Bonjour à toi, c'est gentil d'avoir fait l'effort de venir me voir.
Tu sais, d'habitude, les gens passent, jettent un oeil furtif, et quand ils s'attardent, s'ils s'attardent... ils ont tellement peur qu'ils fuient rapidement.
Ils sont effrayés depuis tellement longtemps que ça me fait de la peine. Mais je n'ai rien à faire pour eux. Ils ont au moins la chance de ne pas être seuls.
J'aime quand quelqu'un passe la tête par l'oeillère et dit bonjour. Il y a dix ans, tout le monde le faisait. J'en avais quatorze. Maintenant, il n'y a plus personne.
Est-ce la technologie ? Est-ce l'amour de soi ? Ou est-ce moi qui dérive simplement vers des continents que je ne verrai jamais ?
Est-ce la question en soi ?
Ou est-ce celle que tu te poses ?
D'aucun sait. Beaucoup ont un aperçu. Moi j'ai mon avis.
***
C'était il y a un an, et c'est tellement important pour moi que je tiens à te dire bonjour. Je sais que là où tu es, tu m'entendras certainement. Si tu n'es pas déjà revenu sur notre Terre, sous forme d'escargot, cloporte, ou peut-être lapin.
J'espère simplement que tu vas bien et que tu me reviendras bientôt. J'ai pensé à toi chaque jour de notre année. Je t'embrasse.
PGPA535
***
Le mec arrive, me crie :
" LE LANGAGE DE L'ETOILE, CA SE COMPREND OU CA FERME SA GUEULE !"
Je crie plus fort à son oreille :
" IL DRACHE A MORT, JE COMPRENDS RIEN A CE QUE TU DIS. PASSE SOUS LE PORCHE ! "
Ce faisant, je lui désigne du doigt un ravalement de tôle qui coule le long du toit sur même pas un mètre, à deux de hauteur, en plastique blanc diaphane aux tâches sombres incoercibles. Il me regarde, me sourit, s'avance sous la flotte. Je crois bien qu'il a compris, je le suis, on arrive là-bas. Il baisse les yeux, fouille dans la poche gauche de son long manteau noir. Derrière nous, au-dessus, les gouttes clapotent comme des putes en furie. Il ouvre la bouche :
" Le langage de l'étoile, ça se comprend....
- ... ou ça ferme sa gueule, oui j'ai compris. Comment ça va ? "
De sa poche, il sort un paquet de Camel, en extirpe une, de sa poche droite tire un Zippo année 98, craque la pierre et allume le tout, fume une latte ou deux, puis, reportant ses yeux vers moi :
" Et toi ? Toujours mort il y a un an ? "
Je garde le silence. Je sais bien qu'il me teste. Il cherche la petite bête, comme dirait l'autre. Lui-même qui était à ma place quelques temps plus tôt. Mais il m'avait dit tout ce qu'il y avait à savoir concernant ce type. Tout le nécessaire pour garder la tête froide, l'impressionner, le minimum, quoi. Ensuite, c'est moi qui aurait à relever la barre.
" Oui... chacun se cherche, d'après ce que je sais, non ? "
Il se tait aussi, cinq secondes, claque le bout rouge, expire, presque sur ma gueule, puis susurre, comme si se détruire les poumons lui accordait un je-ne-sais-quoi de sexuellement attirant :
" C'est ce qu'on dit, oui. Mais tu m'as pas répondu. Comment ça va ? "
... comme si on posait ce genre de question. Je sortirai bien mon dernier modèle, pas encore vendu au grand public, un EM.535, pour lui coller une bonne décharge d'isodon entre les deux et voir ses neurones lui sortir par les oreilles, mais je crois qu'il ne serait pas de bon ton d'évoquer l'armement pacifiste dans ce récit...
... alors je lui sors juste une petite phrase bidon, et j'attends qu'il s'éloigne.
Comme toi, lecteur, si lecteur tu es, en lisant ces lignes.
Devrais-je poser une question pour clore l'affaire ?
Ou te laisser seul avec tes propres démons ?
A bientôt, du schnecke !
G.P.R., intermittent à ses heures.
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