pays de l'hélium et de l'héroïne. Autrement dit : un grand n'importe nawak sans sens ni vertu.

Eux diront : "I'm watching my own execution", et peut-être auront-ils raison. Mais n'est-ce pas dans la nature humaine de tenter à tout point de justifier ses actes ? Ne restent alors que les réquisitoires et les mises en cause.

De votre côté, tout penche, vous voyez le vide à travers les planches. Si, moi-même, lorsque j'écris au présent, il m'arrive de citer certaines personnes, vous, à travers tous temps, vous n'avez de cesse de vous imprégner et d'imbiber le chiffon alentour de vos sentences et de vos périphrases. Vous ne le savez pas encore, mais vous n'êtes rien d'autre que des pantins emprisonnés au coeur d'une pantomime qui dépasse votre propre entendement. Vous le réaliserez un jour ; et alors vous vous sentirez trahis.

Mais ne comptez pas sur moi pour vous tendre la main à l'heure où vos pieds toucheront le sol. J'aurais d'autres choses à faire.

Moi, je compterai la mesure, je séparerai les basses des aigus et les rires des larmes, je naviguerai sur mon vaisseau imaginaire, sans jamais prêter attention aux connards de votre genre (de toi ma belle à vous salauds) qui n'avaient dans l'âme que cette putain de pensée parasite aux accords distordus.

Vous les salopes qui couriez après l'argent ; vous les dandis, arrogants et idiots ; et politiques, abrutis et sots, tergiversant et se tapant sur la gueule autour de sujets à peine plus intéressant que la moelle de mes fesses ; eux philosophes, psychologues, physiciens ou gens ordinaires, silencieux, engoncés dans leurs pompes et leurs cloaques dégueulasses infectés à la base.

Moi, quand je ferme les yeux, je vois les gens, "et j'imagine vos vies où vous étiez là juste avant".

Allez,

Allez,

Allez,

Je vais vous aider. Allons-y.


1. ouvre les yeux ;

détache-toi du gros texte, respire un bon coup, lève-les vers le ciel (tes yeux, pas autre chose).

2. souffle sur le monde ;

si tu aimes la musique, alors vas-y, chantonne doucement ou hurle "imbécilement" - en fonction de ce que tolèrent tes voisins - une musique qui te plaît, fais leur sentir ton haleine, fais vibrer les cordes vocales qui structurent ta voix ; mais fais les résonner comme si c'était la dernière fois que tu avais cette chance.

3. pense aux nouveaux-nés ;

tu viens de parler. Qu'en penserait l'enfant ? Recommence, et arrange-toi pour que ça lui plaise : essaie d'aligner les notes correctement, pour que ton chant absurde se transforme en une sonate claironnante.

4. pose-toi des questions ;

te faut-il vraiment m'écouter ? Tu me lis et tu me récites presque, mais tout ça semble stupide si tu n'y poses pas ta propre identité. Il ne te reste qu'à te libérer de tes secrets. "Un truc... fiouuu !"

5. lire en musique

ce mec est un écrivain, et il dit "ça mérite que tu vives pour écrire ça." Mais de quoi parle cet abruti anarchiste ? Eh bien, il ne parle que de ce que je répète, et de ce que tu répéteras, si l'envie t'en prend. Si tu veux boxer KO debout contre le swing de la norme, si tu veux chercher un peu plus loin que les quelques points que ta vie semble aligner ; si comme Barjavel tu veux descendre au coeur de la Terre pour y trouver le Païkan et la Elea, eux amants parfaits ; si tu rêves des histoires glauques de Poe ou de Lovecraft, si tu ressens les basses comme l'animal ressent les vibrations terrestres ; si tu es prêt à te perdre jusqu'à ne plus pouvoir sentir que ton propre souffle... alors peut-être, peut-être...

6. oublier

sentir la douce brise de l'air pris dans la journée qui se lève, irradiée par les lueurs du soleil tout proche qui réveille les plus mornes ; non pas "respirer le vent", mais "humer l'air", à plein poumons, et y croire, pas à 100%, mais de tout ton être. Défier les pourcentages. Renvoyer dans tes enfers imaginaires tout ce qui, pour toi, n'est que daube et saloperie. Affronter tes souvenirs et les jeter aux ordures. Dire à ceux qui te crachaient à la face : "je suis surtout composé d'eau."

7. se rappeler

en haut de cette liste, il y a un "1.", mais bien sûr tu ne sais plus ce qui suivait le point. Alors l'hiver et ses neiges t'ensevelissent dans leur comateux flocons. Hé ! t'inquiète, bien sûr que c'est pas grave. C'est bien sympa au contraire ! Profite, l'ami, profite. Profite d'eux, ils sont froids et c'est naturel. Il te suffit de te rappeler de la chaleur, et tu verras que ton coeur pulsera bien mieux, rectangulairement ; ton coeur pulsera bien mieux, ok, d'accord, rapidement, mais pas dangereusement. Tu te souviendras.

8. mea culpa

enfin, s'excuser.

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